Barry McCullough décrit la communauté anglophone comme résiliente, créative et bilingue. «On nage ou on coule, dit-il. Si on veut vivre ici, on s’engage à apprendre le français».

Les nouveaux venus aident à la survie de la communauté anglaise de Québec

À l’intérieur des remparts de la ville de Québec, un centre culturel pour la minorité anglophone de la ville est installé dans une ancienne prison. Son directeur est un homme à la voix douce, originaire du Nouveau-Brunswick, Barry McCullough.

À environ deux kilomètres de là, Shirley Nadeau, native d’Halifax, met la dernière main à la pâte pour publier le prochain numéro de Chronicle-Telegraph, un hebdomadaire né en 1764 qui se présente comme le plus ancien journal en Amérique du Nord.

Pas loin de là, se situent les bureaux de Voice of English-speaking Québec, un organisme à but non lucratif qui dit vouloir jouer un rôle dans la préservation et le développement à l’intérieur de la communauté d’expression anglaise. Sa directrice générale est une femme originaire de Montréal, Brigitte Wellens.

La communauté anglophone ne représente qu’environ 2 pour cent de la population de la capitale québécoise, mais elle demeure bien soudée. Malgré cela, son avenir est précaire.

Dans une récente entrevue, Mme Wellens a dit que le taux de roulement de la communauté est de 20 à 25 pour cent aux cinq ans. Rien ne démontre plus cette situation que le rôle central joué par des gens qui s’y sont greffés en venant de l’extérieur, des gens comme M. McCullough, Mme Nadeau et Mme Wellens.

M. McCullough décrit la communauté anglophone comme résiliente, créative et bilingue. «On nage ou on coule, dit-il. Si on veut vivre ici, on s’engage à apprendre le français».

Les membres de la communauté ont tissé des liens assez serrés. M. McCullough cite l’exemple de Mme Nadeau qui fait aussi du bénévolat à la bibliothèque.

Quand Mme Nadeau, âgée de 72 ans, n’est pas à la bibliothèque, ne joue pas dans une pièce du Quebec Art Company ou ne chante pas avec l’orchestre sympathique de Québec, elle s’occupe du Chronicle-Telegraph où elle assigne les reportages. Le tirage de l’hebdomadaire s’élève à environ 2000 copies. Il couvre les activités de la communauté anglophone et est financé par les abonnements, la publicité, Patrimoine Canada et ses propriétaires ontariens.

«Ce n’est pas une source de revenus pour eux, dit-elle en parlant de la famille Stanton, de King City, en Ontario. Elle utilise son propre argent pour maintenir l’existence du journal.»

La population de la communauté anglophone de la ville de Québec a commencé à se réduire considérablement dans les années 1960 et 1970, raconte Mme Nadeau. La montée du mouvement souverainiste dans la province a provoqué l’exode de nombreux anglophones et grandes entreprises.

Aujourd’hui, c’est un mélange de descendants restants de la communauté historique - qui sont maintenant principalement bilingues -Peite ainsi que de nouveaux arrivants dont la langue maternelle n’est souvent ni l’anglais ni le français, mais qui connaissent suffisamment l’anglais pour avoir besoin de services dans cette langue, constate Mme Wellens.

Il n’y a plus de quartiers anglophones, dit-elle, mais il existe des écoles de langue anglaise, qui jouent un rôle essentiel dans la survie de la communauté.

Au cégep Champlain-St. Lawrence, le seul de langue anglaise de la région, il n’est pas rare d’entendre des étudiants commencer des phrases en français et de les finir en anglais.

Antoine Theodorakis est né à Québec et son grand-père a immigré de la Grèce. «Je parle plus le français», dit le jeune homme âgé de 19 ans, mais il a choisi le collège anglophone, car il croit que cela ouvre davantage de portes.

«Beaucoup de gens pensent que St. Lawrence est une école privée et nous sommes considérés comme des enfants riches, déplore-t-il. Ils disent que c’est snob.»

La famille de Jeremy Poulin vit à Québec depuis plusieurs générations. Lui-même ne sait plus s’il doit se considérer comme un anglophone ou un francophone. «Ça dépend des jours», rigole-t-il.

Il entend parfois les commentaires dérisoires autour de lui quand il parle en anglais dans un autobus. «J’ai entendu plus d’une fois: ‘retourne dans ton pays’.»

Mais les étudiants du cégep Champlain-St. Lawrence disent qu’ils ressentent une énorme fierté de pouvoir parler anglais. «Je me sens très privilégiée», reconnaît Jade Trepanier. Je me sens supérieure en un sens. Beaucoup de gens nous disent: ‘Wow! Tu parles bien anglais.»

M. McCullough et sa femme envisagent d’envoyer leur enfant de deux ans à l’école en anglais. Il aimerait rester à Québec - mais s’il préférait fuir la ville pendant la période hivernale, lorsque les façades disparaissent des monticules de neige pouvant atteindre les toits des bungalows.

«Je pense que, de mai à octobre, il n’y a pas de meilleur endroit que la ville de Québec», a-t-il déclaré.