Paul Manafort, ancien directeur de campagne du président Donald Trump, a plaidé non coupable aux 12 chefs d’accusations qui pèsent contre lui et son associé Richard Gates, dont complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non-déclaration de comptes détenus à l’étranger.

L’enquête russe s’accélère

WASHINGTON — Le procureur spécial enquêtant sur une ingérence russe présumée dans la présidentielle américaine a mis en accusation lundi trois membres de l’équipe de campagne de Donald Trump, dont son ex-directeur Paul Manafort et un conseiller ayant menti sur ses contacts avec Moscou.

Ces premières poursuites pénales lancées par Robert Mueller marquent une accélération de ces investigations qui empoisonnent la Maison-Blanche, à quelques jours de l’anniversaire de l’élection du milliardaire républicain.

Le soupçon fondamental de savoir si, oui ou non, l’équipe de Trump s’est concertée avec Moscou pour influer sur le résultat du scrutin, s’est trouvé à la fois vrenforcé et affaibli par les développements de lundi.

Le procureur Mueller a inculpé Paul Manafort et son associé Richard Gates, contre lesquels il a retenu 12 chefs d’accusation dont complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non-déclaration de comptes détenus à l’étranger.

Mais l’acte d’inculpation de 31 pages ne suggère pas de collusion entre l’équipe du candidat républicain et les autorités russes.

Nettement plus embarrassantes pour M. Trump sont les révélations concernant un de ses anciens conseillers subalternes, jusqu’à maintenant resté dans l’ombre : George Papadopoulos a plaidé coupable d’avoir menti aux enquêteurs de la police fédérale (FBI).

Cet homme chargé des questions de politique étrangère au sein de l’équipe de campagne a tenté de cacher ses contacts approfondis avec des intermédiaires russes auprès desquels il avait appris que Moscou détenait «de quoi salir» Hillary Clinton, sous la forme de milliers de courriels.

Mme Clinton assure que l’un des facteurs de sa défaite a été la fuite de courriels du Parti démocrate et de ses proches piratés par les Russes.

La Russie dément régulièrement et catégoriquement toute ingérence de sa part dans la campagne présidentielle américaine de 2016.

M. Papadopoulos a, par ses fausses déclarations, «entravé l’enquête en cours du FBI sur l’existence de liens ou de coordination éventuels entre des personnes associées à la campagne et le gouvernement russe», a souligné le procureur Mueller.

Non coupable

Après s’être rendus lundi matin au FBI, MM. Manafort et Gates ont dans l’après-midi plaidé non coupable devant une juge fédérale à Washington.

La magistrate Deborah Robinson a assigné les deux hommes à résidence, en attendant une prochaine audience jeudi consacrée à leur régime de liberté.

Réagissant sur Twitter, M. Trump a affirmé que les faits reprochés à M. Manafort remontaient à «des années». «Il n’y a AUCUNE COLLUSION!» a-t-il également écrit.

M. Manafort s’était joint à l’équipe de campagne du milliardaire républicain en mars 2016, avant d’être contraint de démissionner quelques mois après.

«Pourquoi Hillary la crapule et les démocrates ne sont-ils pas visés?????» a ajouté le président américain.

Ces poursuites annoncées publiquement offrent un vif contraste avec le secret qui entoure depuis six mois la tentaculaire enquête menée par Robert Mueller, un ancien patron de la police fédérale américaine.

Grande latitude

Contrairement à un simple procureur fédéral, M. Mueller dispose d’une plus grande latitude d’action et d’une indépendance renforcée.

MM. Manafort et Gates se voient principalement reprocher des activités non déclarées de lobbyiste en faveur de l’ancien président ukrainien pro-russe, Viktor Ianoukovitch.

Plus de 75 millions $ ont transité par des comptes offshore gérés par les deux hommes, Paul Manafort étant accusé d’avoir blanchi à lui seul 18 millions $.

Ces opérations lui ont permis de «mener grand train» aux États-Unis, acquérant notamment diverses propriétés luxueuses, selon l’acte d’accusation.

L’avocat de M. Manafort, Kevin Downing, a dénoncé une inculpation «ridicule», concernant des activités liées à l’Ukraine auxquelles son client a mis un terme «deux ans avant de travailler pour l’équipe de campagne de Trump».

Papadopoulos? Un «bénévole»

Les inculpations n’ont «rien à voir avec le président et rien à voir avec la campagne», a affirmé lundi Sarah Huckabee-Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche.

Elle s’est employée à relativiser le rôle «extrêmement limité» de George Papadopoulos, qu’elle a présenté comme un «bénévole» faisant partie d’un petit comité consultatif.La porte-parole a par ailleurs dit s’attendre à ce que le procureur spécial boucle rapidement son enquête, sans préciser sur quoi elle fondait cette conviction.

