Plusieurs messages de sympathie et autres marques d'affection couvrent entièrement le casier de Medora Godin, à l'école secondaire privée l'Eau-Vive, de Neufchâtel.

Les parents de Saint-Isidore encouragés à parler du drame avec leurs enfants

«Pourquoi le papa a fait ça?» C'est la douloureuse question sortie de la bouche des camarades de Medora et Béatrice Godin à laquelle les parents doivent répondre, même si la vérité est d'une brutalité sans nom. Il faut pourtant la dire, a expliqué hier la conférencière Lynne Pion, spécialiste du deuil, à la cinquantaine de parents réunis à Saint-Isidore.
Pour les parents, les deux soeurs décédées dans le drame familial de Saint-Isidore en fin de semaine dernière, c'était deux belles adolescentes, polies et respectueuses. Elles accueillaient fréquemment leurs nombreux amis à la maison.
Dans la cour de récréation, c'était Béa et Médo, deux filles qui avaient beaucoup d'amis, deux filles dont les décès ont fait verser beaucoup de larmes et suscité toutes sortes de réactions de la part des élèves.
Des réactions pleines de candeur, a d'abord raconté la directrice de l'école Barabé-Drouin que fréquentait Béatrice en sixième année. «Ils sont rentrés à l'école, on s'attendait à beaucoup de tristesse, mais non, ils ont dit : "Elle est encore vivante, alors on veut faire des cartes, des posters, mettre des photos dans les corridors."» Ils avaient encore de l'espoir, insiste Marlène Demers. «Des colleux avec les profs, y'en a eu cette semaine!»
Maintenant que son décès a été annoncé, les élèves de l'école comptent rédiger un livre dans lequel chaque élève écrira un mot sur Béatrice. Peut-être aussi une chanson. Ils ont construit deux forts portant les noms des disparues, en forme de coeur.
Mais derrière les beaux gestes peut se cacher une grande tristesse et surtout, un million de questions. «Il y a une petite fille qui est morte pis que son papa a pas été fin», a raconté la petite Éliane, à la maternelle, à sa maman Émilie Sylvain.
«C'est très difficile, ma fille était très proche de Béatrice. Ç'a été un gros choc, ils ont beaucoup de questions, comme "pourquoi c'est arrivé". À 11-12 ans, ils ont tout compris ce qui s'est passé», a ajouté une autre mère, France Lamontagne. L'incompréhension est d'autant plus grande lorsque les enfants connaissaient et appréciaient Martin Godin, qui, malgré le fait que plusieurs tiennent sa culpabilité pour acquise, n'est encore qu'un suspect, dont l'état de santé est grave mais stable à l'hôpital.
«Les jeunes les plus vulnérables sont ceux qui ont peur que ça se reproduise chez eux», indique la directrice, ajoutant que l'école compte sur de nombreuses ressources.
Garder une «retenue»
Il faut d'abord dire la vérité, aussi pénible peut-elle être, explique la conférencière, mais en se gardant une certaine «retenue». Les enfants vont l'apprendre d'une façon ou d'une autre, dit-elle. Mais on se limite aux faits, on évite les jugements et les interprétations. «On dit aux enfants qu'il y a un papa qui a tué ses enfants. Les questions vont venir après. Et il faut ensuite rassurer et dire qu'ici, dans la maison, ça va bien, que vous les aimez, qu'ils peuvent dormir tranquilles», suggère Mme Pion.
On peut dire que papa et maman sont tristes, bouleversés, mais il faudra ensuite rassurer et dire que ça ira mieux. Quant à la colère, elle suggère de la dire, mais de la contenir devant les enfants.
Pour répondre aux questions, la clé, dit-elle, est de ne pas les interpréter, et d'expliquer très simplement, avec des mots qu'ils connaissent. C'est quoi la mort? «C'est quand le coeur arrête de battre, qu'on ne mange et on ne parle plus», répond Mme Pion. Pourquoi les médecins gardent-ils le suspect en vie après de tels gestes? «Parce que les médecins sont là pour sauver des vies», dit-elle. Un enfant qui ne trouve pas réponse à ses questions s'en inventera une, évoque la conférencière.
Il est important de discuter de la mort et du deuil, d'être attentif à la façon dont les enfants traversent l'épreuve et de poser des questions lorsque cela ne va pas. «Il faut se faire confiance en tant qu'adulte. Vous savez comment on se sent, conclut Mme Pion. S'il y a des choses que vous auriez aimé entendre ou sentir [lorsque vous avez vécu un premier deuil à leur âge], vous pouvez maintenant transmettre ça à vos enfants.»