Le syndicat représentant les pilotes du SAG craint notamment que des pilotes soient blâmés s’ils refusent l’accès à un parent agité ou intoxiqué, même si le ministre de la Santé Gaétan Barrette a confirmé qu’ils en auraient le plein pouvoir.
Le syndicat représentant les pilotes du SAG craint notamment que des pilotes soient blâmés s’ils refusent l’accès à un parent agité ou intoxiqué, même si le ministre de la Santé Gaétan Barrette a confirmé qu’ils en auraient le plein pouvoir.

Les pilotes posent leurs conditions pour les parents dans l’avion-hôpital

Annie Morin
Annie Morin
Le Soleil
Les pilotes du Service aérien gouvernemental (SAG) posent leurs conditions pour embarquer les parents d’enfants malades dans l’avion-hôpital, dont l’ajout d’une porte pour isoler le poste de pilotage et la présence d’agents de bord pour contrôler d’éventuels passagers agités.

Le Soleil a reçu une missive dénonçant la décision du gouvernement du Québec de permettre à un proche d’accompagner un petit malade nécessitant un transport aérien d’urgence. Les inquiétudes tournent autour de la sécurité du personnel navigant et médical puisque des parents pourraient s’énerver si l’état de leur enfant se détériore ou si des soins pointus doivent lui être administrés.

Christian Daigle, président du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), qui représente la vingtaine de pilotes du SAG basés à Québec, confirme qu’il y a des préoccupations. «Les pilotes ne s’opposent pas à ce que les parents puissent être là, mais ça prend des choses pour que ça soit des conditions gagnantes pour l’ensemble des intervenants», résume-t-il. 

M. Daigle pointe notamment l’absence de porte entre le cockpit et la cabine où se trouvent patients, médecins et infirmières. Les pilotes, dit-il, craignent qu’en cas de panique, un passager ne les dérange ou les attaque, mettant en péril la sécurité de tous. Ils demandent donc l’ajout d’une porte étanche. 

«L’avion-hôpital est un peu une salle d’opération. Quand on est à l’hôpital et que la situation d’un patient se dégrade rapidement, les parents ne sont pas dans la salle ou on leur dit : “Sortez s’il-vous-plaît parce qu’il faut qu’on intervienne.” Dans les airs, à 20 000 pieds d’altitude, on ne peut pas dire à la personne : “Va dehors, on va gérer la situation pis tu rentreras après”», explique le leader syndical. 

Agents de bord

Les pilotes s’attendent aussi à ce qu’il y ait des agents de bord pour s’occuper des passagers parce que le personnel soignant a d’autres chats à fouetter. Actuellement, seulement six agents de bord sont à l’emploi du SAG. Ils sont principalement affectés aux vols du premier ministre et parfois aux navettes médicales réalisées en Dash-8. Ces avions sont réservés aux cas moins urgents et aux régions moins éloignées. Des sièges y sont déjà accessibles pour les parents accompagnateurs. 

M. Daigle souhaite que les agents de bord désignés soient physiquement en mesure de contrôler une personne troublée et spécialement formés pour ce faire. 

Cette demande d’ajout de personnel dans l’avion-hôpital de type Challenger et dans son remplaçant désigné comme le vieux Challenger obligerait le gouvernement à ajouter non pas un mais deux, voire trois sièges en cabine. Le processus de transformation et de certification serait donc plus compliqué. 

Enfin, le SFPQ craint que des pilotes soient blâmés s’ils refusent l’accès à un parent agité ou intoxiqué, même si le ministre de la Santé Gaétan Barrette a confirmé qu’ils en auraient le plein pouvoir. M. Daigle s’attend à ce qu’un protocole soit rédigé afin de guider la prise de décision pour éviter que les pilotes «passent pour les méchants de l’histoire». Dans les aéroports, fait-il remarquer, la responsabilité de décider qui monte à bord est partagée avec les agents de sécurité et les douaniers. 

M. Daigle ne sait pas comment les choses se passent ailleurs au Canada, où c’est la norme depuis longtemps d’avoir un parent accompagnateur lors d’évacuations médicales, mais fait remarquer que seul le Québec est équipé pour offrir des soins aussi poussés dans les airs. Le syndicaliste croit que «dans 98 % des cas, ça va bien se passer», mais veut s’assurer que les situations potentiellement problématiques soient gérées efficacement. 

Le MTQ analyse la demande

Au ministère des Transports du Québec (MTQ), de qui relève le SAG, les demandes du syndicat n’étaient pas connues en date de mardi. 

«Cependant, ces mesures spécifiques font déjà partie des préoccupations et des discussions des équipes du ministère. Celui-ci analysera chacune des préoccupations soulevées. Ainsi, à l’heure actuelle, le ministère n’est pas en mesure de s’avancer sur les mesures qui seront mises en place. Il devra s’assurer que l’ensemble des mesures sera conforme à la Loi sur l’aéronautique et aux règlements s’y rattachant», a fait savoir par écrit le porte-parole Alexandre Bougie. 

Celui-ci ajoute qu’«il est indéniable que l’embarquement de parents à bord de l’avion-hôpital s’accompagne de mesures visant à assurer la sécurité de l’équipage, du personnel médical et des patients» et que ces enjeux seront discutés avec les pilotes.