Selon le sondage, les pères sont non seulement satisfaits de leur paternité, mais s’estiment compétents dans leur rôle.

Les papas québécois davantage en confiance pour prendre soin de leurs enfants

EXCLUSIF / L’image du père québécois qui rechigne à s’occuper de ses enfants est officiellement dépassée, montre un sondage provincial sur la paternité obtenu par Le Soleil. Mais les papas ne sont peut-être pas encore reconnus à la hauteur de leur engagement parental.

Menée par la firme Substance Stratégies auprès d’un échantillon de 2001 pères dans la province, la vaste consultation indique que l’écrasante majorité (98 %) d’entre eux ont eu une expérience positive de la paternité. 

Selon le sondage, les pères sont non seulement satisfaits de leur paternité, mais s’estiment compétents dans leur rôle : 80 % d’entre eux évaluent leur sentiment de compétence à 4 ou 5 sur une échelle de 5 points. 

Pour Carl Lacharité, professeur au département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), qui a supervisé le sondage avec Diane Dubeau, professeur au département de psychoéducation et de psychologie à l’Université du Québec en Outaouais, le sondage révèle que les papas ont de plus en plus confiance en leur capacité de prendre soin de leurs enfants. 

«Il n’y a pas si longtemps, au Québec, on disait aux hommes — et les hommes aussi le pensaient — qu’ils étaient moins compétents que les femmes pour jouer le rôle» de parent, souligne M. Lacharité. «Ça vient confirmer un avancement important dans la situation des pères».

Le sondage a été commandé par le Regroupement pour la Valorisation de la Paternité (RVP), qui regroupe près 151 organismes au Québec et est financé par le ministère de la Famille. La consultation vise à faire «l’état des lieux» de la paternité dans la province et permet de mieux comprendre à la fois ce qui réjouit et afflige les pères dans leur quotidien avec les enfants. 

Parmi les difficultés, le sondage révèle que des situations particulières peuvent affecter négativement l’expérience de la paternité. La séparation, l’immigration, la précarité économique, l’appartenance à un groupe linguistique minoritaire et la présence d’enfants aux besoins particuliers sont des facteurs qui tendent à diminuer la satisfaction des pères quant à leur paternité.

Besoins particuliers

Le directeur général du RVP, Raymond Villeneuve, a notamment été frappé par le fait que quatre pères sur dix ont indiqué avoir au moins un de leurs enfants qui présente des besoins particuliers, par exemple un trouble de l’attention, un trouble anxieux, un trouble du langage, un retard global de développement, une incapacité physique ou un problème de santé chronique. 

«Ça veut dire que quand on pense soutien aux pères, il faut vraiment prendre cette donnée-là en perspective», dit M. Villeneuve. 

Selon le professeur Lacharité, cette proportion importante de pères qui considèrent que leurs enfants ont des besoins particuliers montre que c’est une source importante de préoccupation pour eux et que les services publics de santé doivent aussi tenir compte du point de vue paternel. 

«C’est un défi à l’intérieur des services de santé, des services scolaires, de tenir compte des pères», dit M. Lacharité. 

Le sondage semble d’ailleurs aller dans cette direction. Alors qu’ils se sentent bien dans leur rôle de père, les papas estiment avoir du mal à être reconnus comme des parents aussi importants que les mamans. 

La forte majorité (80 %) des pères sondés souhaitent que les hommes soient davantage encouragés à s’affirmer comme pères. Ils sont environ les deux tiers (66 %) à trouver que l’information concernant la paternité est traitée d’une façon qui intéresse surtout les mères, et presque autant (65%) à déplorer l’absence relative de modèles de pères auxquels ils peuvent s’identifier dans les médias. 

En outre, un peu plus d’un père sur deux (52%) considère que les services publics donnent l’impression que les pères ne sont pas importants ou compétents.

Les pères sont en partie responsables de l’inégalité de reconnaissance parentale, note Raymond Villeneuve. «Il y a encore du travail à faire autant au niveau des soins aux enfants que du partage des tâches domestiques, il faut le dire clairement».

Toutefois, la tendance de fond se dirige vers une plus grande égalité hommes-femmes en ce qui concerne parentalité, ajoute M. Villeneuve. 

Le sondage montre ainsi que les deux principaux vecteurs de satisfaction paternelle sont, d’une part, de voir les enfants grandir, se développer et apprendre des choses et, d’autre part, de les voir réussir et relever des défis. 

Autrement dit, un rôle de plus en plus profond pour les pères, estime Raymond Villeneuve. «Ils veulent vraiment jouer la fonction d’éducateur, pas juste d’entertainer, dit-il. Et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle». 

Les résultats du sondage seront présentés plus en détail à l’occasion de la SuPère conférence, les 21 et 22 février à l’Hôtel Universel de Montréal. Près de 300 acteurs des milieux communautaire, institutionnel, gouvernemental et universitaire participent à ce colloque annuel sur la paternité, organisé par le Regroupement pour la Valorisation de la Paternité.

Méthodologie 

Le sondage a été mené sur le web auprès de 2001 hommes de 18 ans et plus qui sont parents, tuteurs ou ont la garde d’au moins un enfant et résident au Québec. Les pères ont été sondés du 20 décembre 2018 au 2 janvier 2019. La marge d’erreur statistique maximale pour un échantillon probabiliste de cette taille est de +/- 2,2% (19 fois sur 20). 

+

LA PATERNITÉ AU QUOTIDIEN

La grande majorité des pères sondés tracent un bilan plus que positif de leur expérience de la paternité, la déclarant «très» (69 %) ou «plutôt» (29 %) positive.

Beaucoup de fierté, un peu moins de plaisir

  • La fierté et la satisfaction sont les sentiments que la paternité procure le plus fortement aux pères sondés, avec des moyennes respectives de 4,7 et 4,5 sur l’échelle de 5 points. Le plaisir est aussi présent, mais moins intense (4,1 sur 5). 
  • La paternité est une source de stress pour les pères (3,1 sur 5), mais dans une plus forte mesure chez les jeunes pères, les moins bien nantis et ceux dont au moins un enfant présente un besoin particulier.

Manque de temps

  • Le temps demeure l’enjeu quotidien le plus difficile à gérer pour les pères sondés. Ils sont 38 % à trouver qu’ils manquent de temps pour s’acquitter de toutes leurs obligations et faire des activités en couple. 

Pas facile, la discipline 

  • Près d’un tiers (30 %) des pères sondés disent que savoir quoi faire, comment intervenir dans des situations précises et discipliner les enfants font partie de leurs préoccupations, davantage que le partage des tâches (21 %), l’entente avec la mère (19 %) ou l’éducation des enfants (19 %).

De peu de mots 

  • La majorité des pères (53 %) disent avoir «rarement» ou «jamais» des discussions avec d’autres pères sur ce qui les préoccupe en tant que père, et ils ne semblent pas en vouloir plus. Les discussions sont pourtant jugées utiles par plus de 80 % des pères qui en ont.

Une expérience positive 

  • La grande majorité des pères sondés tracent un bilan plus que positif de leur expérience de la paternité, la déclarant «très» (69 %) ou «plutôt» (29 %) positive, tandis qu’une infime partie d’entre eux (1 %) estime qu’il s’agit d’une expérience «plutôt négative»
  • Les plus jeunes pères sont plus nombreux à décrire leur expérience comme étant «plutôt» positive (35 %), alors que les pères de 55 ans sont plus portés à la qualifier de «très» positive (77 %).