Lucille Ganne, la jeune propriétaire du café Ma langue aux chats, a conçu son établissement afin de permettre aux gens de relaxer, en compagnie de ses cinq minous. 

Les pachas de Lucille

Les cafés félins, un concept importé d'Asie, sont relativement nouveaux en Amérique du Nord. Le premier au Québec, Le café des chats, a ouvert ses portes à Montréal il y a trois ans. La capitale en compte maintenant deux, Ma langue aux chats, face à la gare du Palais, et le ÖmerCafé, dans le quartier Maizerets. Le Soleil est allé explorer chacun de ces lieux où clients et chats cohabitent pour le bonheur de chacun.
Au café Ma langue aux chats, rue Saint-Paul, si le client est roi, les «rominets» sont des pachas. Les cinq pensionnaires à moustaches vivent dans un environnement où tout est fait pour leur rendre la vie heureuse et agréable. En retour, les petites bêtes ne se font pas prier pour prodiguer de l'affection aux visiteurs.
Lucille Ganne, 26 ans, voue une véritable passion à la race féline. «Quand on commence à parler de chats, je n'arrête pas...», glisse la mère d'une fillette de 3 ans, qui a ouvert le café avec son ex-conjoint en novembre 2015.
La jeune femme a fait de Ma langue aux chats un lieu à son image et à celle de ses protégés, c'est-à-dire calme et zen. Ambiance feutrée, musique légère en toile de fond, plein de bibelots et de dessins de chats, petits coins en retrait où les étudiants peuvent étudier par terre, à travers les coussins (avec imprimés de... chats, quoi d'autre?), tout incite à se la couler douce, en attendant de voir l'un des cinq minous de la maison venir quêter une caresse, entre deux roupillons.
Les animaux se promènent à leur guise, grimpent sur des perchoirs et des paniers installés en haut des murs, accessibles grâce à des planches de skateboard. Ici et là, des poteaux pour leur permettre de se faire les griffes, et de vraies branches de bouleaux.
Parmi les règlements de la maison, il est interdit de réveiller un chat qui dort, de l'importuner et de lui donner de la nourriture pour humains. Les enfants de 9 ans et moins peuvent le toucher, mais en présence d'un adulte. Histoire de ne pas apporter des microbes de l'extérieur, où les chats ne vont jamais, les clients doivent enlever leurs souliers et se désinfecter les mains à leur arrivée.
Pour la suite des choses, il suffit de laisser les chats venir à soi. Lors de la visite du Soleil, un couple de touristes savourait ce bonheur, le monsieur avec l'un d'eux, Abygaelle, blotti sur ses jambes, madame en profitant pour immortaliser en autoportrait cette tranche de vie...
Comme des colocs
Fiby, un Rex Cornish de 7 ans, fait partie des cinq locataires permanents du café.
Pour l'instant, ils sont cinq félins à habiter Ma Langue aux chats. Abygaelle, donc, un chat domestique de 2 ans; Nala, un abyssin de 8 ans, patriarche du clan; et Fiby, un Rex Cornish de 7 ans.
Et les deux autres, où sont-ils? Lucille va les débusquer dans leur cachette, sous le comptoir, où ils sont couchés, bien au chaud, sur le modem de l'ordinateur. Il s'agit de RedemixX, un Devon Rex de 2 ans, et de «la moins gênée» du groupe, Lustucrue, un an, de race balinaise, dotée d'un pelage d'une douceur incroyable. D'ici peu, deux autres chats viendront se greffer à la tribu. Ils prendront la relève de Pantoufle et Mitaine, nés de la même portée, mais décédés récemment d'une jaunisse.
Mais ne peut faire partie du club n'importe quel «rominet», précise Lucille. Ceux qu'on lui soumet doivent bien sûr aimer les humains, mais également être capables de vivre en communauté avec des congénères. Aussi, la jeune femme héberge-t-elle le candidat pendant deux semaines, à son domicile de Limoilou, afin d'étudier son comportement.
Une fois placé avec les autres, au café, il arrive que ce ne soit pas toujours l'harmonie, mais la patience est de mise. «Il y a parfois des chicanes, surtout le matin, ça se donne des tapes dans le front. Comme avec des colocs, il faut faire des ajustements de temps en temps...»
Les clients qui craignent d'être importunés par les odeurs de litière n'ont pas à s'inquiéter. Pour leurs besoins essentiels, les chats se rendent dans un local accessible par une porte percée de deux chatières. Ils ne peuvent pénétrer dans les cuisines, simple question de salubrité. «J'ai fait mon cours en techniques de diététique et j'aurais justement voulu travailler comme inspecteur au MAPAQ», explique Lucille qui dit ne rien laisser au hasard en matière de propreté.
