Pour les membres Extinction rébellion, le salon de l'auto de Montréal glorifie la «culture du char» et représente «un obstacle majeur à l’établissement de structures de mobilité durable».
Pour les membres Extinction rébellion, le salon de l'auto de Montréal glorifie la «culture du char» et représente «un obstacle majeur à l’établissement de structures de mobilité durable».

Le virage vers l’électricité du Salon de l’auto ne suffit pas, disent des écolos

Ugo Giguère
La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Le Salon de l’auto de Montréal consacre une section de plus en plus importante aux véhicules électriques et aux technologies permettant de se déplacer sans énergie fossile. Cette approche se veut en accord avec les transformations sociales actuelles quoique des écologistes ne le voient pas du même oeil.

Tout le «niveau 7» du salon organisé au Palais des congrès de Montréal est consacré à la «Zone électrique». On y trouve une vingtaine de modèles de véhicules électriques de divers constructeurs, les nouvelles technologies de bornes de recharge ou de moteurs disponibles pour convertir des véhicules lourds.

En milieu de journée samedi, la zone réservée à ces véhicules zéro émission de gaz à effet de serre était bondée. Selon le porte-parole Denis Talbot, la clientèle réclame cette offre.

«Les clients ne veulent pas juste voir de gros camions qui consomment beaucoup d’essence. Ce sont de jeunes familles, avec des enfants, et ils veulent faire le virage écologique, mentionne l’animateur et producteur de télévision spécialisé en nouvelles technologies.

D’après des données contenues dans le rapport sur l’État de l’énergie au Québec 2020, produit par la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, on comptait 31 864 véhicules entièrement électriques en circulation au Québec, en 2018, et environ le même nombre de véhicules hybrides.

«Les gens ont déjà fait le virage à la maison avec le recyclage, le compost, ils changent leurs habitudes. Là, on est tanné de mettre de l’essence dans le véhicule», ajoute M. Talbot.

Cette année, on fait même un pas de plus en direction de la mobilité durable en offrant une place aux vélos et aux trottinettes électriques. Des modes de transport que l’on pourrait s’étonner de voir dans un salon de l’auto.

«C’est une façon de se déplacer aussi! Quelqu’un qui a un condo à Montréal n’a peut-être même pas besoin d’un véhicule, concède Denis Talbot. On a de petits véhicules, mais on a aussi des trottinettes, des vélos qui nous donnent autant de mobilité et qui permettent de profiter des infrastructures de la ville.»

Selon le porte-parole, la volonté des organisateurs est de répondre à tous les besoins de mobilité des visiteurs.

Contre la «culture du char»

La tenue de l’événement annuel vantant les vertus de la voiture a donné l’occasion aux manifestants écologistes d’Extinction rébellion (XR) d’identifier une nouvelle cible. Une quinzaine de militants se sont réunis à la Place Jean-Paul Riopelle, tout près du Palais des congrès avant d’entrer pour scander leurs slogans.

Pour les membres de l’organisation qui lutte contre les changements climatiques, ce salon glorifie la «culture du char» et cela représente «un obstacle majeur à l’établissement de structures de mobilité durable», peut-on lire sur la page Facebook du groupe.

La porte-parole désignée par XR Québec, Coralie Laperrière, a parlé d’une manifestation «contre la dépendance à la voiture» qu’encourage le Salon de l’auto de Montréal.

Elle s’est par ailleurs défendue de viser les automobilistes eux-mêmes qui sont trop souvent automobilistes malgré eux.

«C’est dommage que les gens pensent qu’on en a contre les automobilistes. Au contraire, on pense qu’il faudrait avoir plus de solutions pour les automobilistes. Ce n’est pas normal qu’au Québec on entende la phrase : «On est obligé d’avoir une voiture pour se déplacer»», explique la manifestante.

Selon elle, c’est aux gouvernements de mettre en place des structures de mobilité durable pour que les gens puissent véritablement faire le choix de ne pas avoir de voiture.

«C’est le deuxième poids sur les finances personnelles après l’habitation. On est obligé de se loger, mais on ne devrait pas être obligé d’avoir une voiture», dénonce-t-elle.

Selon les données du rapport sur l’État de l’énergie au Québec 2020, les ventes d’essence ont fracassé un record dans la province en 2018. Pour la première fois de l’histoire, les Québécois ont consommé plus de dix milliards de litres d’essence, plus précisément 10,6 milliards.

En réponse aux efforts des organisateurs du Salon de l’auto de Montréal de mettre en valeur les véhicules électriques, Coralie Laperrière estime que l’on ne s’attaque pas au bon problème.

«Il faut vraiment s’éloigner du modèle auto-solo. Si l’on changeait toutes les voitures à essence, demain matin, pour des voitures électriques, ça ne règlerait pas le problème de la congestion et de l’étalement urbain», observe-t-elle.

Pour XR, le véritable enjeu est le transport en commun, le transport durable, partout au Québec.