Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, accuse son homologue de Québec Régis Labeaume de s’immiscer dans la campagne électorale lévisienne en mettant sur son dos l’échec du SRB.
Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, accuse son homologue de Québec Régis Labeaume de s’immiscer dans la campagne électorale lévisienne en mettant sur son dos l’échec du SRB.

Lehouillier tire à boulets rouges sur Labeaume

Annie Morin
Annie Morin
Le Soleil
Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, est sorti de ses gonds mercredi, accusant son vis-à-vis de Québec, Régis Labeaume, de «mener le gouvernement» et de manquer de respect envers ses partenaires de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ). «Les élections, c’est fait pour les effets de toge», a répliqué ce dernier.

Appelé à commenter pour la énième fois la mort du projet de service rapide par bus (SRB) Québec-Lévis, M. Lehouillier a atteint les limites de sa patience. En pleine conférence de presse, le matin, il a brandi rageusement le Journal de Québec, qui a étalé cette semaine quatre scénarios de réseau interrives proposés à Lévis au début de l’année alors que Le Soleil en avait déjà fait le tour en juin.

M. Lehouillier a attribué ce retour dans l’actualité à Régis Labeaume, qui tente selon lui de s’immiscer dans la campagne électorale lévisienne en mettant sur son dos toute la responsabilité de l’échec du grand projet interrives de transport en commun. Or de l’avis du maire de Lévis, Québec aurait très bien pu réaliser seule le tracé de la rive nord. 

M. Lehouillier a réitéré qu’une version allégée du SRB n’aurait pas eu d’effet structurant à Lévis. Il a aussi déploré que les usagers de la rive sud auraient dû se taper des transferts pour avoir accès au SRB, en plus de payer double tarification pour circuler à Québec. Il a qualifié cette possibilité de «ridicule». 

L’élu lévisien a accusé le maire Labeaume de revenir sans cesse sur ce sujet pour l’embarrasser. Il a parlé d’une «tactique labeaudienne». «Quand à un moment donné t’es mal pris dans un dossier, tu dénigres l’autre à côté de toi. Ça c’est une tactique qui ne marchera plus, je vous le dis tout de suite», a-t-il lancé. 

«M. Labeaume doit se comporter comme un président de la Communauté métropolitaine de Québec. Il doit aussi avoir cette réserve de respect envers les autres», a-t-il poursuivi. Que chacun travaille pour sa ville en priorité, le maire de Lévis en est, mais il croit qu’il faut aussi être capable de collaborer sur des projets régionaux. 

M. Lehouillier a d’ailleurs demandé au gouvernement de dicter les règles de conduite pour l’amélioration des réseaux de transport en commun des deux côtés de la rive, notamment en imposant une seule et unique tarification. L’ex-député libéral a appelé au «courage politique» de son ancienne famille politique. «Actuellement, on a l’impression que c’est Labeaume qui mène le gouvernement», a-t-il lancé au terme d’une envolée de plusieurs minutes. 

En cours de route, M. Lehouillier s’est aussi interrogé publiquement sur l’utilisation par Québec des sommes accordées au bureau d’études sur le SRB Québec-Lévis. «Ils travaillent sur quoi là?» a-t-il demandé, frustré que le gouvernement tarde à lui accorder 3 millions $ pour ses propres études en vue d’améliorer le réseau lévisien. 

Appelé à réagir en après-midi, le maire de Québec n’a pas caché qu’il était derrière la dernière sortie sur les scénarios. «J’ai juste répondu à ce qu’il a demandé en disant que ça prend un lien avec Québec absolument. C’est parce qu’on a offert quatre liens. Moi, j’avais décidé que j’étais un peu tanné d’avoir le mauvais rôle et j’ai rendu ça public. C’est la vérité tout simplement. Que ça lui déplaise… On est en élections. Il y a un comportement en élections et il y a un comportement en-dehors des élections», a-t-il expliqué, confiant que les relations s’assainissent après le scrutin du 5 novembre. 

