Le cercle indique l'endroit où un mur de la basilique-cathédrale que sera percé la porte sainte.

Le Vatican offre une porte sainte à Québec

Québec vient de recevoir un privilège rare: celui d'héberger la première porte sainte en dehors de l'Europe. C'est le cadeau du Vatican pour souligner le 350e anniversaire de la paroisse Notre-Dame de Québec, une célébration qui attirera les ténors de l'Église catholique du Canada et des États-Unis. Et, qui sait, peut-être le pape lui-même.
<p>Mgr Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec, ne veut pas créer d'attentes en ce qui concerne la venue du pape à Québec, mais avoue que «la tentation est là».</p>
<p>L'abbé Julien Guillot, directeur général et directeur de la programmation des Fêtes du 350e, montre l'endroit où la nouvelle porte sainte sera construite, soit sous ce vitrail de la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec.</p>
La demande était ambitieuse. Mais le diocèse croyait en ses chances. À l'occasion du 350e anniversaire de la fondation par François de Laval de la paroisse Notre-Dame de Québec, la mère de toutes les paroisses en Amérique du Nord, l'archevêque de Québec, Gérald Cyprien Lacroix, a demandé au Vatican de marquer l'année jubilaire de 2014 en ouvrant une porte sainte dans la cathédrale du Vieux-Québec.
«Vous ne savez pas ce que vous avez demandé», a souri le nonce apostolique, l'émissaire du pape, quand il a rendu la décision favorable de Rome. La permission d'héberger une porte sainte est en effet «un privilège exceptionnel», s'enthousiasme l'abbé Julien Guillot, directeur général des Fêtes du 350e. «Il fallait avoir de bonnes connexions!» renchérit Alain Faucher, vice-doyen de la Faculté de sciences religieuses et professeur à l'Université Laval. «On voit les fruits des contacts très étroits qu'il peut y avoir entre les grandes autorités du Vatican et Québec.»
Un privilège exceptionnel assurément, mais aussi méconnu. Il existe en ce moment six portes saintes dans le monde. Toutes sont situées en Europe. Rome en compte quatre dans ses basiliques majeures: Saint-Pierre de Rome, Sainte-Marie-Majeure, Saint-Paul-hors-les-Murs et Saint-Jean-Latran. En Espagne, Saint-Jacques-de-Compostelle possède la sienne, et Ars, en France, héberge la dernière.
Une porte sainte, c'est un symbole très fort. «C'est un passage qui symbolise l'avant et l'après. C'est vraiment l'idée d'une transformation intérieure», illustre l'abbé Guillot.
Celle de Québec sera percée à même le mur de la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, dans la chapelle du Sacré-Coeur. Pendant toute l'année des célébrations du 350e, elle sera ouverte et deviendra un lieu de pèlerinage pour les catholiques, mais aussi pour les visiteurs de toutes confessions religieuses. Les gens pourront la franchir dans le contexte d'une démarche spirituelle. À l'extérieur de la cathédrale, un petit jardin clôturé sera aménagé et sillonné d'un sentier, où les pèlerins pourront se recueillir. À la fin de l'année, la porte sera refermée et scellée, et seule une permission papale permettra de la rouvrir lors de la prochaine année sainte, probablement autour de 2025.
La porte sainte et les activités entourant le 350e de la paroisse feront converger vers Québec des milliers de touristes, des centaines d'évêques canadiens et américains et des membres de nombreuses communautés religieuses. Déjà que la cathédrale accueille plus d'un million de visiteurs par an, on en attend quelque 60 000 de plus en 2014. Avec des retombées économiques estimées à 60 millions $, selon les organisateurs des Fêtes.
Ultimement, la ville pourrait même accueillir le pape François lui-même. Pour l'instant, l'archevêque de Québec, Mgr Gérald Cyprien Lacroix, ne veut pas créer d'attentes. Déjà, le diocèse a reçu la confirmation qu'un représentant du pape sera présent le 15 septembre 2014, à la messe anniversaire de la paroisse, fondée en 1664 par François de Laval.
La décision de l'octroi de la porte sainte s'est prise sous Benoît XVI. Étant donné l'âge avancé de celui qui est aujourd'hui pape émérite, l'archevêque de Québec n'avait pas songé à lui demander de faire le long voyage. Les choses sont différentes depuis la nomination de François, premier pape des Amériques.
