Des ouvriers sur le chantier du pont au début des années 1900.

Le travail inhumain des cochons de sable

L'un des épisodes les plus troublants de l'histoire du pont de Québec est pratiquement passé sous les radars, occulté par les accidents spectaculaires de 1907 et 1916. Bien avant de s'attaquer aux structures métalliques, il faut creuser dans le lit du fleuve jusqu'à ce qu'on trouve du solide où iront s'appuyer les piliers de pierres.
Le travail se fait avec un caisson de bois subdivisé sur lequel on dépose les pierres. Un système d'air sous pression permet d'expulser l'eau du caisson, ce qui permet à des ouvriers de creuser le sol, les pieds dans la boue.
À mesure que le caisson s'enfonce, de nouvelles pierres sont ajoutées au pilier pour en garder le sommet hors de l'eau. Lorsque le roc sera atteint, il restera à remplir le caisson de ciment qui deviendra la base du pilier.
Le travail dans les caissons est bien rémunéré (1 $ l'heure), mais est exigeant et dangereux. Les ouvriers qui s'y risquent sont baptisés «cochons de sable». Plus le caisson s'enfonce, plus il faut augmenter la pression d'air, si bien que la durée des quarts de travail doit être progressivement réduite.
Les ouvriers souffrent de paralysie des jambes, de crampes, de saignements et de douleurs aiguës aux oreilles. Le principe des paliers de décompression est appliqué de façon approximative.
Les explosions et fausses manoeuvres ajoutent au danger.
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Pour tenir le coup, des ouvriers ont pris l'habitude d'ingurgiter des «quantités d'alcool stupéfiantes», relate l'ouvrier Octave Ouellet dont Michel L'Hébreux a retracé le récit dans L'Histoire vécue d'un Canadien errant.
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Il est fréquent que des ouvriers s'évanouissent, font des hémorragies pulmonaires, deviennent invalides ou parfois fous au point de devoir les interner. Les morts n'apparaissent pas dans les bilans des accidents du pont de Québec, mais il y a aussi des victimes parmi ceux qui se sont appelés les «cochons de sable».
S'il y avait eu une CSST à l'époque, on peut penser qu'il n'y aurait jamais eu de pont de Québec