Au Congrès, le sénateur démocrate Mark Warner a averti Donald Trump qu’il serait «inacceptable» qu’il fasse usage de son droit de grâce, comme le permet la Constitution.

Cette accélération des investigations intervient à l’approche du premier anniversaire de l’élection de M. Trump, le 8 novembre 2016. 

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La manipulation sur Internet plus importante qu’estimé

Richard Gates (photo) et Paul Manaford se voient principalement reprocher des activités non déclarées de lobbyiste en faveur de l’ancien président ukrainien prorusse, Viktor Ianoukovitch. Ils ont été assignés à résidence en attendant une prochaine audience jeudi consacrée à leur régime de liberté.

Les tentatives de manipulation politique par des intérêts liés à Moscou sur les réseaux sociaux pendant la campagne de l’élection présidentielle de 2016 aux États-Unis ont été beaucoup plus vastes qu’initialement estimé, ont indiqué lundi plusieurs sources.

Facebook, Twitter et Google sont dans la ligne de mire du Congrès américain, qui enquête sur une possible ingérence russe dans la campagne qui a mené à la victoire de Donald Trump et qui considère que les réseaux sociaux ont servi de plateformes pour de la propagande venue de Russie.

Plusieurs commissions parlementaires doivent auditionner des représentants de ces trois entreprises mardi et mercredi.

Facebook a indiqué début octobre qu’environ «10 millions de personnes aux États-Unis» avaient visionné des contenus commandités («ads») financés par près de 500 comptes activés depuis la Russie et qui avaient pu servir à manipuler l’opinion, principalement en attisant les clivages idéologiques au sein de la société américaine.

Selon Facebook, ces contenus étaient financés par une entité russe appelée Internet Research Agency et destinée à diffuser des contenus sur les réseaux sociaux via de faux comptes d’utilisateurs.

Selon le renseignement américain, Moscou a payé pendant la campagne de 2016 des groupes de trolls (internautes malveillants ou provocateurs) comme l’Internet Research Agency pour diffuser des messages néfastes pour la candidate démocrate Hillary Clinton et favorables à son rival victorieux, le républicain Donald Trump.

Outre les «ads», Facebook a relevé que cet organisme basé à Saint-Pétersbourg avait également diffusé des contenus non payants — des publications traditionnelles — qui ont atteint un nombre beaucoup plus importants d’utilisateurs, selon le témoignage écrit préparé par Facebook en vue de ses auditions au Congrès, et cité par le Wall Street Journal et le Washington Post lundi.

Selon ce document, entre 2015 et 2017, l’Internet Research Agency a publié 80 000 fois sur le réseaux et 29 millions d’utilisateurs ont reçu ces publications sur leur fil d’actualités, portant ce chiffre à 126 millions en tenant compte des partages, des commentaires et des mentions «j’aime» dont ces publications ont fait l’objet.

Sollicité par l’AFP, Facebook n’a pas donné répondu.

Sur son blogue officiel, Google a reconnu lundi, pour la première fois officiellement, avoir également trouvé des contenus du même genre.

«Nous avons trouvé des preuves de tentatives de détournement de nos plateformes pendant l’élection américaine de 2016 par des acteurs liés à l’Internet Research Agency en Russie», a écrit Google, qui parle «d’activité limitée» sur le moteur de recherche et sa plateforme vidéo YouTube.

Sur YouTube, Google a identifié 18 chaînes (suspendues depuis par le groupe) «vraisemblablement liées» à la campagne et ayant publié environ 1100 vidéos en anglais semblant avoir un contenu politique. Elles ont cumulé 309 000 vues aux États-Unis dans les 18 mois précédant l’élection.

Selon une source proche du dossier, Twitter a pour sa part identifié 36 746 comptes (soit 0,012% du nombre total de comptes Twitter) apparemment liés à un compte russe et ayant «généré de façon automatisée des contenus liés à l’élection» dans les trois mois qui ont précédé le scrutin.

Ces comptes ont diffusé environ 1,4 million de tweets liés à l’élection, qui ont produit 288 millions d’interactions sur le réseau (réponses, partages, etc.).  

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CE QUE L’ON SAIT

WASHINGTON - De premières inculpations ont eu lieu lundi dans l’affaire des ingérences russes dans la présidentielle américaine, notamment avec l’ancien directeur de campagne de Donald Trump inculpé pour «complot contre les États-Unis».

Si cette ingérence de Moscou dans l’élection de 2016 ne fait plus guère de doute en Amérique, l’autre volet de l’enquête désormais menée d’une main de fer par le procureur spécial Robert Mueller, celui sur une possible collusion entre l’équipe de campagne du président Trump et les Russes reste très incertain.