M. Labeaume a indiqué que le bureau de projet du SRB planche actuellement sur les réponses que la Ville de Québec veut donner à toutes les propositions reçues lors des récentes consultations publiques sur la mobilité, du métro au monorail en passant par un tramway et des gondoles. «Et aussi, ils travaillent sur le tracé», a-t-il ajouté, en référence au nord et à l’est qu’il veut mieux desservir. 

Le maire Labeaume a assuré que la question de l’intégration tarifaire n’a «jamais été discutée». Il n’a pas voulu dire si les usagers de Lévis auraient dû payer deux laissez-passer ou à tout le moins se doter du laissez-passer métropolitain pour prendre le SRB après un transfert. «On n’ira pas dans les détails comme ça. On n’alimentera pas, il faut préserver l’avenir, c’est assez comme ça», a-t-il tranché. 

L’élu de Québec a répété qu’il était «maire des gens qui paient des taxes à Québec avant d’être président de la CMQ» et que cela n’allait pas changer. Quant à savoir s’il «mène le gouvernement du Québec», M. Labeaume a répondu simplement : «Ah oui? Ah ben!» 

GUÉRETTE PREND LE PARTI DE LEHOUILLIER

La chef de Démocratie Québec, Anne Guérette, déplore le conflit entre le maire sortant de Québec, Régis Labeaume, et celui de Lévis, Gilles Lehouillier, à propos de l’abandon du projet de SRB. Visiblement, la candidate se range derrière le maire sortant de la rive sud. «Nous, on va travailler en collaboration positive et constructive avec le maire de Lévis. On ne peut pas, comme ça, accuser quelqu’un d’être [l’unique] responsable» de l’échec du projet sans regarder sa propre responsabilité, soutient-elle. 

«On l’entend toujours dire que c’est la faute de Lévis. Je pense que M. Lehouillier, y’en a plein son casque. Y’a décidé qu’il allait le dire», ajoute Mme Guérette à propos de la charge du maire de Lévis contre Labeaume plus tôt mardi en journée.

À la question d’un journaliste à savoir si les deux hommes ne devraient pas mettre de l’eau dans leur vin, l’aspirante à la mairie a eu cette réflexion. «Je ne sais pas si le maire de Québec est capable de mettre de l’eau dans son vin. Je pense qu’il n’y a qu’une seule solution: c’est de changer de maire à Québec et ça va aller mieux.» 

DE GRANDS GARÇONS, DIT VIEN

Dominique Vien, ministre responsable de la Chaudière-Appalaches, croit que les ponts sont loin d’être brisés entre les maires sortants de Québec et de Lévis. «Ce sont des grands garçons», a-t-elle réagi mercredi.

Mme Vien réfute l’affirmation de Gilles Lehouillier, selon laquelle son homologue Régis Labeaume mène le gouvernement libéral. «M. Lehouillier peut avoir des opinions. Ce sont les siennes, ce sont ses interprétations (…) Gilles a une écoute très sérieuse de sa ministre régionale et il le sait très bien.»

Mme Vien rappelle que le gouvernement a respecté le choix de la Ville de Lévis de se retirer du projet de Service rapide par bus (SRB). «Pour moi, c’est ça qui est important.»

Sébastien Proulx, ministre responsable de la région de Québec, soutient de son côté qu’il a encore besoin d’«un petit peu de temps» pour présenter, en collaboration avec les Transports, un plan de mobilité pour Québec et Lévis.

«On va laisser la campagne municipale se terminer, et ensuite on pourra, j’imagine dans un autre climat, continuer à travailler», commente-t-il. 

Alors que M. Lehouillier demande «du courage» aux politiciens régionaux en ce qui a trait aux transports, M. Proulx répond présent. «On a tous les attributs pour pouvoir exprimer ce courage-là.» Patricia Cloutier, Le Soleil