Un groupe de migrant aux abords de la frontière canadienne, samedi, sur la route Roxham, à Champlain, New York.

Les Haïtiens de Québec inquiets

«C'est très difficile à regarder». Le président de l'Association haïtienne de Québec, Charles Madet, s'inquiète de voir autant des siens, dont de nombreux enfants, franchir la frontière canadienne craignant d'être expulsés en Haïti.
«Mon inquiétude, c'est quand on regarde les images. On voit des enfants, des bébés», explique-t-il. «C'est sûr que ça ne sera pas 100 % des gens qui seront acceptés [pour rester au Canada], ces gens-là vont devoir faire face à des situations difficiles», ajoute M. Madet, qui espère «une considération» particulière du gouvernement pour les familles.
Le nombre de migrants demandeurs d'asile au Québec a triplé au cours des deux dernières semaines. Il y avait environ 50 demandes par jour dans la première moitié de juillet et ce nombre atteint maintenant de 150. Le flot de réfugiés est tel que les quelque 1050 places du Stade olympique, devenu refuge, pourraient être comblées cette semaine.
La plupart sont des ressortissants haïtiens qui avaient bénéficié d'un «statut de protection temporaire» des États-Unis après le séisme meurtrier de 2010. C'est que l'administration Trump entend mettre un terme à ce programme humanitaire en janvier 2018. Au total, ce sont près de 60 000 Haïtiens qui pourraient être renvoyés vers leur terre natale.
 «En Haïti en ce moment, on ne peut pas parler de persécution politique, mais la situation économique et sociale a quand même une certaine instabilité. Ces gens-là qui vont retourner, ils vont retourner dans une situation extrêmement difficile. C'est là que je suis inquiet parce que ce sont des gens à recherche d'une vie meilleure», déplore M. Madet.
«C'est sûr que de retourner là-bas, ce ne sera pas l'idéal, ça va être très difficile». Selon lui, le gouvernement américain devrait évaluer le poids économique de la présence des détenteurs de ce statut de protection avant de menacer de le retirer. «C'est un statut temporaire, on savait qu'un jour où l'autre ça serait terminé», dit-il.
«Ceci étant dit, c'est fait de manière abrupte. Ce sont des gens qui ont commencé à travailler aux États-Unis, qui ont contribué à l'économie. Je pense qu'une analyse approfondie de l'impact que ça aurait pu avoir, sur l'économie ou sur ces gens-là qui ont des familles, aurait pu être faite avant de décider de ne pas renouveler ce statut-là.»
Pas d'impact à Québec
Pour l'heure, l'Association haïtienne de Québec indique ne pas avoir été sollicitée en lien avec la situation à Montréal. Les Habitations du Centre multiethnique de Québec affirmaient aussi dans nos pages vendredi, ne pas non plus avoir été jointes pour héberger temporairement une partie des demandeurs d'asile qui affluent dans la métropole.  
«On suit la situation de près», soutient M. Madet. «Nous sommes ouverts à aider, s'il y a des compatriotes qui arrivent ici, on va essayer de mobiliser toutes les organisations nécessaires pour nous aider et les aider», poursuit-il, assurant que le mot s'est passé à travers les membres de l'association pour intervenir, si besoin il y a.
Le statut temporaire de protection offert par l'ancien président Obama permettait aux réfugiés de travailler légalement en sol américain. Samedi matin, au moins 700 réfugiés étaient en attente aux douanes de Saint-Bernard-de-Lacolle. Montréal a aussi confirmé cette fin de semaine, l'ouverture d'un centre d'hébergement temporaire de 300 places.
Charles Madet estime que la communauté haïtienne dans la région de la capitale se chiffre à environ 1500 personnes.