Des résidents constatent les dégâts causés par une tornade de catégorie un à Lachute, le 23 août 2017.

L'épisode de tornades de juin 2017 a fracassé des records au pays

MONTRÉAL — L'épisode de tornades qui a abattu des arbres et soufflé le toit d'une maison dans le sud du Québec, en juin dernier, était l'un des plus importants jamais enregistrés au pays, selon des chercheurs de l'Université Western.

Une récente étude révèle que ces phénomènes météorologiques seraient plus fréquents qu'on ne le pensait en sol canadien.

Dans le cadre d'un projet pilote visant à détecter des tornades qui passent habituellement sous le radar, des chercheurs ont découvert qu'un nombre record de onze — et non quatre — tornades ont frappé le Québec le 18 juin 2017.

Il s'agit du plus grand nombre de tornades jamais rapporté dans la province.

Pour parvenir à cette conclusion, l'équipe de l'Université Western a survolé les zones dévastées par ces orages supercellulaires. Ils ont ensuite utilisé les images captées à partir de leur aéronef pour estimer la vitesse des vents, explique un professeur en ingénierie qui a participé à l'étude.

En entrevue téléphonique, Gregory Kopp a précisé que ses collègues et lui se fient aux arbres abattus pour évaluer, après coup, la puissance des tornades.

La plus imposante à avoir terrassé le sud du Québec, cette journée-là, générait des vents de 200 km/h qui ont ravagé un couloir de 30 kilomètres à proximité de Sainte-Anne-du-Lac, au nord de Montréal.

«Il y a une maison qui a été complètement détruite, son toit et ses murs ont été aspirés, tout son contenu a été projeté à des centaines de kilomètres dans le sens du vent», a rapporté M. Kopp.

60 ou... 200?

Selon Environnement Canada, près de 60 tornades sont observées bon an, mal an, au Canada, pour la plupart dans les Prairies et dans le sud de l'Ontario.

Mais les modèles météorologiques suggèrent que leur vrai nombre se rapproche plutôt de 200, selon un météorologue de l'agence fédérale.

Alexandre Parent précise qu'Environnement Canada dépend habituellement des témoins sur le terrain pour confirmer la présence de tornades, ce qui signifie que celles qui frappent des régions plus éloignées ne sont pas toujours signalées.

«Il y a plus de tornades que ce qu'on pourrait croire, opine-t-il. Il y en a beaucoup qui vont avoir une durée de vie de seulement quelques minutes et qui mesurent quelques dizaines ou centaines de mètres de large, donc ça touche des secteurs très, très locaux.»

Une récente étude révèle que les tornades seraient plus fréquentes qu'on ne le pensait en sol canadien.

Puisque l'étude de l'Université Western est encore récente, M. Parent juge qu'il est trop tôt pour déterminer si elle pourra être employée à l'avenir.

Gregory Kopp croit pour sa part que ces informations additionnelles pourront aider les autorités à mieux identifier les tornades en pleine formation et par le fait même, améliorer l'efficacité des alertes.

Il ajoute que la découverte de son équipe pourrait également encourager la construction de bâtiments plus résistants aux tornades, pour seulement quelques centaines de dollars supplémentaires.

Chasseur de tornade

La nouvelle de ce record établi en juin dernier n'a «aucunement surpris» le chasseur de tornade amateur Jean-François Massicotte, qui traque ces violents tourbillons à travers le continent.

«Je me souviens très bien de cette journée-là. On avait attrapé une supercellule dans la vallée du Saint-Laurent, mais on savait que les meilleures conditions étaient plus au nord, dans les bois et les montagnes, des endroits qu'on ne pouvait pas atteindre pour chasser», a-t-il raconté, en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

«J'ai vu des gros orages qui défilaient dans le nord, un en arrière de l'autre. On se doutait bien qu'il y avait plusieurs tornades sous ces orages-là», a ajouté le membre de Québec Vortex, un groupe d'observateurs de temps violents qui se décrivent comme des «nerds de la météo».

Jean-François Massicotte explique que les tornades se déplacent rapidement, sont de courte durée et ne suivent pas forcément les routes — ce qui les rend d'autant plus difficiles à observer.

Mais leur fugacité ne l'empêche pas d'être à leurs trousses, à l'aide de modèles et de bulletins météorologiques, d'images satellites et de radars.

«Une image qu'on n'oublie pas, ce sont tous les nuages qui convergent vers le même endroit, où la tornade va se former», rapporte Jean-François Massicotte, dont l'objectif est de s'approcher suffisamment d'une tornade pour prendre la parfaite photo, en la regardant droit dans son coeur.