L’église Saint-Louis-de-France, dans le secteur de Sainte-Foy
L’église Saint-Louis-de-France, dans le secteur de Sainte-Foy

L’église Saint-Louis-de-France remplacée par une maison des aînés

L’église Saint-Louis-de-France, dans le secteur de Sainte-Foy, sera remplacée par une maison des aînés. Sans remettre en cause l’objectif d’offrir un milieu de vie pour les aînés, Action patrimoine se questionne sur le choix d’acquérir une église moderne pour la démolir.

Le bâtiment, qui sera démoli, a été acquis par le gouvernement Legault au montant de 2,75 M$. La maison des aînés de 96 places sera construite d’ici la fin de 2022 au coût estimé de 57,6 M$, soit environ 600 000 $ par place, a précisé mercredi en conférence de presse la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais. 

Ce projet de maison des aînés, le premier à être annoncé dans la Capitale-Nationale, comprendra un volet «maison alternative», a indiqué la ministre. Sur les 96 places qui seront développées, 84 seront destinées aux aînés, les 12 autres étant réservées à des adultes ayant des besoins «spécifiques». La maison sera constituée de huit unités de 12 personnes, toutes munies d’une salle à manger et d’un salon, «et il y aura de la climatisation partout», a tenu à souligner la ministre Blais.

«Évidemment, avec la pandémie de COVID-19, nous avons aussi ajouté de la ventilation mécanique pour nos maisons des aînés et nos maisons alternatives, ainsi que d’autres éléments pour prévenir les infections», a précisé la ministre.

Marguerite Blais a réitéré que son gouvernement ne voulait plus de milieux «hospitalo-centristes» pour nos aînés. Les nouvelles maisons, qui accueilleront des personnes «un peu plus mobiles», ressembleront davantage à des «milieux de vie», où les marches et les loisirs en plein-air seront favorisés, a-t-elle détaillé. «Comme nous allons diminuer les antipsychotiques, les gens seront beaucoup plus alertes jusqu’à la fin de leurs jours», a expliqué la ministre.

Terminées aussi les chambres à deux ou à trois, les chambres des nouvelles maisons des aînés seront toutes individuelles. «Ce sera la même chose quand nous allons reconstruire des CHSLD: toilette individuelle et douche adaptée pour chaque personne», a promis la ministre Blais.

Dans un objectif de prévention des infections, des vestiaires, des sas et des bassins pour se laver les mains seront notamment installés pour les employés des maisons des aînés. Les cuisines seront également plus grandes pour éviter la contamination entre employés, a précisé Marguerite Blais.

Un investissement de 2,6 milliards $

Afin d’accélérer la construction des maisons des aînés et des maisons alternatives, le gouvernement Legault a annoncé qu’un montant de 309 millions $ du Plan québécois des infrastructures 2020-2030 serait devancé à cette année.

Le gouvernement prévoit investir au total 2,6 milliards $ dans la construction de 2600 places en maisons des aînés et en maisons alternatives ainsi que dans la rénovation ou la reconstruction de 2500 places en CHSLD. Toutes les places en maisons des aînés devraient être prêtes pour la fin de 2022. Quant aux travaux de rénovation des CHSLD, ils s’échelonneront «au cours des prochaines années», a-t-on indiqué mercredi.

Les 2600 places en maison des aînés seront réparties dans 48 établissements plutôt que dans une trentaine comme le prévoyait la CAQ en campagne électorale, de sorte que la facture passera de 1 milliard $ à près de 1,5 milliard $, a confirmé au Soleil l’attachée de presse de la ministre Marguerite Blais, Marjaurie Côté-Boileau. «C’est parce qu’on a vraiment le souci de faire de plus petits milieux de vie», a-t-elle expliqué.

Dans la Capitale-Nationale et dans Chaudière-Appalaches, ce sont respectivement 277 et 185 places en maisons des aînés qui seront développées. Le cabinet de la ministre responsable des Aînés assure que la répartition régionale des places s’est faite sur la base du vieillissement de la population projeté sur 10 ans et des listes d’attentes, et non à partir de considérations «politiques».

