Élu «l'homme vivant le plus sexy«, Dwayne «The Rock» Johnson»(45 ans) par le magazine People s'inscrit dans les critères de beauté actuels, faisant de plus en plus de place aux teints basanés et aux gens plus âgés.

Les nouveaux pétards: peau foncée et… cheveux blancs

Il existe peut-être des beautés éternelles, mais ce qu’a trouvé le dermatologue de l’Université de Boston Neelam A. Vashi est pas mal plus éphémère. D’après une étude toute récente qu’il a cosignée, nos critères de beauté auraient beaucoup changé depuis 30 ans, faisant de plus en plus de place aux teints basanés et aux gens plus âgés.

Et il en est le premier surpris, d’ailleurs : «Contrairement à notre hypothèse de départ, en ce moment, ceux qui sont considérés les plus beaux incluent une plus grande variété de couleurs de peau et comprennent des groupes d’âge plus vieux», écrit-il avec des collègues dans le dernier numéro de la revue médicale JAMA  – Dermatology.

Les auteurs sont pour la plupart dermatologues, d’où leur intérêt pour la notion de beauté. Afin de voir si les «pétards» d’antan ressemblent à ceux d’aujourd’hui, ils ont consulté la liste des «gens les plus beaux de la planète» du magazine populaire People, puis ont comparé la liste de 1990 avec celle de cette année. Résultats : alors que les «non-blancs» ne formaient que le quart de cette liste en 1990, ils étaient 40 % cette année, signe que les sociétés occidentales (l’américaine, en tout cas) se sont diversifiées.

Plus étonnant encore : pour être beau en 1990, il valait manifestement mieux avoir moins de 35 ans, les deux-tiers de la liste de People étant alors sous cet âge «fatidique», mais cette proportion s’est inversée depuis. Dans l’édition de cette année, seulement 36 % des «pétards planétaires» ont moins de 35 ans, alors que 64 % ont passé ce cap. Si l’on isole les 45 ans et plus, la progression est encore plus impressionnante, la proportion ayant presque triplé — de 10 % à 28 %. La célèbre actrice Julia Roberts, qui fête ses 50 ans cette année, se trouve d’ailleurs à la fois sur la liste de 1990 et celle de 2017.

Malheureusement, les données de Dr Vashi ne permettent pas de ventiler la moyenne d’âge selon le sexe; il se peut bien qu’il soit encore et toujours plus facile de vieillir pour les hommes. Et ces données laissent entière la question de savoir si ce sont vraiment les critères de beauté qui ont évolué, en ce qui concerne l’âge du moins, ou si c’est plutôt la chirurgie plastique qui s’est améliorée. Il est possible que ce soit les canons de beauté qui aient changé puisque, après tout, nos sociétés vieillissent, mais «la manière dont nous avons mené notre étude ne permet pas de répondre à ça. Cependant, c’est une question qui m’est tout de suite venue à l’esprit [… et] cela fait partie de mes plans de recherche futurs», a indiqué Dr Vashi lors d’un échange de courriels avec Le Soleil.

Julia Roberts (50 ans) a élue la plus belle femme du monde en 2017 par le magazine People

Tabou dans le milieu artistique

Il semble cependant régner un certain tabou, dans les milieux artistiques, autour de cette question. Nous avons contacté deux agences d’artistes, Premier Rôle et l’Agence Goodwin, pour recueillir leurs impressions : la première n’a jamais répondu et la seconde a refusé catégoriquement de répondre à nos questions ou de nous mettre en relation avec l’une ou l’autre de ses comédiennes.

Dans l’ensemble, les actrices interviewées par Le Soleil estiment que les choses changent, mais qu’il reste encore pas mal de chemin à faire.

«C’est sûr que c’est ça [la chirurgie qui explique pourquoi la moyenne d’âge de la liste de People augmente], s’exclame d’emblée Valérie Laroche, comédienne de Québec. […] Personnellement, je ne fais pas d’écran, juste du théâtre, et Dieu merci parce que j’aurais un problème d’image [Mme Laroche a 42 ans]. Je pense entre autres à une amie à moi qui fait beaucoup de télé et qui a eu beaucoup de pression de son agente, qui lui a dit : “Écoute, si tu veux auditionner pour des rôles de ton âge, il faut que tu aies l’air de 5 ou 10 ans de moins”. Alors la pression est là : c’est beaucoup plus accessible maintenant, un peu de botox, c’est facile et ça te renippe une face.»

Même son de cloche du côté de Maryse Lapierre, autre actrice de Québec qui fait du théâtre et de la publicité. «J’ai 37 ans et je suis souvent castée pour des rôles de femmes de 45 ans. Et encore, j’ai l’air jeune pour mon âge, mais je me retrouve souvent à jouer la mère d’ados de 14 ou 15 ans», dit-elle.

Malgré tout, elle dit voir un changement progressif. «Si tu regardes les séries qui sont tournées à Montréal, il y a beaucoup de premiers rôles et des rôles de filles attirantes qui sont donnés à des actrices de plus de 35 ans, alors que ça ne se faisait pas avant, à ma connaissance», indique-t-elle, citant les exemples de Magalie Lépine-Blondeau (35 ans, District 31) et d’Isabelle Blais (42 ans, Faits divers).

À Québec, où le métier de comédien passe plus par le théâtre, la pression de la chirurgie esthétique serait moins grande qu’à Montréal, dit-elle.

C’est peut-être la raison pour laquelle sa collègue de la capitale Marie-Ginette Guay, 60 ans, dit qu’elle ne connaît «personne qui est passé sous le bistouri. […] Pour ma part, j’ai du travail, le fait d’avancer en âge n’a pas l’air de freiner ma carrière.»

Elle aussi croit que «les choses évoluent. C’est sûr que la pression est plus sur les femmes que sur les hommes, mais j’ai l’impression que c’est comme ça dans tous les milieux».