Éloïse Dupuis, membre des Témoins de Jéhovah, est décédée à la suite de son accouchement après avoir refusé une transfusion sanguine qui aurait pu lui sauver la vie.

Les «dérives sectaires» sous l’œil de députés

EXCLUSIF / Des députés de l’Assemblée nationale se préparent à former un groupe de travail pour se pencher sur le phénomène des sectes — ou des «groupes à dérive sectaire».

La députée péquiste Agnès Maltais et le libéral Pierre Reid réfléchissent très sérieusement à cette possibilité. D’autres élus se montrent aussi intéressés.

Le groupe pourrait se constituer formellement en début d’année prochaine.

Une réunion à huis clos a été convoquée ce mercredi sur le sujet à la demande d’Agnès Maltais. Les libéraux et péquistes présents ont discuté de la possibilité qu’une commission de l’Assemblée nationale se penche «sur les méthodes d’endoctrinement de sectes structurées» et leur impact «sur leurs membres, notamment quand ceux-ci sont en situation médicale d’urgence, en particulier les femmes». Une demande que Mme Maltais formule depuis le dévoilement le mois dernier du rapport du coroner sur le décès d’Éloïse Dupuis, membre des Témoins de Jéhovah.

C’est de cette discussion à huis clos de mercredi qu’est née l’idée de constituer un groupe de travail. Mme Maltais se dit satisfaite de l’évolution des choses et de la perspective qui s’ouvre soudainement.

«Le courant a passé», confirme de son côté Pierre Reid. Jusqu’ici, les libéraux avaient dit non à la demande de la députée de Taschereau.

Mme Maltais dit avoir changé son angle d’approche. Elle l’a élargi : «Sous couvert de liberté de religion, est-ce qu’on n’accepte pas des actes qui autrement seraient considérés illégaux?» a-t-elle soumis aux élus présents.

Ce groupe de travail formé de députés devra d’abord s’entendre sur son mandat précis, précise Pierre Reid. Il faut respecter les gens qui ont des croyances religieuses, dit-il avant d’ajouter que la réflexion à venir «dira s’il y a des choses qu’on peut réglementer».

Un long processus

À la lumière du document de réflexion qui pourrait être produit, dans plusieurs mois, l’Assemblée nationale jugera s’il convient de convoquer une commission parlementaire spéciale sur le sujet. C’est une tâche qui reviendrait à l’Assemblée nationale de la prochaine législature — celle qui naîtra des prochaines élections générales, le 1er octobre prochain.

C’est donc un long processus qui pourrait s’ouvrir. Agnès Maltais et Pierre Reid évoquent celui sur l’aide médicale à mourir. Il a duré des années. Et il a fallu de très nombreuses réunions préparatoires avant que son mandat soit circonscrit.

À l’époque, on parlait de «mourir dans la dignité». Le processus a démarré avec la présentation, par la députée Véronique Hivon, d’une résolution parlementaire en décembre 2009 et a abouti — deux gouvernements plus tard — à l’adoption d’une loi au printemps 2014.

Aucun caquiste n’était présent à la réunion de mercredi. Mme Maltais et M. Reid ne doutent toutefois pas que la Coalition avenir Québec et d’autres voudront s’associer à l’exercice.