Les enfants inattentifs ont ensuite des carrières moins lucratives

MONTRÉAL - Des garçons et des filles faisant preuve d’inattention à la maternelle mènent une carrière moins lucrative 30 ans plus tard, a constaté une équipe internationale dirigée par des chercheurs de l’Université de Montréal.

Les garçons et les filles de cinq et six ans inattentifs à la maternelle sont plus nombreux à déclarer des revenus moindres que ceux des autres membres de leur cohorte lorsqu’ils atteignent l’âge de 33 à 35 ans.

Par contre, les garçons les plus «prosociaux» (ils aident les autres, sont prévenants et participent volontiers aux projets pédagogiques) s’orientent en plus grand nombre vers une carrière plus payante que la moyenne.

La responsable de l’étude qui paraît cette semaine dans JAMA Psychiatry, Sylvana Côté, a expliqué dans un communiqué qu’»à l’échelle d’une carrière de 25 ans, les différences peuvent atteindre 77 000 $». Et tout ça ne peut pas être expliqué par l’intelligence ou par le quotient intellectuel, puisque les chercheurs assurent avoir tenu compte de ces variables.

Les différences sont significatives entre les groupes étudiés, mais les raisons précises qui expliquent ces disparités sont encore difficiles à déterminer, a-t-elle ajouté.

Elle précise que les problèmes d’inattention mènent plus souvent que les autres problèmes identifiés au décrochage scolaire et à des difficultés d’adaptation entre le préscolaire et l’entrée sur le marché du travail. Par contre, les enfants «prosociaux» semblent avoir une trajectoire qui les mène vers une carrière plus lucrative.

Ce serait la première fois que la «prosocialité» est étudiée dans une enquête de ce genre et son effet positif a causé une certaine surprise au sein de l’équipe.

«Nous nous attendions à constater des différences entre les garçons et les filles et nous en avons trouvé d’importantes, a commenté la professeure Côté dans le communiqué. Mais au chapitre des prédicteurs, nous nous attendions à ce que l’hyperactivité et les comportements perturbateurs tels que l’agression et l’opposition ressortent comme les variables les plus significatives. En réalité, les problèmes de comportement se sont moins distingués que l’inattention.»

Ces conclusions ont été obtenues grâce à une étude qui s’est étendue sur plus de trois décennies, fondée sur les données recueillies par le Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant auprès de plus de 3000 enfants qui fréquentaient la maternelle en 1985. Les comportements ont été précisés par leurs enseignants au moyen de questionnaires distribués à divers moments.

On a retrouvé ces enfants en 2015 au mitan de leur vie professionnelle et on a calculé les écarts salariaux d’un individu à l’autre.

Les auteurs écrivent que leur étude «démontre que l’inattention pendant l’enfance est associée à un des résultats défavorables à long terme, notamment des revenus plus faibles au cours d’une carrière».

Ils ajoutent qu’un suivi précoce et une prise en charge des enfants très inattentifs et des garçons qui affichent rarement des comportements prosociaux «pourraient résulter en des avantages socioéconomiques à long terme pour les individus et pour la société».

Toutes catégories confondues, les femmes gagnent 70 pour cent du salaire des hommes quand on les retrouve trois décennies après la maternelle.