Quand on évoque avec lui la possibilité que le Saint-Père pose les pieds sur le sol de Québec, Mgr Lacroix ne peut s'empêcher de sourire. «La tentation est là», admet-il, même s'il est conscient des délais courts, de l'imposante organisation et des coûts astronomiques engendrés par une visite papale, en sécurité notamment. Il faudrait d'abord formuler une demande commune avec les autorités politiques et religieuses du pays. «Est-ce qu'en jasant dans les prochaines semaines on aura le goût de faire ça? Je ne sais pas. On va attendre un peu. On n'est pas rendus là. Ça pourra peut-être s'ajouter.»
Fait intéressant, la messe pontificale du 15 septembre 2014 se tiendra presque 30 ans jour pour jour après que Jean-Paul II, le seul pape à avoir visité la province, eut atterri à Québec, le 9 septembre 1984. «Les étoiles s'alignent, ça, c'est sûr», remarque Gérald Cyprien Lacroix. Jean-Paul II avait attiré des foules impressionnantes. Pas moins de 275 000 fidèles avaient assisté à une messe en plein air à l'Université Laval et des dizaines de milliers de curieux s'étaient massés le long des rues de Québec pour voir passer le souverain pontife lors d'un défilé.
«C'est sûr que je serais honoré que le pape vienne au Canada. Qui ne souhaiterait pas avoir le pape?» confie l'archevêque, tout en demeurant prudent. «Ce n'est pas lui qui est l'objet de la fête. C'est la paroisse. Et la communauté. Il faut miser là-dessus. C'est ça qu'on veut célébrer.»
Une communauté qui, au fil de ces 350 ans, a survécu à bien des bouleversements. «C'est le berceau, non seulement de la langue française, mais de la foi en Amérique. On ne célèbre pas sur des ruines, on célèbre 350 ans de vie continue. Cette paroisse existe encore et elle est vivante.»
*****
Financée par deux «bienfaiteurs»
La porte sainte de Québec sera entièrement financée par des dons privés. «Pour la porte sainte, nous nous sommes débrouillés par nous-mêmes. L'État n'intervient pas là-dedans», affirme fièrement Mgr Denis Bélanger, curé de la cathédrale Notre-Dame et président du Comité-conseil des Fêtes du 350e. «Nous avons formé la Corporation du 350e pour ne pas accabler la paroisse avec ces frais.»
Et les organisateurs des Fêtes ont réussi à attirer «deux bienfaiteurs» pour leur prêter main-forte. Ainsi, c'est le Mouvement international des Chevaliers de Colomb qui assume le coût de la porte elle-même. Ce sont eux aussi qui s'étaient impliqués financièrement dans la restauration de la porte sainte de Saint-Pierre de Rome pour le jubilé de l'an 2000, rappelle Mgr Bélanger. Le mouvement apportera aussi une aide logistique pour l'organisation des pèlerinages. Pour les aménagements intérieurs et extérieurs donnant accès à la porte, c'est le Groupe Dallaire, très présent à Québec, qui s'en chargera. 
Matériau noble et transparence
La porte sainte de Notre-Dame de Québec sera différente des six qui existent déjà en Europe. Comme les autres, elle sera faite d'un matériau noble, le bronze en l'occurrence, mais, détail inusité, elle laissera filtrer la lumière, révèle le directeur artistique des Fêtes du 350e, Cyrille-Gauvin Francoeur. «L'artiste Jules Lasalle a choisi de la transpercer de bord en bord par une croix de verre qui laisse passer la lumière, en symbole de la foi.» L'oeuvre évoquera l'accueil, et le Christ et la Vierge y seront représentés.
Aussi, on a voulu l'ouverture étroite, «pour favoriser l'intériorité et l'humilité», souligne le directeur artistique. Son ouverture sera percée sous un vitrail dans la chapelle du Sacré-Coeur. «On veut rester dans la tradition, mais on ne fera pas comme à Rome», précise M. Francoeur.
Ainsi, la cérémonie qui entourera son ouverture se fera avec décorum, mais sans le faste auquel on est habitué au Vatican. Ce seront de simples pèlerins qui la franchiront en premier et non des dignitaires, insiste-t-il. Et quand viendra le temps de la fermer, elle ne sera pas emmurée, mais simplement scellée, en attendant que le pape donne la permission de l'ouvrir de nouveau.