Jusqu’à maintenant, l’Association hôtelière de la région de Québec calcule plus de 300 millions de dollars en annulations, de chambres ou d’événements.
Jusqu’à maintenant, l’Association hôtelière de la région de Québec calcule plus de 300 millions de dollars en annulations, de chambres ou d’événements.

Les hôteliers toujours en attente d’une aide financière appropriée

Les établissements d’hébergement de tout le territoire de Québec et de la Rive-Sud ont l’habitude de frôler 60 % d’occupation pendant le mois d’avril. Cette année, le taux d’occupation des hôtels s’élève à 1,2 % pour toute la région.

Tranquillement, le pourcentage augmente. Il est toutefois évident que les revenus venant des touristes internationaux, des événements ou des réunions d’affaires ne sont pas près de revenir. 

«On parle beaucoup du panier bleu, de l’achat local, c’est aussi possible de le faire pour les hôteliers. Il ne faut pas réserver sur les plateformes comme Expedia ou Booking.com parce que les commissions quittent les mains des hôteliers pour des compagnies qui ne sont même pas basées au Canada. L’achat local passe par la réservation directement à l’hôtel. Ça fait la différence», insiste Marjolaine de Sa, directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec (AHRQ).

En plus des chiffres sur le taux d’occupation, Mme De Sa indique que sur les 17 000 unités d’hébergements dans la région, seulement 3000 étaient disponible à un certain moment. Les hôtels et auberges qui avaient décidé de fermer leurs portes (et ils étaient plusieurs!) commencent à se remettre en marche. L’AHRQ regroupe plus de 200 établissements d’hébergements à Québec et Lévis. 

Cette année s’annonçait pourtant être la meilleure pour le tourisme.

«On commençait à le voir venir bien avant le 13 mars, les annulations de l’international s’accumulaient. Le tourisme, c’est la première industrie impactée quand il y a des crises mondiales, puis la dernière à revenir en force à ce qu’elle était. Il est évident que les clients vont payer leur épicerie avant de voyager», explique Mme De Sa.

Des pertes majeures

Jusqu’à maintenant, l’Association calcule plus de 300 millions de dollars en annulations, de chambres ou d’événements. «Le bon de commande n’est pas retardé pour nous, il s’efface complètement. Ce sont 100 % des pertes, des milliers de dollars par hôtel qui partent des poches des propriétaires. La construction revient, les achats physiques reviennent... Nous ce n’est pas le cas, on se croise les doigts pour finir la saison avec 15 à 20 % d’occupation. On va l’avoir seulement si les Québécois voyagent à Québec et qu’ils encouragent leurs hôtels. Il faut de l’aide sinon on va se retrouver avec des gros bâtiments vides.»

Marjolaine De Sa juge que c’est au tour de l’hôtellerie et du tourisme de recevoir l’aide financière appropriée. Ils se réjouissent d’ailleurs de voir l’aide apportée récemment aux producteurs de produits locaux, qui sont leurs fournisseurs et partenaires.

«Il est temps d’avoir notre part. Ça fait 12 semaines, il va falloir que l’aide arrive. On a eu de l’aide énorme pour les entreprises en général et les travailleurs, mais pour notre domaine, on n’a rien eu. Pourtant, économiquement parlant, le tourisme est majeur pour le Québec et le Canada.»


« On parle beaucoup du panier bleu, de l’achat local, c’est aussi possible de le faire pour les hôteliers. Il ne faut pas réserver sur les plateformes comme Expedia ou Booking.com parce que les commissions quittent les mains des hôteliers pour des compagnies qui ne sont même pas basées au Canada. L’achat local passe par la réservation directement à l’hôtel. Ça fait la différence »
Marjolaine de Sa, directrice générale de l’Association hôtelière de la région de Québec

Les impôts et les taxes retardés ainsi que les frais fixes du bâtiment seront bientôt à débourser, alors que les revenus sont moindres, voire inexistants.

Ce serait le pire scénario pour le tourisme à long terme, et Mme De Sa le redoute, mais il est possible que plusieurs hôtels doivent fermer définitivement en raison de cette crise. 

Les mesures sanitaires, pas un problème

L’industrie hôtelière du Québec est reconnue mondialement pour sa propreté et la qualité de ses services offerts. Les exigences sanitaires les plus strictes sont mises en places dans les établissements. L’AHRQ promet d’accueillir tous les clients «à la hauteur de notre réputation et selon les plus hauts standards sanitaires». Ils ne refuseront personne.

L’Association travaille aussi avec tous ses partenaires afin de lancer une campagne promotionnelle partout au Québec prochainement, et ainsi attirer les touristes québécois.

Vers une perte d’employés?

À la fin du mois de mars, juste pour le secteur de l’hôtellerie, 97 % des 6500 employés engagés à temps plein se retrouvaient pris en charge par les programmes d’aide financière du gouvernement, toujours sur le territoire de l’AHRQ.

Le secteur de l’hôtellerie connaissait déjà une pénurie de main-d’œuvre avant la crise. Le Château Laurier, comme bien d’autres hôtels de la région, était pourtant prêt pour la grosse saison estivale, avec une équipe précieuse. Toutefois, plus de 90 % du personnel a été mis à pied temporairement. 

«Nous sommes soucieux de les ramener au travail le plus tôt possible. Pas contre, on a besoin d’opérations suffisantes pour les faire travailler. On s’enlignait vers une année record, avec un taux d’employés élevé, mais on se retrouve avec une période qui ne nécessite aucune opération», exprime Aude Lafrance-Girard, directrice générale de l’Hôtel Château Laurier, à la Place George V.

L’inquiétude de Mme Lafrance-Girard est que ses employés se tournent vers d’autres industries, si l’hôtel tarde trop à les rappeler. La Direction ne peut savoir quand l’achalandage sera suffisant pour faire travailler ses employés. À la fin de l’année? Quelque part en 2021?

«On essaie de faire beaucoup d’efforts pour garder le lien avec notre équipe. S’ils se trouvent d’autres emplois en attendant, et on les comprend de le faire, on espère qu’ils reviendront vers nous lorsqu’on sera prêts. On ne veut pas aggraver la pénurie de main-d’œuvre que l’on connaissait avant la crise.»

La Direction du Château Laurier avait pris la décision de rendre disponibles 70 chambres sur un total de 271, et de fermer le Château Bellevue dans le Vieux-Québec.

«On a diminué les dépenses en fermant des sections, minimiser l’électricité, chauffage, la climatisation. On a laissé tomber les projets d’investissement.»

Aude Lafrance-Girard se doute bien que la crise durera longtemps pour le secteur touristique et ses hôteliers. Elle et son équipe essaient de demeurer confiantes pour la suite des choses, chose difficile lorsque l’on nage dans l’incertitude. 

«On est devant l’inconnu. Pour le moment, on entend qu’il n’y aura pas de promotion interrégionale à Québec, il faut que les gens viennent à Québec avant de venir à notre hôtel. Ça dépendra de la vitalité commerciale de notre environnement. Il faut qu’il y en ait au minimum pour attirer la clientèle. On est impatients de voir les prochaines annonces en ce sens.»