La genèse de l’affaire

Les agences américaines du renseignement accusent en octobre 2016, soit un mois avant le scrutin, la Russie d’avoir piraté et diffusé pendant la présidentielle des courriels de proches conseillers de la démocrate Hillary Clinton dans le but de la discréditer.

Au crépuscule de son mandat, Barack Obama annonce le 29 décembre des sanctions contre Moscou et l’expulsion de 35 agents russes.

Le 6 janvier, les agences de renseignement publient un rapport affirmant que le président russe Vladimir Poutine se trouvait derrière cette interférence présumée.

Enquêtes

Le ministère de la Justice, la police fédérale (FBI) et les agences américaines de renseignement lancent des enquêtes.

Parallèlement, deux commissions du Sénat et une de la Chambre des représentants entament des investigations.

Démissions

Les enquêtes convergent rapidement vers l’entourage de Donald Trump. Moins d’un mois après l’entrée du président à la Maison-Blanche, son conseiller à la sécurité nationale est forcé à la démission le 13 février. Il a menti au vice-président Mike Pence sur ses discussions avec l’ambassadeur russe aux États-Unis, Sergueï Kisliak.

Paul Manafort, aujourd’hui inculpé, avait lui aussi démissionné, avant l’élection. Le lobbyiste et homme d’affaires qui a longtemps conseillé l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch s’est retiré après que les autorités ukrainiennes eurent révélé qu’il a reçu un paiement de 12,7 millions de dollars du dirigeant prorusse.

Le directeur du FBI limogé

Le directeur de la police fédérale américaine, James Comey, qui supervisait une enquête sur les contacts entre les membres de l’équipe du républicain et le gouvernement russe est brutalement limogé le 9 mai par Donald Trump, agacé de la direction que prenait l’investigation du premier policier des États-Unis.

Lors d’une audition extraordinaire au Sénat, James Comey révèle quelques semaines plus tard les pressions venues de la Maison-Blanche, le fait que le président ait exigé sa «loyauté», et qu’il lui ait demandé d’abandonner un volet de l’enquête portant sur le général Michael Flynn.

James Comey admet également avoir fait fuiter à la presse en mai des notes dans lesquelles il avait consigné certains rendez-vous en tête-à-tête avec Donald Trump.

Mueller reprend l’enquête

Dès le 17 mai, Robert Mueller, qui fut lui aussi directeur du FBI, est nommé procureur spécial pour reprendre l’enquête, avec des pouvoirs élargis, une indépendance renforcée.

Il est nommé par le numéro 2 du ministère de la Justice, Rod Rosenstein, le ministre Jeff Sessions s’étant lui-même récusé dans cette affaire pour avoir omis de révéler des rencontres avec l’ambassadeur Kisliak. M. Rosenstein justifie la désignation d’un procureur spécial, par définition plus indépendant du pouvoir politique, par «des circonstances particulières» et «l’intérêt public».

Google, Facebook, Twitter accusés

Le Sénat américain et la chambre des représentants, où se poursuivent les enquêtes parlementaires, demandent aux géants Google, Facebook et Twitter de témoigner le 1er novembre pour déterminer s’ils ont pu être utilisés pour influer sur l’élection.

Facebook et Twitter ont reconnu que des comptes et pages liés à des intérêts russes avaient publié des contenus commandités ayant servi à propager de fausses informations et à manipuler l’opinion publique.

Premières inculpations

Robert Mueller a mis en accusation lundi trois membres de l’équipe de campagne de Donald Trump.

L’ex-directeur de campagne Paul Manafort et son associé Richard Gates, font l’objet de 12 chefs d’inculpation, parmi lesquels complot contre les États-Unis, blanchiment, fausses déclarations et non-déclarations de comptes détenus à l’étranger.

Par ailleurs, George Papadopoulos a plaidé coupable d’avoir menti aux enquêteurs du FBI. Il était chargé des questions de politique étrangère au sein de l’équipe, et a par ses fausses déclarations «entravé l’enquête (...) sur l’existence de liens ou de coordination éventuels entre des personnes associées à la campagne et le gouvernement russe», selon l’acte d’accusation.

Collusion?

Si des liens ou des relations peuvent exister entre des membres de la campagne de l’actuel président américain et la Russie, une collusion directe destinée influencer la présidentielle semble à cette heure loin d’être prouvée.

«Il n’y a AUCUNE COLLUSION!», a d’ailleurs réagi Donald Trump lundi sur Twitter. Le milliardaire dénonce depuis des mois une «chasse aux sorcières» destinée à détourner l’attention des méfaits commis par sa rivale démocrate Hillary Clinton.