Le phénomène d’accaparement des terres agricoles prend de plus en plus d’ampleur au Québec.

Les agriculteurs sonnent l'alarme contre un géant montréalais

RIMOUSKI — La Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent s’insurge devant un phénomène de plus en plus inquiétant : l’accaparement des terres agricoles. Pour l’UPA, il est urgent que Québec presse le fonds de solidarité FTQ et la Caisse de dépôt et de placement du Québec de retirer ses investissements dans l’entreprise Pangea de Montréal, un géant qui ne cesse de mettre la main sur de grandes superficies dans différentes régions du Québec.

L’accaparement des terres, qui vient de l’expression anglaise land grapping, se définit par l’acquisition controversée de grandes étendues de terres agricoles. Le phénomène, qui est d’abord apparu dans les pays en développement, prend de plus en plus d’ampleur dans les régions rurales du Québec. L’une des principales entreprises qui contribuent à la situation est Pangea, une société détenue par l’homme d’affaires Charles Sirois de Montréal.

«Ça m’irrite énormément parce que j’ai toujours cru au développement régional et local par les gens du milieu», lance le premier vice-président général de l’UPA, Pierre Lemieux. «Pangea a son siège social au centre-ville de Montréal et acquiert des terres dans les régions.» Pangea a acheté des terres au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en Estrie ainsi que dans les régions de Montmagny et de Victoriaville. Au Bas-Saint-Laurent, l’entreprise multimillionnaire a mis la main sur des terres de trois municipalités du Kamouraska.

De l’avis de M. Lemieux, le fonds de solidarité FTQ ainsi que la Caisse de dépôt et placement investissent chacun 10 millions $ au sein de Pangea. «Je trouve ça vraiment déloyal de la part de fonds subventionnés par l’État à même les payeurs de taxes», dénonce-t-il. «La Caisse de dépôt gère des fonds de retraite. Les gens, en région, veulent garder une dynamique agricole et d’occupation de leur territoire. Pourquoi ces deux fonds-là ne se réunissent pas avec des acteurs pour investir localement avec le ministère de l’Agriculture?»

Un modèle qui nuit à la relève

Pierre Lemieux estime que le modèle d’entreprise créé par Pangea nuit à la relève agricole. À chaque exploitation de 2000 à 3000 acres de terres créée par la société montréalaise, c’est quatre à cinq fermes moyennes qui disparaissent, estime-t-il. «C’est de la spéculation pour éventuellement vendre plus cher», soutient le porte-parole de l’UPA.

Selon Pierre Lemieux, de l’UPA, il est urgent que Québec presse le fonds de solidarité FTQ et la Caisse de dépôt et placement du Québec à retirer ses investissements dans l’entreprise Pangea de Montréal.

M. Lemieux cite en exemple le cas d’un jeune producteur laitier, Jean-Luc Laplante de Saint-Germain-de-Kamouraska. «Il voulait acquérir une petite partie de terre pour être capable de nourrir son troupeau, raconte-t-il. Pangea est arrivé et a fait une suroffre qui a fait en sorte que ce producteur-là n’a pas été capable de compétitionner. C’est loin d’être du développement durable pour une région!»

Selon l'UPA, l’une des principales entreprises qui contribuent à l'accaparement des terres est Pangea, une société détenue par l’homme d’affaires Charles Sirois (photo) de Montréal.

Le dirigeant de l’UPA s’inquiète aussi pour le patrimoine local et régional pour qui, estime-t-il, Charles Sirois n’a aucun souci. «Son attachement, c’est à l’argent, aux valeurs monétaires et au rendement que ça va lui apporter», croit Pierre Lemieux. «Le fonds de pension des producteurs agricoles, c’est la valeur de leurs terres!»

Pangea en chiffres

26,3 M$ en transactions

4131 hectares acquis au Québec, ce qui équivaut aux terres de 40 familles agricoles

2209 hectares acquis au Lac-Saint-Jean (50 % du marché régional des transactions)

4000 acres acquis au Bas-Saint-Laurent