Les hommes de 35 à 49 ans sont plus à risque de se suicider

Le drame familial qui a fait trois morts la fin de semaine dernière en Beauce et dans Lotbinière est venu confirmer une autre fois que les hommes de 35 à 49 ans et ceux âgés de 50 à 65 ans au profil conservateur sont les plus à risque d'être au centre d'une telle tragédie.
Selon les hypothèses avancées jusqu'à maintenant, Martin Godin, 54 ans, n'acceptait pas la rupture de son couple. Il aurait assassiné sa conjointe et son ami et une de ses filles avant de tenter de s'enlever la vie. «Ça reste une hypothèse pour le moment, mais c'est encore une fois un homme malheureusement qui se retrouve à avoir une réaction définitive devant une détresse, la souffrance», a déploré, lundi, la directrice générale du Centre de prévention du suicide de Québec, Lynda Poirier, sans vouloir minimiser la gravité du drame.
«Les dernières statistiques le confirment. C'est dans le groupe d'âge de 35 à 49 ans où il y a le plus de suicides. C'est suivi par le groupe des 50-64 ans», a-t-elle ajouté. Environ 80 % de tous les suicides sont le fait d'hommes. La rupture de couple est souvent la cause du suicide, mais il y en a d'autres.
«Les hommes vont attendre à la dernière minute avant d'aller chercher de l'aide quand ils vont en chercher parce qu'il y a souvent trois croyances de base qui sont là chez les gars qui ont un profil un peu plus traditionnel. Ils se disent qu'ils sont bons à rien, que ça ne sert à rien de demander de l'aide et que personne ne peut les aider, alors que c'est faux», a expliqué Mme Poirier.
Le directeur général du groupe communautaire AutonHommie, François-Olivier Bernard, partage le point de vue de sa collègue. «Bien souvent, ce sont des hommes qui ont une rigidité dans leur pensée, dans leurs solutions. Ils ont des croyances très ancrées, inamovibles. Pour eux, la famille est une valeur sacro-sainte et ils veulent conserver leur couple à tout prix», a-t-il dit. AutonHommie vient en aide à 600 hommes en détresse par année, dont la moitié sont en crise à la suite d'une rupture de couple.
Honte et faiblesse
«Pour ces hommes plus traditionnels, c'est plus dur de demander de l'aide. La demande d'aide peut être honteuse ou un signe de faiblesse. Ils se disent qu'un homme doit être fort en tout temps, qu'il peut lui-même trouver des solutions à tout, qu'il est capable de tout endurer même si c'est pas vrai que tout est endurable. Généralement, il a aussi beaucoup de difficultés à vivre ses émotions», a poursuivi M. Bernard.
Selon son expérience, ces hommes vont tenter de fuir leurs problèmes dans la consommation. «À un moment donné, ce n'est pas suffisant. Il y a une accumulation importante de signes dépressifs, de colère, de haine», a-t-il observé.
M. Bernard et Mme Poirier croient qu'il serait possible de renverser cette tendance chez les hommes au profil traditionnel par des campagnes de marketing social, comme on l'a fait pour contrer l'alcool au volant.
«C'est un problème de société, de mentalité à changer. Au Québec, on est plus tolérant par rapport au suicide. À quelque part, on se dit qu'on ne peut rien faire, que le suicide peut être une option et que ça prend du guts. Pourtant, c'est pas du courage. Le suicide est un signe de désespoir», a affirmé Mme Poirier.