Au sujet de la climatisation des CHSLD, la ministre Blais a indiqué en mêlée de presse avant d’entrer au conseil des ministres que le gouvernement allait «défrayer les coûts des climatiseurs mobiles ou portables pour toutes les zones chaudes ou COVID-19» et qu’il s’engageait à financer «l’entretien, la pose et l’électricité». Actuellement, 100% des CHSLD ont au moins une zone refuge climatisée, alors qu’on était à 94% il y a quelques semaines, a également souligné Mme Blais.

Une valeur patrimoniale «exceptionnelle»

Pour Action Patrimoine, l’église Saint-Louis-de-France, qui a été construite en 1960 par les architectes Robert Blatter, G.-Fernand Caron et Gilles Côté, est un exemple «remarquable» de l’architecture moderne au Québec. Le Conseil du patrimoine religieux lui confère d’ailleurs une valeur patrimoniale exceptionnelle, souligne l’organisme dans un communiqué.

«Cette annonce survient deux semaines après le dépôt du rapport du Vérificateur général du Québec qui dressait un portrait plutôt sombre de la gestion du patrimoine bâti par le gouvernement. Le sixième constat mentionnait que l’État ne fait pas suffisamment preuve d’exemplarité en matière de sauvegarde et de valorisation du patrimoine immobilier», rappelle Action Patrimoine, pour qui l’annonce de mercredi «démontre un manque de cohésion entre les divers ministères».

«Afin d’assumer son leadership, nous croyons que l’État aurait avantage à développer une vision interministérielle qui prend en considération la notion de patrimoine dans toutes ses décisions. Dans cet esprit, nous invitons le gouvernement à considérer son parc immobilier avant de penser à démolir des bâtiments patrimoniaux», écrit l’organisme.

Puisque l’église Saint-Louis-de-France est sous la juridiction de la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec, Action Patrimoine espère que «les mécanismes en place permettront d’analyser sa valeur patrimoniale et de mettre en lumière ses qualités architecturales».

Église excédentaire 

De son côté, la paroisse Notre-Dame-de-Foy explique que «face à la diminution des effectifs pastoraux et un déficit important», elle avait identifié l’église Saint-Louis-de-France comme excédentaire au culte dans son Plan directeur immobilier. 

«Ce plan tient compte d’une répartition efficace des églises qui resteront ouvertes, de leur capacité d’accueil d’activités communautaires et, dans le cas des églises excédentaires, de la possibilité de les remplacer par des projets compatibles avec les besoins sociaux du milieu, dans la mesure du possible», précise-t-elle dans un communiqué.

La paroisse indique que la vente de l’église Saint-Louis-de-France «permet de revoir plus sereinement la poursuite de la mission pastorale, dont les dépenses d’opération s’élèvent à 1,8 M$ cette année, occasionnant un important déficit».

«Soulignons que le confinement imposé par la pandémie a pour effet de réduire à néant les revenus de quêtes, privant ainsi la paroisse d’une part substantielle de son financement, qui repose entièrement sur la communauté», rappelle la paroisse Notre-Dame-de-Foy.

De nombreuses institutions religieuses à vocation sociale, médicale ou éducative se sont installées au fil des ans dans l’église Saint-Louis-de-France, souligne la paroisse, pour qui l’arrivée d’une maison des aînés «s’inscrit dans la perspective de cette mission traditionnelle de l’Église au Québec».

Présent à la conférence de presse, le président de l’Assemblée de fabrique, Jean-François Morin, a indiqué que le montant de 2,75 M$ obtenu pour la vente de l’église «correspond pas mal à ce qu’on est capable d’avoir sur le marché». «On a eu des offres de promoteurs immobiliers pour construire des projets qui sont différents et qui ne sont pas nécessairement ceux qui correspondraient à nos valeurs», a-t-il dit.