Sabine Bahi, Elizabeth Grondin et Manuel Piron ont choisi la Gaspésie pour suivre leurs cours à distance.
Sabine Bahi, Elizabeth Grondin et Manuel Piron ont choisi la Gaspésie pour suivre leurs cours à distance.

L’école à distance… à distance

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
Lundi matin, Manuel se réveille vers huit heures. Il va marcher dans la Baie de Gaspé, et revient vers neuf heures, juste à temps pour suivre son cours de cinéma, en direct de l’UQAM. Comme de nombreux étudiants, il a décidé de suivre ses cours à distance… à distance.

Pendant l’été, le Montréalais a travaillé aux Îles-de-la-Madeleine. Après quelques semaines dans l’archipel, l’Université du Québec à Montréal (UQAM), où il fait un certificat en scénarisation, lui a annoncé que tous ses cours se feraient en ligne. «On s’en doutait, mais ça m’a quand même démotivé», avoue-t-il. Lui et sa collègue Élizabeth ont donc décidé d’aller rejoindre une amie, Sabine, qui était à Gaspé pour l’été et d’y rester pour les premiers mois de leur parcours universitaire. «Tant qu’à faire l’école en ligne à la maison, on a préféré le faire dans un endroit qui nous permet de s’évader un peu», raisonne Sabine, qui étudie en sciences de la nature au Cégep du Vieux-Montréal. 

Si certains décident de se délocaliser pour profiter du paysage ou pour découvrir un nouveau coin de pays, d’autres le font par nécessité. C’est le cas de Mariane, une étudiante de l’Université de Montréal qui étudie depuis le début de la session chez ses parents, en Beauce. «Je suis plus à risque pour la COVID-19 à cause de la faiblesse d’un de mes poumons, alors je préfère éviter le plus possible les zones chaudes et les villes», explique-t-elle. Si ses cours n’avaient pas été entièrement en ligne, elle aurait dû abandonner son programme. «C’est sûr que ça m’arrange [que les cours soient en ligne], mais c’est évident que c’est loin d’être idéal d’étudier à des centaines de kilomètres de mon campus», note l’étudiante. 

Démotivation et pas d’appartenance

Mariane est particulièrement déçue de ne pas pouvoir participer à la vie universitaire en raison de la distance. «J’avais très hâte d’arriver à l’université pour la vie étudiante qui englobe les cours. Même avec la pandémie, il y a moyen d’y participer, mais comme je suis en Beauce, je me sens vraiment exclue de toute la dynamique universitaire, ce n’est vraiment pas motivant», se désole-t-elle. Même son de cloche pour Sabine, qui quittera Gaspé au cours des prochains jours pour retourner à Montréal, dans l’espoir de voir sa ligue d’improvisation reprendre. 

La Fédération étudiante collégiale du Québec craint que ce manque d’implication et la difficulté de développer un sentiment d’appartenance aient un impact négatif sur la persévérance scolaire. «Les parcours d’études complètement à distance rendent la session d’automne difficile et démotivante», note sa présidente, Noémie Veilleux. 

Constat similaire pour la présidente de l’Union Étudiante du Québec, Jade Marcil. «Le parascolaire est très important dans la communauté et le sentiment d’appartenance. Ça permet de décrocher, de faire autre chose que des cours sur son ordinateur. En ce moment, on manque une grande partie du volet social de l’université», se désole-t-elle, sans pour autant désavouer les mesures sanitaires. «Malgré tout, je crois qu’il y a beaucoup d’indulgence de la communauté étudiante. On sait que ce n’est pas facile», conclut Mme Marcil.