L’auteure principale de l’étude voulait savoir si l’espérance de vie des femmes est plus longue que celle que des hommes même dans des conditions extrêmement difficiles de famine ou d’épidémie, quand la mortalité est très forte pour tout le monde.

Les femmes résistent mieux que les hommes aux temps de crise

Quand un homme s’avère être un coriace, quand il se montre capable de résister aux pires épreuves, on en dit qu’il est «dur comme un roc», ou «dur comme un chêne», ou encore «dur comme un clou de cercueil». Or il faudra sans doute ajouter «dur comme une femme» à cette liste, car c’est généralement le soi-disant «sexe faible», et non le «fort», qui survit le mieux en temps de crise.

C’est du moins ce qui ressort d’une étude parue lundi dans les Annales des académies nationales des sciences (PNAS). Son auteure principale, la chercheuse de l’Université du Danemark du Sud Virginia Zarulli, voulait savoir si l’espérance de vie des femmes est plus longue que celle que des hommes même dans des conditions extrêmement difficiles de famine ou d’épidémie, quand la mortalité est très forte pour tout le monde. Elle a trouvé six tragédies historiques pour lesquelles les registres de population étaient suffisamment fiables pour documenter la question, soit les famines d’Irlande (1845-1849), de Suède (1772-1773) et d’Ukraine (1933), deux épidémies de rougeole en Islande (1846 et 1882, les Islandais étaient très isolés, à l’époque, ce qui les rendait très vulnérables à ce virus), ainsi que le sort misérable qu’ont connu les anciens esclaves américains qui se sont établis au Libéria (1820-1843) et celui des esclaves de Trinidad au début du XIXe siècle.

Et les résultats sont assez clairs: «Dans toutes les populations de cette étude à l’exception partielle de Trinidad [ndlr: pour des raisons incertaines], les femmes ont continué de vivre plus longtemps que les hommes», même pendant ces crises terribles, écrivent Mme Zarulli et ses collègues. Par exemple, en Irlande pendant la famine qui a amené tant de gens en Amérique du Nord, l’espérance de vie à la naissance (soit l’âge moyen de tous les décès au cours d’une période donnée) était de 18,7 ans pour les hommes et de 22,4 ans pour les femmes. En Islande lors des épidémies, cette espérance de vie était de près de 19 ans pour les femmes contre seulement 16 à 17 ans pour les hommes. Et ainsi de suite.

Fait intéressant, les chercheurs ont pu calculer que dans la plupart des cas, c’était la mortalité des nouveau-nés (0 à 1 an) qui expliquait le plus gros des écarts entre les hommes et les femmes, ce qui signifie que les bébés-filles survivaient mieux que les bébés-garçons.

L’intérêt d’analyser toutes ces archives était de tenter de comprendre pourquoi l’espérance de vie des femmes est plus grande que celle des hommes. Une hypothèse fréquemment mise de l’avant est que les hommes, possiblement à cause de la testostérone, adoptent plus de comportements «à risque» que les femmes — fument plus, boivent plus, conduisent plus vite, se battent plus, etc. C’est d’ailleurs prouvé par nombre d’étude et cela explique une bonne partie des différences de longévité. Mais d’autres travaux ont montré que, quand on compare des gens qui mènent tous le même genre de vie (des moines et des nonnes, par exemple), l’écart persiste en faveur des femmes.

Cela suggère qu’il pourrait y avoir des assises biologiques à cette longévité, mais il reste alors à savoir si c’est parce que les femmes sont «programmées» pour se rendre plus loin en âge ou si c’est parce qu’elles sont plus robustes, qu’elles résistent mieux aux épreuves. Les résultats de Mme Zarulli appuient la seconde possibilité (surtout à cause de la survie plus élevée des filles en bas âge), et son article suggère que ce pourrait être l’effet des hormones sexuelles sur le système immunitaire — effet bénéfique pour la progestérone et négatif pour la testostérone.