Les adolescents de la région de Québec vapotent davantage [VIDÉO]

L’usage de la cigarette électronique chez les adolescents de la Capitale-Nationale augmente chaque année depuis trois ans, en plus d’être une porte d’entrée vers le tabagisme, révèle une étude menée dans 32 écoles secondaires de la région.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale a rendu publiques mercredi des données inquiétantes recueillies pendant trois ans auprès de plus de 20 000 élèves de la grande région de Québec dans le cadre du projet pancanadien COMPASS. Ce sont les Drs François Desbiens, directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, Slim Haddad, médecin-conseil à la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale, et Richard Bélanger, médecin pédiatre auprès des adolescents, qui ont mené l’enquête.

L’étude révèle que les jeunes sont plus nombreux à vapoter et qu’ils ont tendance à vapoter davantage. En 2018-2019, un jeune sur 20 (4,8 %) a déclaré vapoter quotidiennement, soit quatre fois plus qu’en 2016-2017. En trois ans, plus de la moitié (57 %) des vapoteurs occasionnels (un à cinq jours par mois) sont devenus des utilisateurs réguliers (au moins six jours par mois) ou quotidiens. 

«Ça ne prend pas longtemps avant qu’on devienne des utilisateurs réguliers de cigarette électronique. Après l’expérimentation, les deux tiers deviennent des utilisateurs assez constants», a résumé le DRichard Bélanger. 

Certains groupes sont plus vulnérables que d’autres au vapotage, soit les jeunes du deuxième cycle du secondaire, les garçons davantage que les filles et les adolescents qui considèrent avoir une moins bonne santé mentale. La prévalence est également plus élevée dans les régions (Charlevoix et Portneuf), montre encore l’étude. 

L’enquête révèle également que les jeunes qui vapotent sont beaucoup plus susceptibles de devenir des fumeurs réguliers de cigarettes. Selon les données recueillies, il y a 20 fois plus de fumeurs chez les jeunes qui vapotent qu’il n’y en a chez les jeunes qui ne vapotent pas. 

«Au départ, la cigarette électronique a été créée pour arrêter de fumer. Or, il est maintenant démontré que c’est une porte d’entrée pour créer de nouveaux fumeurs», a déploré le Dr François Desbiens. 

Autre donnée inquiétante pour le trio de chercheurs : un jeune sur trois estime que vapoter régulièrement ne comporte pas ou peu de risques pour la santé. Ces jeunes font en conséquence un usage plus fréquent de la cigarette électronique, a-t-on exposé mercredi. 

Maladies pulmonaires

Pourtant, le vapotage est associé à des maladies pulmonaires graves et à plusieurs décès «partout en Amérique du Nord», a rappelé le Dr François Desbiens. 

Dans sa pratique, le Dr Richard Bélanger a dit avoir vu des adolescents vapoteurs souffrir de douleurs thoraciques et de palpitations. «La nicotine est un puissant stimulant», a rappelé le Dr Bélanger, qui a aussi déjà vu des jeunes présenter des saignements dans leurs expectorations. 

Pour le Dr Desbiens, «il faut renverser la perception des jeunes que vapoter est sans risque». «Il faut mieux les informer de la dangerosité de ce produit, et mieux encadrer l’usage, la vente et l’accès à la cigarette électronique», a dit le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale. Selon lui, les saveurs «attrayantes» et les looks «design» des vapoteuses font en sorte que leur popularité s’accroît. 

À l’instar du DDesbiens, le Dr Slim Haddad croit qu’il faut revoir «l’attrait» qu’exerce la cigarette électronique sur les jeunes. Le Dr Haddad a cité les saveurs, «la gestuelle qui entoure la cigarette électronique» de même que le dispositif en lui-même «qui est joli et qui révèle des efforts de marketing très efficaces de la part des compagnies qui commercialisent ces produits». 

Le Dr François Desbiens a par ailleurs rappelé que le cerveau des moins de 25 ans était «toujours en développement et donc beaucoup plus vulnérable aux effets de la nicotine». 

«Le risque de développer rapidement une dépendance est là. En seulement une à deux semaines, s’ils vapotent régulièrement, ils peuvent devenir dépendants, et le sevrage peut s’avérer aussi difficile que la cigarette», a insisté le Dr Desbiens. 

Selon lui, «aspirer la vapeur d’une cartouche en 15 minutes équivaut à absorber autant de nicotine, sinon plus, qu’en contient un paquet de cigarettes». «Le DBélanger et ses collègues médecins voient occasionnellement des jeunes intoxiqués à la nicotine se présenter dans les urgences», a-t-il souligné.

Le DDesbiens présentera les conclusions de l’étude au groupe d’experts qui a été mandaté par la ministre de la Santé, Danielle McCann, pour resserrer davantage l’encadrement des produits de vapotage. Le rapport de ce groupe spécial d’intervention, dirigé par le Directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, est attendu ce printemps.