«Ronronthérapie»
Au quotidien, la jeune femme admet retirer une grande satisfaction de tenir un café félin, le premier à voir le jour à Québec. À la gérance de son établissement se greffe le métier de zoothérapeute. «C'est l'fun de sentir le bien qu'on peut faire aux gens. Sur l'heure du midi, il y a des travailleurs qui viennent ici pour manger et flatter les chats, des gens âgés aussi qui ne peuvent en avoir. Une dame qui souffre de la sclérose en plaques m'a dit que ça améliorait sa condition. [...]Je veux faire relaxer la ville de Québec. Le monde est trop nerveux tout le temps...», termine-t-elle.
En direct
Vous désirez voir évoluer Nala, Fiby, Abygaelle, RedemixX et Lustucrue dans leur environnement? Observer en temps réel le va-et-vient dans le café Ma langue aux chats? Rien de plus simple. Deux caméras filment l'endroit 24 heures par jour. 
Rendez-vous sur le site addikpet.com
ÖmerCafé: pour chats... et chiens
Derrière le comptoir du ÖmerCafé, dans le quartier Maizerets, Pierre Bleau fait la navette entre sa petite cuisine et le comptoir. L'endroit sent bon le cappuccino et le croissant chaud. Sur place, un habitué des lieux, «Monsieur Joseph» Kassabgi, et une nouvelle résidente du secteur, tous deux venus prendre leur indispensable dose matinale de caféine.
Pierre Bleau, proprio du ÖmerCafé, dans le quartier Maizerets, en compagnie de l'un de ses pensionnaires à moustaches.
Dans la salle à manger, où trônent un piano et des livres sur des étagères, une jeune mère, Andrée-Ann, et ses deux gamins. Aurélie, 3 ans et demi, déguste un biscuit avec un jus de pomme, après avoir passé un moment à flatter quelques-uns des chats qui squattent le café. Deux d'entre eux, pas gênés pour deux sous, prennent leurs aises dans la poussette. Perché sur une plateforme, un autre observe par la fenêtre la circulation dans la 18e Rue et l'avenue Saint-Pascal.
«Aujourd'hui, c'est une journée spéciale pour venir voir les minous», glisse la résidente du quartier, son petit dernier dans les bras,
 Émile, bientôt un an. «Mais moi, j'aime mieux les chiens. Les chats, je suis un peu allergique. J'ai le nez qui commence à me picoter.»
Mi-félin, mi-canin
Pierre Bleau a ouvert le ÖmerCafé, près du Centre Mgr Marcoux, il y a quatre ans, mais ce n'est qu'à la mi-février que lui est venue l'idée de transformer son établissement en café félin. Il y est allé en douceur, à petits pas, cherchant à en faire un lieu le plus convivial possible. «Je ne savais pas comment la clientèle allait réagir. Je voulais d'un endroit où les chats ne seraient pas que des bibelots. Je voulais qu'on puisse les flatter.»
Issus pour la plupart de refuges animaliers, les sept chats de la maison - Hercule, James, Tom, Charlotte, Victor, Panda et le plus peureux, Panthère - décident des moments où ils ont envie de socialiser avec les humains. Les bêtes peuvent se retirer dans leur quartier comme bon leur semble, grâce à une chatière installée dans la porte menant au commerce voisin, un salon de toilettage pour... chiens. 
Café hybride le ÖmerCafé, mi-félin mi-canin? D'une certaine façon. À l'occasion, le chien mascotte du salon, Fripé, un petit caniche brun, traverse faire son tour. Les chats ont appris à le côtoyer et ne s'offusquent plus de ses visites improvisées.
«On voulait une grande place ouverte, plutôt que d'avoir deux commerces fermés. On accepte les chiens des clients, mais il ne faut pas qu'ils soient trop excités», explique M. Bleau, lui-même propriétaire de deux chiens et de quatre chats qui ne mettent toutefois jamais la patte dans son commerce.
«De toute façon, si le chien est trop énervé, les chats s'en vont, tout simplement», ajoute Marie-Michelle Turmel, propriétaire du salon canin, en tenant James dans ses bras. «James, c'est le père d'une amie qui l'a trouvé. Il était couché sur le moteur de son char.»
Quartier en mutation
Avec son «idée de fou», Pierre Bleau cherche à redonner un peu de lustre à un coin de la ville qui en arrache. À mi-chemin de la banlieue et du coeur de Limoilou, le secteur Maizerets a vu la moitié de ses commerces fermer leur porte ces dernières années. Pour rester, «il faut être persévérant ou un peu fou», glisse-t-il.
«Les gens qui vont au Domaine Maizerets ne pensent pas venir ici, pourtant on est seulement à cinq minutes», ajoute M. Bleau, qui entrevoit néanmoins l'avenir avec optimisme. D'ici peu, une place publique éphémère sera construite en face de son café, dans le parc attenant au Centre Mgr Marcoux et à l'église Saint-Pascal. «De plus en plus de jeunes familles viennent s'établir dans le quartier. Le tissu social change.»