Le ministère des Transports du Québec reconnaît une valeur patrimoniale au vieux pont de l'île d'Orléans.

Le vieux pont de l'Île d'Orléans pourrait survivre

Le vieux pont de l'île d'Orléans n'est pas condamné encore. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) lui reconnaît des qualités patrimoniales qui pourraient mener à sa conservation et à une utilisation autre que routière. Le sort en sera jeté après la réalisation de l'étude d'impact environnemental du pont à haubans devant être construit juste à côté.
Le MTQ a publié jeudi l'appel d'offres public en vue de la production de l'étude d'impact environnemental sur le pont à haubans planifié entre l'île d'Orléans et la rive nord du fleuve Saint-Laurent. Tous les renseignements nécessaires à la réalisation du mandat, qui sera confié à une firme privée spécialisée, sont détaillés.
L'étude devra ainsi décrire le milieu récepteur et le projet en soi, identifier et évaluer les impacts sur l'environnement (climat sonore, paysage, qualité de l'air, faune et flore), proposer des mesures d'atténuation et de compensation en plus de contenir un plan de mesures d'urgence et un programme de suivi environnemental. 
Le devis technique réfère aussi au futur du pont datant de 1935. «Quant à l'avenir du pont actuel, étant donné sa valeur patrimoniale très élevée en vertu des critères énoncés au Manuel d'évaluation patrimoniale des ponts du Québec, deux variantes sont à l'étude à ce stade-ci du projet, soit la démolition ou la conservation du pont existant pour un nouvel usage», peut-on lire. 
Les deux options seront analysées dans l'étude d'impact environnemental, confirme Guillaume Paradis, porte-parole du MTQ. «Ça va nous permettre d'alimenter la réflexion quant au sort du pont actuel après la mise en service du nouvel ouvrage» prévue pour 2024, dit-il.
Jusqu'à maintenant, le ministère des Transports a toujours parlé du «remplacement» du pont de l'île d'Orléans, trop abîmé et fragile en cas de séisme, sans corriger les journalistes qui évoquaient sa démolition. L'ex-ministre Robert Poëti a même chiffré les investissements requis pour le conserver en bonne condition jusqu'à sa disparition, soit environ 1 million $ par année. À ce jour, les plans prévoient d'ailleurs une piste multifonctionnelle pour les piétons et les cyclistes sur le futur pont. 
Tablier innovateur
Selon un inventaire des ponts du Québec datant de 1975, le tablier de la travée suspendue du pont de l'île d'Orléans «présente le plus grand intérêt du fait qu'il constituait, au moment de sa construction, une innovation». Ses pièces métalliques en forme de T «renversées juxtaposées et soudées les unes aux autres» a permis la construction d'une dalle «tout à la fois légère et résistante». 
Dans sa grille d'évaluation de l'indice patrimonial d'un pont, le MTQ accorde des points pour le type de structure, le concepteur et le constructeur, la longueur des travées, l'unicité, l'authenticité, l'ancienneté, l'importance historique, la qualité du paysage et le potentiel de mise en valeur, entre autres. Avec un pointage élevé de 86, le pont de l'île d'Orléans devrait être restauré s'il est conservé, selon l'orientation ministérielle sur l'identification et la gestion des ponts à valeur patrimoniale.  
Quelques voix citoyennes se sont déjà élevées sur l'île pour conserver le vieux pont afin de le transformer en corridor cyclo-piéton et en faire une attraction touristique. Le préfet de la MRC, Jean-Pierre Turcotte, a toujours gardé la tête froide. Selon lui, il en coûterait trop cher d'entretenir deux structures. Il a plutôt espoir que la beauté de la nouvelle fasse oublier l'ancienne. 
En 2014, le gouvernement du Québec a décidé de conserver le pont de Shannon et le dédier aux cyclistes et aux piétons. L'ouvrage en treillis métallique avec poutres de type Pratt à assemblage à cheville, le dernier de ce type au Canada, trône, à 138 ans bien sonnés, à côté du nouveau pont du chemin Gosford. Des travaux de réfection sont prévus cette année.  
Un seul tracé à l'étude
Par ailleurs, les documents d'appel d'offres de l'étude d'impact environnemental du futur pont à haubans ne font aucunement mention de la possibilité d'aménager un troisième lien vers la rive sud de Québec en passant par l'île d'Orléans. 
On peut lire qu'«un seul tracé est à l'étude pour l'analyse des impacts», soit la construction du nouveau pont à 120 mètres à l'ouest de l'actuel. 
Le sous-traitant devra étudier les déplacements des insulaires entre leur lieu de résidence et de travail ainsi que les déplacements liés au tourisme et à la villégiature, sans plus. Il pourra aussi «suggérer au ministère des modifications du profil ou du tracé de la route et du pont, ainsi que la position des éléments de fondations ou proposer une localisation du corridor routier plus avantageuse». Le choix final revient toutefois au MTQ. 
Les firmes intéressées à ce contrat ont jusqu'au 2 février pour envoyer leurs soumissions. Le démarrage des travaux pourrait prendre jusqu'à 45 jours, après quoi deux périodes de six mois sont accordées pour les rapports d'étape. Au mieux, le dépôt de l'étude d'impact environnemental au ministère de l'Environnement pourrait donc se faire au printemps 2018.