Des cadets à Valcartier en 1974

Les cadets de Valcartier indemnisés pour la tragédie de 1974

Près de 43 ans après l'explosion d'une grenade dans une salle de cours des cadets de la garnison Valcartier, la Défense nationale prendra en charge les victimes et les dédommagera.
Jeudi aux Communes, le ministre de la Défense Harjit Sajjan a rendu hommage aux survivants et aux victimes de la tragédie de Valcartier en 1974, lors de laquelle une grenade active, laissée parmi les outils de formation, avait éclaté, faisant six morts et 62 blessés parmi les cadets.
«Aux plus de 100 survivants de cet incident, à vos familles et aux familles de ceux qui ont péri, au nom du gouvernement du Canada, je vous demande d'accepter ces excuses», a déclaré jeudi le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, aux Communes. «Nous sommes sincèrement désolés de la douleur que vous avez endurée et nous regrettons profondément le temps qu'il aura fallu pour la soulager. Aujourd'hui, nous commençons à réparer les erreurs du passé.»
M. Sajjan, un lieutenant-colonel à la retraite, était accompagné lors de cette conférence de presse de certaines personnes qui ont vécu le drame, dont l'expert en sécurité Michel Juneau-Katsuya.
Aujourd'hui connu en tant qu'ex-cadre des services secrets canadiens qui s'est recyclé dans le domaine de la protection des entreprises, M. Juneau-Katsuya négociait avec le fédéral depuis 19 mois afin de clore ce dossier. «Il y a une conclusion positive sur toute la ligne qui permet maintenant aux cadets qui ont été blessés en 1974 de s'engager sur la voie d'une guérison», se réjouit-il, en entrevue téléphonique. Lui-même avait reçu des éclats lors de la déflagration. 
«Sur le plan médical, pour les blessures en relation avec l'incident de 1974, la Défense nationale va nous prendre en charge pour le restant de notre vie», souligne-t-il. Autant pour les séquelles physiques que psychologiques.
Programme d'indemnisation
Pour panser les plaies, le ministre Sajjan annonce également un programme d'indemnisation destiné à tous ceux qui ont été touchés, incluant les secouristes qui se trouvaient sur les lieux le jour de l'incident.
Le gouvernement fédéral estime qu'environ 155 personnes devraient être admissibles au paiement de secours universel de 42 000 $ qu'il offre. Les successions des six cadets qui ont péri lors de l'incident et de la vingtaine d'anciens cadets qui sont décédés dans les années qui ont suivi peuvent aussi obtenir cette compensation.
Un montant additionnel de 58 000 $ sera remis aux successions des six jeunes disparus «en reconnaissance des pertes subies», selon le communiqué du ministère de la Défense.
«Les personnes touchées sont aussi admissibles à recevoir un paiement de secours individualisé pour compenser les blessures physiques et mentales liées à l'incident. Le montant de ce paiement sera fixé en tenant compte de la situation personnelle de chacun jusqu'à un maximum de 310 000 $ (incluant le paiement de secours universel)», ajoute-t-on.
Grenade
Cet été-là de 1974, les cadets de la compagnie D étaient réunis dans un baraquement pour participer à un exposé sur les explosifs. Une grenade active, laissée parmi les outils de formation, a éclaté. Six sont morts, 62 ont été blessés physiquement. Mais, tous les esprits ont été marqués, fait valoir Michel Juneau-Katsuya. «La très vaste majorité d'entre nous sommes restés avec des problèmes de choc post-traumatique à divers degrés.»
La chair a aussi été meurtrie. «Moi, j'ai été chanceux.» Un seul éclat d'obus est resté coincé en lui, se remémore-t-il. «Les autres ont traversé le corps.»
Certains de ses camarades ont été plus marqués. Il cite en exemple cet homme toujours dans un fauteuil roulant.
En 2015, l'ombudsman de la Défense nationale avait vertement critiqué l'armée pour le sort réservé aux cadets de Valcartier, abandonnés par l'État. Depuis, assure M. Juneau-Katsuya, le gouvernement a tout mis en oeuvre pour conclure une entente : «Il y a vraiment un effort réel qui a été déployé par la Défense non seulement pour compenser, mais aussi soigner.»
«Le ministre démontre une très grande compassion. Pour moi, c'est ça mon Canada.»
On le voit, l'attachement à la patrie demeure malgré la tragédie. Outre M. Juneau-Katsuya, qui a poursuivi sa carrière à la GRC et au Service canadien du renseignement de sécurité, plusieurs ex-cadets «ont servi dans les rangs», souligne-t-il : armée, police, douanes...
L'armée demande aux anciens cadets qui se trouvaient dans la salle et aux secouristes qui sont intervenus sur place d'appeler au 1 844-800-8566 ou de communiquer par courriel au 1974@forces.gc.ca.