Le train de pales est arrivé à Matapédia vers 15 h 30, d'où il a été remis au Canadien National, qui se chargera de la transférer un chemin de fer américain BNSF (Burlington Northern Santa Fe).

Le train de pales attire les curieux

Le premier train de pales éoliennes au Québec, et sans doute dans l'est du Canada, a circulé samedi entre New Richmond et Matapédia, en Gaspésie. Avec ses 72 wagons de 28 mètres, ce convoi dépassant 2 kilomètres était sans doute le plus long, historiquement, à circuler sur ce tronçon plus que centenaire.
Les pales ont été fabriquées depuis le 19 septembre par l'usine LM Wind Power à Gaspé. Elles ont été chargées sur des wagons plats au cours des deux dernières semaines à New Richmond, après un périple de 190 kilomètres en camion.
Un spectacle
Le convoi a été suivi par plusieurs personnes tout le long de son trajet de 112 kilomètres. Il y avait plusieurs employés de la Société du chemin de fer de la Gaspésie, l'exploitant du tronçon, des curieux, mais aussi des amateurs de trains qui ont, dans certains cas, parcouru de longues distances.
Laurence Toutant, de Saint-Constant, et sa conjointe Nathalie Roger, étaient du nombre de ces passionnés du rail ayant décidé, dans leur cas, vendredi midi, de se rendre dans la Baie-des-Chaleurs pour voir le train bloc.
«Vendredi matin, on n'était pas décidés à venir. Il fallait faire garder nos deux enfants par leurs grands-parents. On est partis à midi et on est arrivés à 23h10 à New Richmond», raconte M. Toutant, qui est conducteur de locomotive pour le Canadien National à Montréal.
Il s'agissait du premier voyage en Gaspésie pour le couple. Qu'est-ce qui les motivait à venir voir ce train?
«L'imprévisible», a répondu Nathalie Roger. «Le spectacle sonore et visuel sur une ligne que je ne connaissais pas», a indiqué Laurence Toutant, qui s'intéresse aux trains depuis sa tendre enfance.
Des locomotives old school
Le couple Roger-Toutant a profité de sa courte excursion en Gaspésie pour renouer avec un autre amateur de trains, François Gagné-Audet, parti de La Malbaie vendredi midi. «Je suis ici parce que j'aime ça. J'aime les trains depuis que je suis petit. Ce ne sont pas des locomotives ordinaires ici. Ce sont des old school, des diesels qui ont près de 60 ans», disait-il. 
Nathalie Roger et Laurence Toutant s'attendaient à rouler une partie de la nuit de samedi à dimanche afin d'être disponibles au travail le plus vite possible, M. Toutant se trouvant souvent sur appel.
«J'apprécie vraiment la beauté du paysage le long du chemin de fer gaspésien et en général. Il faudra revenir, et rouler dans le train de passagers... quand il reviendra», a-t-il dit, faisant allusion au service suspendu de VIA Rail en raison de la capacité portante déficiente de certains ponts.
La satisfaction se lisait aussi sur les visages d'Éric Dubé et de Luc Lévesque, respectivement président et directeur général de la Société du chemin de fer de la Gaspésie. «Ce sont des revenus qui vont nous permettre de développer d'autres services», résumait M. Dubé.
Une douzaine de convois
Il y aura une douzaine d'autres convois de ce type lors de la prochaine année, en raison d'un contrat à long terme signé par l'usine LM Wind Power et des clients du turbinier éolien GE (General Electric). Au moins 600 pales nécessitant l'emploi de 900 longs wagons devront être exportées vers le centre-sud des États-Unis, dont le Texas.
Le transport entre Gaspé et New Richmond doit se faire par la route parce que les rails entre Caplan et Gaspé ont été mis en dormance par son propriétaire, le ministère des Transports du Québec, à la suite de l'acquisition du réseau, en 2015.
La Société du chemin de fer de la Gaspésie, appuyée par de nombreux organismes de développement régional, tente de convaincre l'État québécois de vite rouvrir le tronçon jusqu'à Gaspé, notamment afin d'épargner des coûts de transport, le camion étant plus coûteux pour les pales.
Bien que longues de 42 mètres, les pales sont relativement légères, à six tonnes métriques. Le service de marchandises par train entre New Richmond et Gaspé pourrait donc démarrer en fonction d'une capacité assez limitée.
Le train de pales a été pris en charge par le Canadien National samedi soir, pour une livraison à un chemin de fer américain, Burlington Northern and Santa Fe Railway (BNSF), jusqu'à destination.