Le Dr Horacio Arruda a témoigné pendant trois heures à l’Assemblée nationale du Québec, mercredi en fin de journée, dans le grand Salon rouge du parlement.
Le Dr Horacio Arruda a témoigné pendant trois heures à l’Assemblée nationale du Québec, mercredi en fin de journée, dans le grand Salon rouge du parlement.

Les cinq moments-clés du Dr Arruda devant les élus

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Refermer les restaurants et les musées, en octobre, n’émanait pas d’une recommandation de la Santé publique, qui proposait plutôt de les garder ouverts selon certaines conditions.

C’est ce qu’a révélé Horacio Arruda, dans son témoignage de trois heures à l’Assemblée nationale du Québec, mercredi en fin de journée, dans le grand Salon rouge du parlement.

Neuf mois après le début de la pandémie de COVID-19, le directeur national de santé publique du Québec a répondu aux questions de 11 élus.

Assis dans un fauteuil de bois rembourré d’un coussin rouge, comme les autres membres de la Commission de la santé et des services sociaux, l’homme toujours tiré à quatre épingles a tenté d’éclairer les députés du gouvernement et des partis d’opposition.

Les interrogations plus précises et incisives venaient de sa droite, où étaient assis les représentants de l’opposition.

Pascal Bérubé, du Parti québécois, et Gabriel Nadeau-Dubois, pour Québec solidaire. Puis le trio libéral : les porte-paroles en matière d'aînés et de santé, Monique Sauvé et Marie Montpetit, avec la cheffe Dominique Anglade.

À la gauche du DArruda, son conseiller spécial et ancien patron, le Dr Richard Massé. Un peu plus loin, les six élus du gouvernement de la Coalition avenir Québec, Marilyne Picard, François Jacques, Samuel Poulin, Nancy Guillemette, Lucie Lecours et Mathieu Lévesque, lui ont facilité la vie.

La moitié du temps alloué aux questions des élus appartenait à la CAQ, majoritaire.

L’équipe du sous-ministre adjoint était complétée par son adjointe exécutive et conseillère stratégique, Marie-France Boudreault.

Ordinateur portable — qui s’est mis à parler sans préavis! —, cahier à anneaux, demi-douzaine de feuilles libres, bouteille d’eau, masque médical bleu pâle, téléphone cellulaire branché, micro, l’homme avait sur son bureau tout pour répondre au meilleur de ses connaissances acquises en 35 ans de médecine préventive.

Réévaluation des tests rapides

«Nous en sommes à revoir l’ensemble de la procédure pour introduire le test rapide dans les meilleures conditions», a indiqué le DArruda.

Propos qui ont fait sursauter Mme Montpetit, critique libérale en matière de santé. Comment se fait-il qu’on en soit à «revoir» la procédure, alors que le gouvernement a des tests rapides en main depuis sept semaines?

À la question de la cheffe libérale, Mme Anglade, le DArruda venait d’expliquer que «les tests rapides ont des avantages, mais aussi des inconvénients. Ça peut créer des faux négatifs, mais même des faux positifs. Santé Canada demande toujours l’utilisation de tests PCR [traditionnels avec écouvillon]» par manque de fiabilité.

On en est à évaluer la façon la «plus rentable» d’utiliser les tests rapides.

Purificateurs d’air «pas interdits»

La Santé publique ne recommande toujours pas l’installation de purificateurs d’air dans les salles de classe, mais ne les interdit pas non plus.

C’est ce qu’a répondu au solidaire Nadeau-Dubois le Dr Massé, qui est responsable du comité sur la ventilation dont le rapport est attendu dans les prochains jours. «Un risque potentiel fait qu’on ne le recommande pas, mais on ne va pas jusqu’à l’interdire», résume le DMassé.

Le Dr Horacio Arruda a témoigné pendant trois heures à l’Assemblée nationale du Québec, mercredi en fin de journée, dans le grand Salon rouge du parlement.

Possible avis pour le budget

Le Dr Arruda pense que la Santé publique a émis un avis de précaution pour la tenue du huis clos du budget du 10 mars dernier.

Deux jours avant le premier point de presse conjoint du premier ministre, de la ministre de la Santé et du directeur national de santé publique, quelques centaines de personnes se sont réunies dans une grande salle du Centre des congrès de Québec pour le dévoilement du budget provincial.

Le Dr Arruda hésite sur la question, mais croit se rappeler que le gouvernement a demandé des consignes avant d’organiser cet événement. On aurait alors adapté le service de repas, ajoute-t-il. C’était un buffet.

Ajoutons que le DArruda a demandé à quelques reprises la clémence de la commission sur des informations précises remontant au début de l’année. Surtout sur les moments et les dates de qui savait quoi et quand soulevés par la libérale Anglade.

Les restaurants, c’est le gouvernement

La décision de refermer les salles à manger des restaurants en zone rouge, début octobre, est celle du gouvernement. Les musées aussi.

La Santé publique avait plutôt recommandé de limiter la fréquentation des restaurants en bulle familiale seulement. Mais le gouvernement craignait de manquer de clarté dans son message et a décidé d’aller plus loin pour ordonner ces fermetures.

«L’épidémiologie montrait que ce n’était pas des lieux importants d’éclosion. Mais pour réduire les contacts au minimum et garder les gens à la maison, il a décidé de les fermer. Ce n’était pas notre scénario, mais on était confortables avec ça», a répondu le Dr Arruda au péquiste Bérubé, qui souhaitait évaluer la responsabilité gouvernementale à l’aide d’une série de questions du type qui a décidé quoi.

En sortant de la salle du Conseil législatif, le Dr Arruda a refusé de répondre aux questions des journalistes à ce propos.

Une commission d’enquête publique

Comme pour la crise du verglas (1998) et pour la tragédie de Lac-Mégantic (2013), la tenue d’une commission d’enquête publique pourrait être appropriée au Québec après la pandémie de COVID-19, estime le Dr Arruda.

«Notre plan de deuxième vague est beaucoup amélioré par rapport à la première vague», souligne-t-il quand même, pour dire que les apprentissages sont déjà mis en œuvre.

Il y voit un intérêt à la fois pour les élus et pour la Santé publique, chacun selon son mandat spécifique.

Il propose aussi de se pencher sur l’approvisionnement de matériel. Éviter de négliger la capacité de production locale au profit de la mondialisation, de peur de manquer de certains articles-clés dans des situations d’urgence futures.

Journée type et sacrifices

Dernière caquiste à prendre la parole, la députée Picard lui a demandé à quoi ressemble une journée type pour le DArruda, comment il arrive à garder l’équilibre dans sa vie et à quels sacrifices le force la gestion de la pandémie! Puis un message d’espoir pour les Québécois et ses prévisions pour 2021.