L’éditeur Michel Brûlé de la maison Les Intouchables
L’éditeur Michel Brûlé de la maison Les Intouchables

L’éditeur Michel Brûlé coupable d’agression sexuelle

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
L’éditeur Michel Brûlé de la maison Les Intouchables est coupable d’une agression sexuelle commise sur une auteure, rencontrée chez lui à Québec, en mars 2014.

Le juge Sébastien Proulx de la Cour du Québec n’a pas cru le témoignage de l’éditeur de 56 ans, «un récit invraisemblable par moment sur des aspects importants de l’affaire», indique le juge.

Le 21 mars 2014, Michel Brûlé et la victime s'étaient donné rendez-vous à la maison d'édition, rue Sainte-Ursule dans le Vieux-Québec.

L'auteure de 37 ans connaissait l'éditeur pour l'avoir rencontré dans un salon du livre, quatre ans plus tôt.

À son arrivée, l'auteure constate que l'adresse est en fait la résidence de Michel Brûlé. Les bureaux de la maison d'édition sont au sous-sol.

Manuscrit en main, l'auteure veut discuter de ses projets d'écriture. Michel Brûlé la fait d'abord patienter pendant qu'il règle une urgence d'impression.

La femme aura droit à une visite de la magnifique demeure. Michel Brûlé l'amène ensuite dans la cuisine où il lui sert un verre de vin et prépare des pâtes. L'écrivaine affirme qu'elle ne touchera pas à son assiette.

À partir de là, les versions divergent. Selon la plaignante, Michel Brûlé est ensuite monté à l'étage pour se brosser les dents et se raser. Il lui a ensuite proposé de prendre une douche, ce qu'elle refuse. L'éditeur l'a alors embrassée et lui a touché les seins, les fesses et le pubis par dessus ses vêtements. Elle dit s'être opposée à plusieurs reprises avant de réussir à se dégager et à prendre la fuite en direction de la porte. 

"Je vais te publier!", aurait lancé l'éditeur alors qu'elle retournait à sa voiture. L'auteure, sous le choc, a appelé son mari en pleurant et est restée en communication avec lui jusqu'à la maison. Elle a raconté l'événement à son conjoint le soir même et à sa mère et son frère le lendemain. Trois ans plus tard, après avoir entendu sept employés de Brûlé décrire des comportements inappropriés, elle décide de porter plainte à la police.

«Tension sexuelle surprenante»

Seul témoin pour sa défense, Michel Brûlé a décrit une "tension sexuelle surprenante" présente, dit-il, dès le début de la rencontre.

Brûlé dit observer la règle de ne jamais avoir de relations sexuelles avec ses employées ou ses auteures, ce que la plaignante n'était pas à l'époque. Il décide de lui faire une invitation à le suivre dans la douche. "Ça passe ou ça casse", commentera-t-il, à propos de la proposition.

Selon l'éditeur, l'auteure lui avait fait des compliments sur son allure virile. Elle a répondu à son baiser avec enthousiasme, décrit-il, et s'est mise elle aussi à le caresser.

Pour Michel Brûlé, l'auteure, "sûrement mariée", a été saisie de panique lorsqu'elle a réalisé que les gestes allaient trop loin.

Il l'a suivie pour tenter d'éclaircir le malentendu. Il était, dit-il, vraiment en état de choc de la voir partir ainsi. Il a toutefois tourné la page et n'a plus repensé à cette soirée jusqu'à ce que la police de Québec communique avec lui en 2018.

Plusieurs invraisemblances

Le juge Sébastien Proulx a relevé plusieurs invraisemblances dans le témoignage de Michel Brûlé. Parmi elles, le fait qu'il ne se souvenait de rien, lors de sa première rencontre avec la police en janvier 2018, alors qu'il disait au procès avoir été "commotionné" par le départ précipité de l'auteure. "Une femme a quitté précipitamment sa résidence, un tel événement n’est pas commun, fait remarquer le juge Proulx. Comment un accusé peut-il avoir oublié un tel événement, quatre ans plus tard?"

Le juge n'achète pas non plus l'idée de la "tension sexuelle palpable" présente dès le début d'une rencontre clairement fixée pour un motif professionnel. 

Il y avait certaines contradictions dans le témoignage de la plaignante, mais elles portent sur des éléments collatéraux, note le juge.

Après avoir entendu la plaignante, son mari de l'époque et son frère et avoir analysé la preuve, le juge Proulx se dit convaincu que la femme n’a jamais consenti à avoir des contacts sexuels avec Michel Brûlé. 

«Elle cherchait un partenaire d’affaires sérieux et non une aventure d’un soir», résume le juge.

La plaignante, assise dans la salle d'audience du palais de justice de Québec, a assisté au jugement sans broncher. Michel Brûlé a lui écouté la lecture de la décision de chez lui, par le biais de la visioconférence. Il n'a pas réagi à sa déclaration de culpabilité.

L'avocat de Michel Brûlé, Me Laurent Morin, a indiqué aux médias que la défense examinerait la possibilité d'amener la décision en appel. "Ce sont des décisions qui ne sont pas faciles à rendre et il y a toujours des éléments qui vont porter à équivoque, fait remarquer Me Morin. Il y avait une quinzaine de contradictions qui sont selon nous suffisantes pour affecter la décision sur le fond. On veut aussi examiner la possibilité d'une erreur dans l'appréciation de la crédibilité."

Les représentations sur la peine auront lieu en janvier.