Une vingtaine de citoyens ont participé à la consultation publique sur l'encadrement du cannabis tenue mardi soir à Rimouski.

Légalisation du cannabis: prudente ouverture dans l'Est-du-Québec

La consommation du cannabis, bien qu'elle soit dangereuse et nocive pour la santé, devrait être légalisée. C'est ce que la plupart des élus, organismes et citoyens sont venus dire à la ministre Lucie Charlebois lors de la première consultation régionale sur l'encadrement du cannabis, qui s'est ouverte mardi à Rimouski. La majorité s'entend également sur l'âge minimum légal qui devrait être de 18 ans.
Le maire de Rimouski avait plusieurs questions à poser à la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois qui, comme elle l'a elle-même dit, est souvent appelée «Madame Cannabis». Dans le cadre de cette tournée régionale, la Ministre est accompagnée du directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint, le Dr Horacio Arruda. «Qui aura le pouvoir de faire appliquer la loi?», a demandé le maire. Est-ce que ce sera les municipalités ou le gouvernement?» 
Louis-Marie Bédard du Centre de prévention du suicide et d'intervention de crise du Bas-Saint-Laurent, qui a mentionné couvrir une population de 200 000 habitants et traiter 17 000 interventions par année, a surtout basé l'argumentaire de son mémoire sur les études du neuropsychopharmacologiste français Jean Constantin. M. Bédard a insisté sur les effets anxiogènes du cannabis. «L'humeur dépressive peut avoir un lien suffisamment significatif pour amener une tentative de suicide», a soutenu M. Bédard.
Consommation chez les jeunes
Le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent s'est dit très préoccupé par la consommation du cannabis chez les jeunes. Selon les plus récentes enquêtes, 9,6 % des Bas-Laurentiens ont déclaré consommer du cannabis, ce qui en fait le plus bas pourcentage au Québec, qui est de 15 %. «Chez les 15 à 24 ans, 30 % disent en avoir pris dans la dernière année et 25 % des jeunes du secondaire osent dire qu'ils en ont consommé, dont 42 % en secondaire 5, a indiqué le Dr Sylvain Leduc. C'est énorme puisqu'un consommateur sur trois ose le déclarer.» Le Dr Leduc a énuméré les conséquences négatives de la consommation de cannabis : réussite scolaire, risque de décrochage accru et faible estime de soi.
Michel Boucher d'Arrimage, un centre de traitement des dépendances de Rimouski, a lui aussi rappelé tous les effets négatifs entourant la consommation de cannabis. «Nous nous questionnons sur la vente libre du cannabis auprès de nos jeunes, a-t-il fait part à la ministre Charlebois. Mais, c'est vrai que ça fait longtemps que le cannabis devrait être décriminalisé, ce qui aurait évité à des jeunes de faire des séjours en prison au profit de vendeurs à cravate.» M. Boucher recommande qu'un pourcentage de la vente du cannabis soit affecté à la prévention.
Ingrid Fleurant de la direction de la santé publique de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine a souligné qu'un élève sur trois de son territoire a déjà consommé du cannabis. Tout en soutenant que son organisme était en faveur de la légalisation du cannabis, elle a dit souhaiter que sa distribution puisse échapper à toute logique commerciale et mercantile. Elle préconise que la vente se fasse auprès d'organismes de prévention.
La prochaine consultation publique se tiendra jeudi à l'Hôtel Delta de Québec.
Le directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint, le D<sup>r</sup> Horacio Arruda et la ministre Lucie Charlebois ont écouté plusieurs élus, organismes et citoyens en marge de la première consultation publique sur l'encadrement du cannabis au Québec.
En bref
Âge légal et prévention
Une vingtaine de citoyens ont participé à la consultation publique. Des quatre groupes consultés, tous s'entendaient sur l'âge légal qui, selon eux, devrait être de 18 ans, au même titre que l'alcool, le tabac et le droit de vote. Tous ont également recommandé de faire de la prévention auprès des jeunes et de mieux informer les parents. Il va de soi, pour eux, que la publicité autour de la marijuana soit interdite et que les restrictions en matière de consommation soient les mêmes que pour le tabac. 
Revenus et lieux de vente
«Les revenus devraient être mis dans le traitement de la toxicomanie et dans les dépendances, y compris aux drogues dures, est venu résumer le porte-parole d'un groupe de citoyens, Dominique Lavoie. «Il faut que ce soit une caisse indépendante du gouvernement, créée sur une base législative et que les revenus aillent à la sensibilisation, à la prévention, aux traitements et non pas à la rentabilité comme la SAQ», a ajouté un autre citoyen, Djannick Michaud.Les avis étaient cependant mitigés sur les lieux de vente du cannabis. «On est mitigés, a-t-il reconnu. Est-ce que ce serait dans des coopératives, la SAQ ou des «coffee shops»? C'est sûr qu'on parle d'un endroit contrôlé.» «S'il y a des microbrasseries, il pourrait aussi y avoir des "micropoteries"», a avancé M. Michaud. Si certains étaient favorables à la vente en ligne, d'autres s'y opposaient. La ministre Charlebois a indiqué que la vente en ligne était déjà prévue par le fédéral. Il a également été recommandé par un groupe d'autoriser la vente de produits dérivés contenant de la marijuana, que ce soit des jujubes, des muffins ou des biscuits. Pour un autre groupe, cet aspect reste à déterminer. En matière de production, si certains se sont dits favorables à une limite de quatre plants par personne, la Ministre a confirmé que le cadre fédéral prévoyait plutôt quatre plants par adresse civique. 
Ministre emballée
«On est à nos débuts, mais je suis contente de ce que j'ai entendu, a fait valoir la ministre Lucie Charlebois, aux termes de cette première consultation publique tenue à Rimouski. J'ai été frappée comment vous avez parlé de prévention. Je vous ai entendus. À mon grand étonnement, ce qui est ressorti, c'est plus l'âge légal de 18 ans que de 21 ou de 25 ans.» Bien qu'il lui reste encore six régions à visiter, la députée de Soulanges s'est dite emballée par l'exercice. Moins de 36 heures après le lancement de la consultation par Internet, plus de 4000 Québécois avaient déjà fait connaître leur point de vue. «Il restera le monde municipal à rencontrer, a-t-elle précisé. On aura des consultations avec eux. Il y a aussi la communauté autochtone. On ne peut pas passer à côté de ça. Ils ont une réalité qui leur est propre et il faut en tenir compte.» La parlementaire, qui est accompagnée dans sa tournée par le porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé publique, de prévention, de saines habitudes de vie, de loisir et de sport, Sylvain Pagé, a soutenu que son gouvernement tenterait d'avoir le meilleur consensus possible en vue du projet de loi. Même si elle reconnaît que le délai est plutôt court avant l'échéance fixée au 1er juillet 2018, elle assure que la réglementation sera définie en matière de production, de distribution et de vente au détail du cannabis. «Vous voulez mon opinion?, a-t-elle lancé. Vous ne l'aurez pas. Je ferai connaître mon opinion après les consultations.»