Talia Osteen, Ari Posner et Becky Edwards, des volontaires devenus actifs politiquement après l'élection de Donald Trump, en novembre 2016. three first time volunteers who became politically active following last November’s US presidential elections, walk through a quiet residential neighborhood on a Saturday morinng in Palmdale, California on October 28, 2017, going door to door trying to register voters. / AFP PHOTO / FREDERIC J. BROWN / TO GO WITH AFP STORY BY VERONIQUE DUPONT-»In California, new grassroots activists lead the Trump Resistance»

Les Californiens, moteurs de la lutte anti-Trump

LOS ANGELES — La Californie, bastion démocrate et progressiste, mène le mouvement d’opposition à Donald Trump, qui dirige les États-Unis depuis tout juste un an, avec des militants fraichement convertis à la politique et animés par un sentiment d’urgence.

«Chaque fois que [Trump] prend une décision, c’est comme un coup à l’estomac pour la Californie», justifie Sherry Jeffe, professeure de politiques gouvernementales à l’université de Southern California (USC).

Le «Golden State», État américain le plus peuplé, est aussi celui qui compte le plus d’immigrés et de sans-papiers, largement ciblés par la politique de M. Trump.

En réaction, le gouverneur démocrate Jerry Brown a proclamé la Californie État «sanctuaire», assurant que les forces de l’ordre locales ne collaboreraient pas avec la police fédérale des frontières. Il a aussi promis de respecter l’accord de Paris contre le changement climatique malgré le retrait des États-Unis.

La Cour d’appel de San Francisco a par ailleurs joué un rôle clé pour faire barrage — avec les États de Washington, du Maryland et d’Hawaï — au très controversé décret migratoire visant plusieurs pays à majorité musulmane.

Sans parler de la légalisation de la marijuana, contestée par le ministre de la Justice Jeff Sessions, des toilettes pour personnes transgenres dans des écoles californiennes, etc.

Dès le premier jour de la présidence Trump, c’est Los Angeles qui a rassemblé la plus grande marche des femmes aux États-Unis. Les universités californiennes sont régulièrement le théâtre de vastes rassemblements, parfois émaillés de violences, pour empêcher la venue d’orateurs d’extrême droite.

Les manifestations sont plus rares que juste après le scrutin présidentiel, mais sur le terrain, la mobilisation reste forte.

«Notre antenne est passée de moins de 100 à 800 personnes depuis l’élection, et on grossit sans cesse», constate Mary-Virginia Watson, une dirigeante de l’Association des démocrates socialistes, près de San Francisco.

Cet afflux de nouveaux militants se retrouve à travers tout le pays.

Beaucoup sont des novices comme Talia Osteen, bénévole depuis longtemps pour des associations d’aide aux sans-abris, mais pas de politique.

«Après l’élection de Donald Trump, j’ai réalisé à quel point notre démocratie est fragile et exige que nous soyons des citoyens actifs», raconte-t-elle un dimanche matin lors d’un porte-à-porte pour inscrire des habitants sur les listes électorales à Palmdale, à une heure de Los Angeles où elle vit.

«Incroyablement personnel»

Depuis l’accession du magnat de l’immobilier à la Maison-Blanche, cette musicienne et productrice de 34 ans consacre quasi tout son temps libre à tweeter, lire, appeler ses élus, etc.

«C’est devenu une priorité. C’est incroyablement personnel. Je suis une femme et je me sens attaquée» par l’administration républicaine, qui rogne dangereusement sur les droits reproductifs, admet-elle.

«Je suis mariée à une femme, la majorité du Congrès regarde de haut notre mariage. Je suis juive, et il y a maintenant des gens dans notre pays qui défilent en chantant “les juifs ne vont pas nous remplacer”», s’insurge-t-elle.

«Au moment de la guerre en Irak, il y avait beaucoup d’engagements, mais plutôt pour manifester. Je n’ai jamais vu un tel enthousiasme pour les actions locales», remarque Mme Watson.

Jessica Craven, vendeuse et chanteuse de 49 ans, a été bénévole pour de nombreuses campagnes démocrates, mais après la «douche glacée» de l’élection de Donald Trump, elle est passée à la vitesse supérieure, et concocte une lettre quotidienne envoyée à des abonnés toujours plus nombreux.

«Salut tout le monde, c’est vendredi! [...] Demain, on pourra se la couler douce et manger des bonbons. Un, deux, trois, c’est parti appelez vos sénateurs!» écrit-elle, ajoutant aux «devoirs» un «courriel du jour à Scott Pruitt», le très décrié directeur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA).

Avec ce ratissage, la «résistance» anti-Trump s’inspire des méthodes du Tea Party, mouvement ultraconservateur qui bouscule la politique depuis huit ans, poussant très à droite le débat et aidant les républicains à conquérir le Congrès.

Des mouvements progressistes inspirés de ces techniques, comme «Code Blue», «Indivisible», «Demand the vote», ont fleuri aux États-Unis.

«Ca fait huit ans [que les républicains] mentent sur ce qu’ils vont faire et, pendant ce temps, on dormait», reconnaît Ari Posner, scénariste à Los Angeles qui fait du porte-à-porte dominical.

Et de conclure: «On doit sortir de nos circonscriptions, regagner la Chambre des représentants, et espérons, notre pays.»