Le premier ministre François Legault a présenté officiellement ses excuses «les plus sincères» aux nations autochtones, à l'Assemblée nationale, mercredi.

Legault présente les excuses du Québec aux Autochtones

QUÉBEC - Le Québec présente officiellement ses excuses «les plus sincères» aux nations autochtones et aux Inuits pour les préjudices graves subis au cours des ans.

La société québécoise a manqué à son devoir envers les Autochtones, a reconnu mercredi le premier ministre François Legault, en leur demandant publiquement pardon.

Ceci étant, tout reste à faire en ce domaine, car les Autochtones n’ont pas l’intention de se contenter d’excuses, bien déterminés à revendiquer plus que jamais leur droit à l’autodétermination.

Le premier ministre Legault a choisi le décor solennel du Salon bleu du parlement, mercredi matin, pour réagir au rapport de la Commission Viens sur les relations entre le Québec et les Autochtones, rendu public lundi.

M. Legault ne s’est cependant pas engagé à appliquer l’ensemble des recommandations formulées dans le document.

Dans les tribunes, plusieurs chefs autochtones étaient présents pour entendre ce qu’il avait à dire, dont le chef de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Ce dernier a réservé un accueil froid aux excuses du premier ministre, en lui rappelant que le Québec «n’a jamais reconnu le droit à l’autodétermination des Premières Nations».

S’il est sérieux, le premier ministre Legault «doit s’engager formellement sur des bases nouvelles» pour assurer «la reconnaissance pleine et entière du droit à l’autodétermination», a commenté M. Picard, par voie de communiqué.

Après deux ans de travaux, la commission, dirigée par le juge à la retraite Jacques Viens, en est venue à la conclusion que les Autochtones du Québec étaient victimes de discrimination systémique et que cette situation devait cesser au plus tôt.

Son rapport contenait quelque 500 pages et 142 recommandations, dont celle exhortant le gouvernement du Québec à présenter des excuses publiques aux peuples autochtones pour les préjudices subis dans le passé et présentement.

Décence réclamée

Le rapport contient des «constats accablants» et fait état de «situations troublantes» vécues par les Autochtones, des faits qui mettent en cause «la dignité humaine», plus particulièrement celle des femmes, a commenté le premier ministre.

À ce propos, le chef Ghislain Picard a déploré le peu de place faite aux femmes dans la déclaration du premier ministre, alors que ce sont des allégations d’agressions sexuelles formulées par des femmes autochtones qui sont à l’origine de la Commission Viens.

C’est aux femmes autochtones que le premier ministre aurait dû en premier lieu présenter des excuses publiques, selon lui.

«C’est ce que la décence impose face aux préjudices qu’elles ont subis», fait-il remarquer.

La commission avait pour mandat d’enquêter sur les relations entre les Autochtones et les services publics québécois, particulièrement les services policiers, à la suite d’un reportage de Radio-Canada, en 2015, qui donnait la parole à une dizaine de femmes autochtones affirmant avoir été victimes d’abus sexuels de la part de policiers de la Sûreté du Québec en poste à Val-d’Or.

Remaniement complet

Dans une perspective plus large, M. Picard prévient le premier ministre que la suite des choses devra impliquer «un remaniement complet des façons de faire du Québec» envers les Premières Nations.

Une première rencontre est planifiée entre le gouvernement et les Premières Nations, le 17 octobre, pour dresser conjointement la liste des priorités d’action, en se basant sur le rapport Viens.

La situation actuelle est «indigne de la société québécoise», a convenu le premier ministre, ajoutant que le gouvernement du Québec allait faire en sorte de changer les choses.

«Le Québec va répondre présent», a-t-il dit, en disant espérer la collaboration du gouvernement fédéral dans les actions à entreprendre.

«On peut, on doit améliorer les relations» avec les nations autochtones, a aussi dit le premier ministre dans sa courte déclaration écrite.

La commission Viens réclamait aussi tout un train de mesures destinées à améliorer leurs conditions de vie et à leur fournir un meilleur accès aux services publics.

Pour s’assurer que son rapport ne serait pas tabletté, M. Viens suggérait aussi que le Protecteur du citoyen soit chargé de veiller à ce que ses 142 recommandations ne restent pas lettre morte.

M. Viens plaide dans son rapport l’urgence de rétablir un lien de confiance entre les Autochtones et la société québécoise, invitée à tourner le dos à toute attitude «colonialiste» et «paternaliste» envers eux. Il y déplore surtout la méconnaissance des Québécois de la culture et des traditions des nations autochtones, tout en dénonçant les préjugés entretenus envers elles.

Au total, en deux ans, 765 témoins avaient été entendus par la commission.

Cette dernière revendiquait par ailleurs l’adoption d’une loi, qui veillerait à donner suite à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Des recommandations portaient sur divers sujets reliés aux services publics, dont l’accès au logement, la reconnaissance des corps policiers autochtones, de meilleures conditions de détention et un traitement différencié pour les enfants autochtones confiés à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), en vue de les maintenir dans leur milieu.