Pas moins de 14 000 des 15 000 éducatrices des services de garde en milieu familial ont débrayé, lundi, pour protester contre la lenteur des négociations pour le renouvellement de leur convention collective.

Les éducatrices des garderies en milieu familial se font entendre

Quelques centaines d'éducatrices en milieu familial ont manifesté lundi midi à Québec pour protester contre la lenteur des négociations avec le gouvernement, à l'occasion d'une journée de grève nationale. Environ 90 000 enfants dans l'ensemble de la province ont été touchés par ce moyen de pression.
Suzie Renaud accueille des enfants dans sa maison de Loretteville depuis une dizaine d'années. Pancarte en main, elle a tenu lundi midi à dénoncer ses conditions de travail qui ne lui permettent pas d'agir en véritable travailleuse autonome, affirme-t-elle. «On n'est pas maîtres chez nous», lance Mme Renaud.
Comme plusieurs de ses collègues, Mme Renaud proteste contre l'encadrement des bureaux coordonnateurs, qui sont responsables de faire appliquer les règlements relatifs aux services de garde en milieu familial à 7 $ par jour. Les exigences varient d'un bureau à l'autre et aucun recours n'existe pour contester leurs décisions, dénonce le syndicat qui les représente.
Les responsables de services de garde en milieu familial réclament par ailleurs une reconnaissance des heures réellement travaillées. «On travaille au moins 50 heures par semaine et on est payés pour 35 heures. C'est sûr qu'on fait pas ça pour l'argent, mais parce qu'on aime les enfants», ajoute Mme Renaud.
Dans la région de Québec, environ 2000 responsables de services de garde en milieu familial subventionnés ont fermé leurs portes lundi, un chiffre qui grimpe à environ 14 000 pour l'ensemble de la province. 
«On proteste contre des blocages à la table de négociation, affirme Mélanie Lavigne, porte-parole du syndicat local affilié à la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ) affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). La manifestation de lundi s'est déroulée devant les bureaux du ministère de la Famille, sur la rue Saint-Amable.
«Prématurée»
De son côté, la ministre de la Famille, Francine Charbonneau, a condamné la journée de grève, qu'elle juge prématurée. «Il faut s'asseoir à la table, avoir des discussions honnêtes, ouvertes, plutôt que de sortir pour dénoncer la vitesse des choses, puis de prendre les parents en otage comme ça», a-t-elle affirmé.
Mme Charbonneau considère que les discussions progressent, même si elles n'avancent pas assez vite aux yeux du syndicat. Les négociations pour le renouvellement de la convention collective, qui ont débuté en octobre, ne sont pas rompues. Une rencontre a eu lieu vendredi, une autre est prévue mardi.
D'autres journées de débrayage pourraient se dérouler au cours des prochaines semaines, selon les décisions prises lundi par les responsables des services de garde réunis en assemblée aux quatre coins de la province. Au moment de mettre sous presse, il a toutefois été impossible d'en connaître la teneur.  
La ministre Charbonneau condamne la grève
La Presse Canadienne
La ministre de la Famille, Francine Charbonneau, condamne la journée de grève générale entreprise par les responsables des services de garde lundi, un geste qu'elle associe à une «prise d'otages».
Pas moins de 14 000 des 15 000 éducatrices des services de garde en milieu familial ont débrayé, lundi, pour protester contre la lenteur des négociations pour le renouvellement de leur convention collective. Elles sont représentées par la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ), affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).
Le syndicat reproche aussi au ministère de la Famille son manque d'ouverture dans les négociations. On évalue à 92 000 le nombre d'enfants touchés par cette journée de grève. Contrairement à la CSQ, les syndiquées affiliées à la CSN n'ont pas débrayé lundi.
«Je trouve décevant qu'un des deux syndicats décide de sortir comme ça pour faire avancer les choses plus rapidement, a dit la ministre dans une entrevue téléphonique. Il faut s'assoir à la table, avoir des discussions honnêtes, ouvertes, plutôt que de sortir pour dénoncer la vitesse des choses, puis de prendre les parents en otages comme ça.»
«Prétexte futile»
Mme Charbonneau juge par ailleurs futile le prétexte invoqué pour déclencher la journée de grève, soit la lenteur des négociations, puisque le rythme est une question discutable, à ses yeux. «À partir du moment qu'on avance, même si ce n'est pas à la vitesse désirée, les moyens de pression ne sont pas nécessaires. [...]C'est complexe, mais ça avance. [...] Trop de temps? On a commencé à négocier en octobre sur une convention qui est pour une première fois renouvelable et qu'il faut ajuster pour un mandat tout à fait particulier.»
Elle a en effet rappelé que ce dossier est complexe: les intervenantes en service de garde sont à la fois des travailleuses autonomes et des salariées. Un des points en litige est notamment la place réservée aux bureaux coordonnateurs, qui sont responsables de la gestion des subventions gouvernementales et de la répartition des places.
«Elles (les éducatrices) veulent aussi prendre des décisions pour le directeur général (des bureaux coordonnateur), a déploré la ministre. Il y a comme un drôle de mélange.»
Deux syndicats
La ministre n'a pas manqué de dresser les deux syndicats, CSN et CSQ, l'un contre l'autre. «La CSN semble trouver que les choses vont relativement bien», a-t-elle fait remarquer. Elle a fait valoir que les parties négociaient vendredi et qu'elles négocieront de nouveau mardi.
«On avance à une vitesse de croisière qui n'est peut-être pas la plus rapide, mais qui est probablement la meilleure façon de faire pour trouver les meilleures décisions. Il ne faut pas se presser. Quelquefois, aller trop vite n'est pas nécessairement bien faire les choses.»
Le syndicat ajoute que les responsables de services de garde en milieu familial travaillent environ 50 heures en présence des enfants mais qu'elles touchent le même salaire que leurs consoeurs qui oeuvrent pendant 35 heures en centres de la petite enfance (CPE).
La convention collective des membres de la FIPEQ est échue depuis le 30 novembre.
Pour leur part, les garderies privées subventionnées du Québec, mécontentes elles aussi, ont récemment indiqué qu'elles prévoyaient fermer leurs portes pendant cinq jours non consécutifs cet été afin d'augmenter la pression sur le gouvernement du Québec.