Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre dans le réseau québécois, ces accidents et agressions font peser un poids supplémentaire sur les services.

Les agressions en forte hausse dans le milieu de la santé

Les syndicats des travailleurs de la santé et des services sociaux sonnent l'alarme et pressent le gouvernement du Québec d'agir face à une hausse majeure du nombre d'actes violents et d'accidents de travail dont leurs membres sont victimes.

D'après des données obtenues par les syndicats auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ainsi que de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), les coûts associés aux gestes de violence commis contre des travailleurs de la santé ont explosé de 82 % depuis deux ans.

Dans la même veine, les coûts associés aux chutes ont bondi de 45 % et ceux liés aux troubles musculosquelettiques ont augmenté de 36 %.

«C'est comme si on avait l'impression que le personnel en santé et services sociaux, on est des robots. Qu'on ne peut pas tomber malade. Que ça ne peut pas arriver parce qu'on soigne et qu'on traite, mais non! Les chiffres le prouvent», observe Claire Montour, présidente de la Fédération de la santé du Québec, affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (FSQ-CSQ).

Le Comité national intersyndical de prévention en santé et sécurité, qui regroupe sept organisations syndicales, interpelle le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, ainsi que la CNESST pour que ceux-ci «assument leurs responsabilités» et qu'ils «interviennent à la hauteur que commande la crise actuelle».

Claire Montour précise que les syndicats demandent depuis longtemps que le réseau de la santé soit inclus dans la liste des secteurs prioritaires dans l'application de la Loi sur la santé et la sécurité au travail.

«On ne veut pas nous entendre, on ne veut pas traiter sérieusement de ce sujet-là et amener les mesures nécessaires», déplore celle qui est d'abord infirmière de formation.

Selon Mme Montour, les syndicats ont choisi de passer à l'action maintenant parce que le ministre Jean Boulet se prépare à déposer une modification à la loi et que l'occasion serait donc idéale, à leur avis, de retoucher la fameuse liste.

«Quand t'es déclaré prioritaire dans la loi, il faut que les établissements aient un programme de prévention. Ça peut concerner l'adaptation, l'aménagement, l'organisation du travail, l'équipement, le matériel, les contaminants, énumère la présidente de la FSQ-CSQ. C'est ce qui fait diminuer le nombre d'accidentés du travail. Il y a une chose qui est certaine, c'est qu'il y a des personnes au bout de ça. Ce sont des personnes qui souffrent.»

Cercle vicieux de détresse

Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre dans le réseau québécois, ces accidents et agressions font peser un poids supplémentaire sur les services. Ces blessures au travail ont entraîné une hausse de 34 % des heures d'absence pour des raisons de santé dans l'ensemble des établissements publics.

En 2018, ce sont 4,4 millions d'heures qui n'ont pas pu être travaillées par des employés de la santé pour cause d'accident de travail. Cela représente 2400 postes à temps complet.

De plus, au-delà de l'état de santé physique des travailleurs du réseau, c'est leur santé mentale qui se trouve mise à mal par la situation de crise à laquelle ils sont confrontés. En 2017-2018, 39 % des dossiers de prestations en assurance salaire étaient appuyés par un diagnostic de santé mentale.

«Tout le monde constate les dégâts dans leur quotidien. On trouve ça étonnant de se faire dire: "ça coûte cher le réseau de santé, il faut regarder, on ne peut pas investir de manière illimitée". Oui, mais corrigeons déjà cet aspect-là et on va être gagnant», commente Claire Montour.

Le Comité national intersyndical de prévention en santé et sécurité rassemble l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), la Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ), la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), la Fédération des professionnelles (FP-CSN), la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ) et le Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ).