Un mois après l’annonce de la fermeture des chantiers de construction québécois en raison des risques de propagation d’un certain virus, l’heure était aux retrouvailles pour quelque 25 000 travailleurs du secteur résidentiel, confinés à la maison comme tout le monde.
Un mois après l’annonce de la fermeture des chantiers de construction québécois en raison des risques de propagation d’un certain virus, l’heure était aux retrouvailles pour quelque 25 000 travailleurs du secteur résidentiel, confinés à la maison comme tout le monde.

Les chantiers de construction reprennent vie à Québec [PHOTOS]

En temps normal, lorsque l’architecte Yvan Blouin et le surintendant Jean-Pierre Léveillée se rencontrent le matin, sur le chantier du complexe résidentiel Le Gecko, dans le quartier Saint-Roch, la bonne vieille poignée de mains est de mise. Lundi, distanciation sociale oblige, les deux hommes ont procédé en rigolant à un «footshake», en se tapant les pieds les uns contre les autres.

Un mois après l’annonce de la fermeture des chantiers de construction québécois en raison des risques de propagation d’un certain virus, l’heure était aux retrouvailles pour quelque 25 000 travailleurs du secteur résidentiel, confinés à la maison comme tout le monde. 

Dès 7h, Jean-Pierre Léveillée était sur le chantier du Gecko, rue Saint-Vallier Est, pour informer la cinquantaine d’employés de retour au bercail des strictes directives émises par la CNESST (Commission des Normes, de l’Équité, de la Santé et de la Sécurité du travail) afin d’éviter une contagion que personne ne souhaite.

Questionnaire à remplir (Avez-vous des symptômes comme de la fièvre ou de la toux? Êtes-vous de retour d’un voyage à l’étranger depuis moins de deux semaines? Êtes-vous en contact avec quelqu’un atteint de la COVID-19?), distanciation physique de 2 mètres à respecter, précautions à prendre pendant les pauses et les heures de repas, nettoyage et désinfection des outils, il y avait beaucoup à expliquer, à montrer et à… répéter.

À lui seul le protocole du lavage des mains ne laisse place à aucun relâchement. À l’arrivée et au départ du chantier, avant et après avoir mangé, avant et après la pause, avant de fumer, et, bien entendu, après le passage aux toilettes. Jamais les travailleurs de la construction n’auront eu les mains aussi propres...

Le fondateur de Synchro immobilier, Yvan Blouin (à droite), en compagnie du surintendant du chantier Le Gecko, Jean-Pierre Léveillée.

Et les vacances de juillet?

«C’est complexe, c’est toute une adaptation, mais on n’a pas le choix. Les gars savent que c’est pour leur bien qu’on fait ça», lance Jean-Pierre Léveillée, alors que derrière lui quelques-uns de ses hommes s’affairent au revêtement de l’immeuble de 85 condos. Si tout va bien, les premiers locataires devraient pouvoir emménager à la fin de juin, comme prévu.

«Le gros du travail était déjà fait. On est rendus à la finition, explique Yvan Blouin, fondateur de Synchro immobilier, maître d’oeuvre du chantier. Dans plusieurs logements, l’ouvrier peut travailler seul, alors ça cause moins de problèmes, sauf parfois pour la pose du gypse.»

Le fond de l’air avait beau être frisquet et l’été encore loin, la discussion a bifurqué vers les…vacances de la construction. La mise à l’arrêt du chantier pour cause de COVID-19 lui fait croire plus que jamais qu’il est temps de revoir l’habitude de faire tomber en congé tous les travailleurs de la construction, sans exception, à la fin juillet.

«Je sais que ça discute. Ça coûte très cher pour un entrepreneur de fermer et de rouvrir un chantier. Les ouvriers devraient pouvoir prendre leur congé quand ils le veulent.»

Un mois après l’annonce de la fermeture des chantiers de construction québécois en raison des risques de propagation d’un certain virus, l’heure était aux retrouvailles pour quelque 25 000 travailleurs du secteur résidentiel, confinés à la maison comme tout le monde.

Habitudes à prendre

Plus haut, sur Grande-Allée, près de l’avenue Cartier, l’heure était également à l’apprentissage des nouvelles consignes sanitaires pour les ouvriers de l’immeuble à condos Le 155. Là aussi, les travaux sont «pas mal avancés», mentionne le chef de chantier de Garoy Construction, Jean-François Beaudry. Les premiers résidents devraient pouvoir s’installer à la mi-juin.

Des lavabos et des installations sanitaires ont été déployés. Les escaliers ont été mises à sens unique pour éviter que les ouvriers se croisent. «S’il y en a deux qui sont forcés de travailler trop proches, ils doivent mettre leur masque et leur visière de protection», explique M. Beaudry.

Et le confinement à la maison, ça ne vous a pas paru trop long? demande-t-on à Sébastien Grégoire, un contremaître en menuiserie. «Pas pire. J’en ai profité pour faire des travaux à la maison. Et trois enfants, ça occupe le temps.»

À deux pas de là, le signaleur de recul Stéphane Payer était bien heureux de retrouver ses habits de travail et d’entendre le «Bip! Bip! Bip!» de la machinerie. «Je commençais à virer en rond chez nous. C’était l’enfer.»

À Lévis, dans le secteur Saint-Romuald, le contremaître du chantier de la phase 4 du quartier de condos locatifs Les Éléments, Sylvain Francoeur, a lui aussi mis les bouchées doubles afin que sa vingtaine d’ouvriers assimilent rapidement les protocoles sanitaires.

«C’est des habitudes à prendre. Il faut garder ça très strict. C’est pour la distanciation que c’est plus dur. Les ouvriers ne prennent pas leur break en même temps. On a identifié des zones pour breaker. Ensuite, tout est nettoyé.»

Lors du passage du Soleil, aucun inspecteur de la CNESST ne s’était présenté sur le chantier. «C’est certain que la personne qui fait pas attention va faire fermer le chantier. C’est mieux de respecter les consignes», laisse tomber M. Francoeur.

La reprise des activités sur les chantiers a été suivie de près par les centrales syndicales et la CNESST. L’organisme gouvernemental a déployé 300 inspecteurs pour faire le tour des chantiers.

L’épaule à la roue

Cette reprise des activités sur les chantiers a été suivie de près par les centrales syndicales et la CNESST. L’organisme gouvernemental a déployé 300 inspecteurs pour faire le tour des chantiers.

Le président de la CSD Construction, Carl Dufour, croit que le comportement des travailleurs du domaine résidentiel «donnera le pouls» pour le retour graduel des autres employés de la construction. De 20 000 à 30 000 ouvriers ont repris le travail lundi, sur un total d’environ 195 000.

«Tout le monde, les employés comme les entrepreneurs, a mis l’épaule à la roue. Sur les chantiers que j’ai visités, toutes les consignes étaient respectées.»

«On ne se le cachera pas, il y a des chantiers qui ont plus de misère que d’autres, ajoute-t-il. On leur a demandé de pas commencer tout de suite, de retarder leur ouverture à mardi pour être sûr que toutes les mesures sanitaires soient en place lorsque les travailleurs vont rentrer sur le chantier.»

En fin de journée, la CNESST n’était pas en mesure de fournir des détails sur ses tournées d’inspection. «Le temps de faire les compilations, ça va aller à mardi matin», a indiqué Caroline d’Astous, attachée de presse du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

Sur Grande-Allée, près de l’avenue Cartier, l’heure était à l’apprentissage des nouvelles consignes sanitaires pour les ouvriers de l’immeuble à condos Le 155.