Les parents des filles s’adressent à un jeune des Maristes

«Tout ça aurait pu être évité si tu avais respecté ma fille.» Après avoir vu son adolescente s’endormir en pleurant pendant des mois, le père d’une victime pouvait enfin s’adresser au jeune étudiant des Pères Maristes coupable d’avoir distribué des photos de sa fille.

Encore une fois, les proches de l’accusé et ceux des victimes étaient assis dans la même salle d’audience de la Chambre de la Jeunesse, chacun de leur côté.

Isaac*, aujourd’hui âgé de 14 ans, a plaidé coupable en novembre dernier d’avoir fait du leurre informatique de deux de ses bonnes amies pour obtenir des photos d’elles nues et de les avoir ensuite distribuées à d’autres jeunes, notamment dans une autre école secondaire.

Quatre autres étudiants des Pères Maristes ont été arrêtés au printemps 2018. Deux ont déjà reçu des peines d’absolution conditionnelle. Outre Isaac, deux autres garçons attendent soit un verdict, soit une peine.

Le père d’une victime et la mère d’une autre jeune fille ont tous deux voulu s’adresser à Isaac. 

Le père a fait remarquer au jeune homme que par ses gestes, il a changé la vie de sa fille et de sa famille. «Un jour, toi aussi tu seras adulte et peut-être père d’une jeune fille, dit le père. Tu comprendras peut-être le mal que tu as causé.»

Le courage de dénoncer

Le père a félicité sa fille d’avoir eu le courage de dénoncer, de se respecter. «En dénonçant, elle est devenue une voix pour les autres», souligne le père.

La mère de l’autre victime d’Isaac a souligné les grandes difficultés vécues par sa fille, qui a dû changer d’école et a perdu ses amis. Aujourd’hui, l’adolescente va mieux, se réjouit sa mère. «Elle a de bonnes notes, des vraies amies, elle se sent bien, respectée.»

La mère croit aussi que, grâce à la dénonciation faite par les trois filles qui fréquentaient le Séminaire des Pères Maristes, «plusieurs autres filles des écoles du Québec vont être plus respectées par les garçons.»

L’avocat d’Isaac Me Jean-Félix Charbonneau a suggéré au tribunal d’imposer à son jeune client, qui avait 12 ans au début des délits, une absolution conditionnelle à un don de 500 $. La somme sera prise dans ses économies, précise l’avocat. Le garçon se prêtera à toute démarche de médiation souhaitée par les victimes.

Le procureur de la Couronne Me Hugo Breton ne s’oppose pas à la demande d’absolution, mais il laisse la juge Judith Landry choisir la peine appropriée. Le fait qu’Isaac a distribué des images devrait être puni en conséquence, souligne le procureur de la Couronne. En contrepartie, le jeune homme, tout comme ses parents, démontre de l’empathie envers les jeunes filles, souligne MBreton.

Isaac connaîtra sa peine au début juin.

* Prénom fictif. La Loi sur le système de justice pénale pour adolescents interdit d’identifier les accusés et les victimes.