Le président du Réseau de transport de la Capitale, Rémy Normand, a annoncé lundi qu’avec la mise l’arrivée du tramway et du trambus, les automobilistes devront modifier leur itinéraire pour accéder à certaines rues le long des parcours.

Le tramway entraînera un chamboulement de la circulation automobile

Le réseau structurant de transport en commun (RSTC) entraînera un chamboulement de la circulation automobile le long du parcours du tramway et du trambus et dans les rues adjacentes. Mais grâce au RSTC, l’augmentation du trafic d’ici 2041 sera compensée de moitié par un achalandage accru sur le Réseau de transport de la Capitale (RTC).

Avec l’arrivée du tramway et du trambus, les automobilistes devront modifier leur itinéraire pour accéder à certaines rues le long des parcours. La Ville prévoit interdire le virage à gauche sur 148 carrefours. Le virage à gauche sera permis grâce à une gestion de la circulation sur 86 carrefours. Les 243 intersections seront munies de feux de circulation avec une priorité pour le tramway et le trambus.

«Les automobilistes sont gagnants. Si j’étais un automobiliste, je serais bien heureux que le tramway vienne chercher la moitié des usagers de la route», a déclaré Régis Labeaume. «Les Québécois sont intelligents, ils vont régler ça assez vite», a-t-il poursuivi. 

Afin d’atténuer les nuisances, la Ville de Québec prévoit la création de nouveaux liens pour compenser la réduction du nombre de carrefours traversants ainsi que le bouclage de certaines rues. 

«Il faut s’assurer que la circulation reste fluide dans les quartiers. On va regarder si en dehors des heures de pointe, si on peut créer plus d’endroits avec une possibilité de virage à gauche», a affirmé le président du RTC, Rémy Normand. 

«Si j’habite dans une rue perpendiculaire, je vais me trouver un chemin. Les Québécois ne sont pas plus idiots que les autres dans le monde», a assuré le maire. Et pour la circulation de transit, le maire dit aux résidents qu’ils ne peuvent pas «tout avoir dans la vie» et que la valeur des propriétés va augmenter en contrepartie des quelques irritants «très minimes».

Le tramway pourrait également passer à une fréquence de quatre minutes au lieu de trois minutes aux heures de pointe pour ne pas nuire aux automobilistes. «Le réseau de transport structurant ce n’est pas pour que ça soit plus compliqué pour les automobilistes. On veut que tout le monde gagne. Ça va dépendre des heures aussi. Il faut du jugement», a justifié M. Labeaume. 

Augmentation de l’achalandage

En 2041, avec l’augmentation de la population, la Ville de Québec ne pourra pas absorber le trafic automobile sur le réseau actuel. En période de pointe (6h-9h), sans le RSTC, la Ville de Québec devra gérer près de 20 000 autos solos de plus en 2041. «Sans le RSTC, il faudra construire l’équivalent des boulevards Charest et Laurier, impensable pour nous», a insisté M. Normand. 

Selon l’étude commandée par la Ville et réalisée avec la firme internationale INRO, le RSTC attirera une partie des automobilistes. Il devrait venir en capter près de la moitié et évitera ainsi l’étranglement du réseau routier. 

L’étude prévoit une augmentation de l’achalandage du RTC de près de 13 millions de déplacements en 2041 par rapport à 2017. Dès la première année de la mise en service du RSTC (2026), cette croissance de l’achalandage porterait à 11 % la part modale du transport en commun, une augmentation de 2,4 % par rapport à 2017. Cette hausse peut paraître minime, mais pour Luc Samson, coordonnateur à la planification des services du RTC, il s’agit d’une «hausse jamais vue» malgré toutes les améliorations au RTC ces dernières années.

La Ville de Québec prévoit également une hausse de 31 % de l’achalandage sur l’ensemble du RTC dès la première année de la mise en service du tramway. «Un usager sur deux du réseau autoroutier utilisera le tramway le matin», a souligné M. Samson. 

À l’heure de pointe (6h-9h), dès 2026, l’étude envisage un achalandage annuel de 51 200 passagers contre 38 500 en 2017, une hausse de 33 %. Il passera à 53 400, 15 ans plus tard.

Stationnement

Le long des parcours du tramway et du trambus, la Ville de Québec dispose environ de 14 000 places de stationnement dans la rue. L’administration Labeaume retirera 1241 places de stationnement le long du parcours et dans les rues en périphérie du projet. Une grande partie de ces cases seront enlevées sur René Lévesque et la 1re avenue. Dans le même temps, la Ville remplacera ou compensera 711 places de stationnement.

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C’EST «LA GUERRE» À L'AUTOMOBILE, DIT GOSSELIN

Avec son projet de réseau structurant de transport en commun, l’administration Labeaume a officiellement déclaré «la guerre» aux automobilistes, selon le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin. 

«On savait qu’il y aurait des problèmes de circulation majeure pendant la construction, maintenant on sait qu’il y aura des problèmes de circulation une fois la mise en service du projet», a-t-il affirmé. 

M. Gosselin trouve les chiffres présentés très «ambitieux» et «optimistes» sur l’augmentation du nombre de 31 % des déplacements sur le Réseau de transport de la Capitale grâce au tramway dès la première année, ainsi que la réduction du nombre d’automobiles. 

De plus, M. Gosselin déplore que les voitures ne puissent plus tourner à gauche sur un grand nombre d’intersections. «On parle d’axes majeurs de la circulation, Saint-Sacrement, De La Couronne, René Lévesque. Il faudra tourner à droite dans les petites rues aussi bien pour les voitures que les camions», s’est-il indigné. 

Une perspective très pessimiste pas du tout partagée par Jean Rousseau, de Démocratie Québec. «La circulation va se réoptimiser. Je vois une opportunité pour les traverses piétonnes, les cyclistes. On va reconfigurer les quartiers où il y aura moins de circulation et non davantage», s’est-il réjoui.