Un policier en patrouille dans le parc Trinity Bellwoods à Toronto, dimanche  
Un policier en patrouille dans le parc Trinity Bellwoods à Toronto, dimanche  

Les parcs peuvent-ils être sécuritaires dans les quartiers très peuplés?

Melissa Couto
La Presse Canadienne
Des urbanistes de tout le pays n’ont pas été surpris par les images qu’ils ont vues samedi d’un parc public bondé dans un quartier du centre de Toronto.

Ces experts n’approuvent pas ce rassemblement de milliers de jeunes adultes qui semblaient défier les mesures de distanciation physique par un après-midi ensoleillé. Mais ils pouvaient comprendre leur comportement - dans une certaine mesure.

Nina-Marie Lister, directrice du programme d’études supérieures en urbanisme à l’Université Ryerson de Toronto, explique que les scènes du parc Trinity Bellwoods illustrent à quel point nous avons besoin d’espaces verts dans les villes peuplées, surtout maintenant, pendant une pandémie mondiale.

«Peut-être que la meilleure chose que nous puissions dire, ou la chose la plus gentille que nous puissions dire, est que les gens ont désespérément envie de sortir, a indiqué Mme Lister. Ils cherchent désespérément un endroit où aller au centre-ville de Toronto.»

«Et dans les endroits où la densité est élevée et où les gens vivent principalement dans des condos, ils sont susceptibles de se rassembler dans un nombre limité d’espaces.»

Mme Lister a admis que les photos du parc bondé qu’elle avait vues sur les réseaux sociaux étaient «très bouleversantes» et qu’il était «regrettable de voir un comportement aussi dangereux».

Mais tant que les parcs publics demeurent l’une des rares options disponibles pour que les gens puissent profiter du plein air dans une ville densément peuplée, ils vont être bondés.

Le défi est alors d’apprendre à les utiliser en toute sécurité.

«Nous ne pouvons pas reprocher aux gens de sortir alors que c’est la plus belle journée de l’année, mais nous devons simplement les responsabiliser un peu plus», a expliqué Jason Gilliland, directeur du programme de développement urbain de la Western University à Londo, en Ontario.

«Les gens viennent de passer 10 semaines à se faire dire ce qu’ils ne devaient pas faire. Et pour certains de ces jeunes vivant dans des condos bondés ou dans des unités plus petites, ils sont habitués à ce que le prolongement de leur cour arrière soit un café, un bar ou un restaurant, ou encore ce parc.»

M. Gilliland a indiqué qu’une option pour aider à assurer la distance physique dans un parc serait de peindre des lignes ou des cercles dans l’herbe - certains parcs de New York l’ont fait - afin que les gens puissent avoir une bulle visuelle à deux mètres des autres personnes.

Une autre solution à court terme consisterait à ouvrir davantage de routes aux piétons ou à convertir certains stationnements en espaces verts temporaires.

«Nous devons repenser les parcs, a avancé M. Gilliland. C’est un peu audacieux, mais peut-être que tout le domaine public, cet espace dans une ville qui est accessible au public - routes, trottoirs, essentiellement tout ce qui n’est pas une propriété privée - peut-être que nous pouvons commencer à penser à tout cela comme étant un espace de parc, comme un espace pour les êtres humains en ces temps.»

Mme Lister a suggéré une approche par zone temporelle, où les immeubles d’habitation voisins auraient leurs propres heures fixes pour utiliser un parc spécifique. Le déploiement de mesures pour faire des parcs un espace de promenade plutôt que de rassemblement pourrait également fonctionner.

Lawrence Frank, un expert en santé publique et en urbanisme à l’Université de la Colombie-Britannique, dit que les gens peuvent commencer à devenir plus téméraires à l’extérieur parce qu’ils savent que les risques d’exposition à de nouvelles gouttelettes de coronavirus sont plus faibles que dans un espace clos.

La création d’une «norme sociale», où il est entendu que les rassemblements en groupe ne sont pas acceptables, est une solution potentielle pour aider les gens à éviter les comportements à risque, a-t-il dit.

«Ce que nous ne voulons pas faire, c’est avoir une confiance excessive, se dire ‘oh je suis dehors donc c’est cool’, a expliqué M. Frank. Il faut qu’il y ait une conscience collective.»

«Nous devons voir cela de la même manière que si nous voyions quelqu’un jeter une bouteille par la fenêtre d’une voiture - ce n’est pas un comportement responsable, c’est nocif pour les autres.»

Alors que certains experts pensent que des amendes pourraient fonctionner, M. Frank dit que ce type de mesures serait difficile à réglementer. M. Gilliland a ajouté que les amendes devraient être infligées de manière égale, en veillant à ce que certaines communautés ne soient pas plus surveillées que d’autres.

Ce qui ne fonctionnerait pas serait de fermer complètement les espaces publics.

«Nous devons fournir des espaces verts, nous devons fournir des espaces ouverts et nous devons fournir aux gens des moyens d’utiliser ces espaces en toute sécurité avec les contraintes actuelles, a dit M. Frank. C’est notre responsabilité, sinon les problèmes de santé mentale vont empirer, d’autres maladies chroniques vont se développer.»

Mme Lister souligne qu’il y a beaucoup de preuves que les espaces verts ont des «avantages mentaux et physiques» clairs en réduisant le stress et en recentrant l’attention après des périodes de fatigue mentale, les deux pouvant être particulièrement nécessaires pendant la pandémie.

Elle dit que notre utilisation des parcs après leur réouverture en Ontario montre que nous devons mettre davantage l’accent sur les espaces verts à l’avenir.