Des photos à l'intérieur du volumineux rapport déposé dans Internet vendredi par le ministère des Transports du Québec montrent des trous de la taille de balles de golf ou de tennis dans la dalle de béton du pont de Québec, d'autres des croûtes de rouille et des perforations.

Le tablier du pont de Québec à refaire

Le tablier du pont de Québec a atteint la fin de sa vie utile, démontre le dernier rapport d'inspection générale de la voie carrossable. Le ministère des Transports du Québec (MTQ) attend toutefois les conclusions de l'étude de faisabilité du tramway pour planifier les importantes réparations qui lui coûteront des dizaines de millions de dollars.
<p>Deux images montrant la détérioration du pont de Québec</p>
La dernière inspection du pont de Québec a été réalisée entre le 14 septembre et le 1er novembre 2013 par la firme de génie-conseil CIMA+, qui a été payée 179 800 $ pour s'exécuter «doigt sur la pièce». Cela veut dire que les techniciens et les ingénieurs se promènent sur et sous le pont, sécurisés par des cordages, pour voir de proche et évaluer chaque pièce.
Le compte rendu de leur travail se trouve dans un volumineux rapport, qui fait plus de 500 pages, que le MTQ a déposé dans Internet vendredi et que Le Soleil a épluché. S'y côtoient des tableaux chiffrés et des photos dans les tons de rouille qui détaillent l'état du pont.
Les ingénieurs travaillent avec une échelle de priorités allant de 1 à 4. La cote 1, la plus pressante, signifie que des travaux doivent être réalisés à l'intérieur d'un délai de deux ans. La cote 4 signifie que tout va bien.
Le pont dans son ensemble s'est vu attribuer la cote 1. Guillaume Paradis, porte-parole du MTQ, explique toutefois que la structure hérite automatiquement de la plus basse cote attribuée à une de ses composantes.
L'état de plusieurs joints, de la majeure partie du platelage et du revêtement des pièces d'acier - à maints endroits, il n'y a presque plus de peinture - justifie cette cote. Des photos montrent des trous de la taille de balles de golf ou de tennis dans la dalle de béton, d'autres des croûtes de rouille et des perforations.
Autrement, des poutres et des entretoises comptent parmi les éléments les plus dégradés et se voient attribuer la cote 2, qui commande des travaux dans les cinq ans.
M. Paradis résume en disant que le tablier du vieux pont a atteint la fin de sa vie utile. Si l'ouvrage date de 1917, la voie carrossable actuelle de 9,15 mètres a été aménagée entre 1949 et 1952 à la faveur du retrait d'une voie ferrée. L'asphalte sur lequel roulent 35 000 véhicules par jour est posé directement sur la dalle de béton, qui est appuyée sur une structure d'acier. Tout ça doit être refait.
Le porte-parole du MTQ insiste : «Ça ne veut pas dire que ça devient dangereux». Il dresse un parallèle avec une automobile au bout de sa vie utile, qui roule bien, mais commande des réparations plus fréquentes. Il vaut alors mieux la remplacer que se ruiner à l'entretenir, fait-il valoir.
Le gouvernement du Québec, qui a la responsabilité de la voie carrossable, tandis que le CN est propriétaire du pont, n'a pas encore déterminé quand ni comment il allait entreprendre ce grand chantier. Il attend pour cela la fin de l'étude de faisabilité sur le tramway, qui a toutes les chances de suggérer une desserte nord-sud passant par le pont de Québec. Les plans du tablier seront ajustés en fonction de ces conclusions.
La facture, une grande inconnue
La facture des travaux à venir demeure une grande inconnue pour le moment. À titre de comparaison, la société fédérale qui entretient les ponts de Montréal a procédé à la réfection du tablier du pont Jacques-Cartier en 2001 et 2002. Coût de l'opération qui a dérangé bien des automobilistes : 125 millions $. Le pont de Québec est toutefois plus de la moitié moins long (987 mètres contre 2,7 km) et aussi moins large (trois voies contre cinq) que le pont Jacques-Cartier.
Le gouvernement du Québec a signé en décembre une entente avec le CN dans laquelle il s'engage à payer 60 millions $ sur 10 ans pour l'utilisation de la voie carrossable. L'argent doit servir à entretenir la structure dans son ensemble - le CN met aussi 35 millions $ de sa poche -, mais pas la partie route, dont le MTQ est seul responsable. C'est donc dire que Québec devra ramasser toute la facture du tablier.
Des travaux urgents convenus dans l'entente, comme l'ajout d'un écran protecteur et d'un système de drainage d'ici 2016 au plus tard, nécessitent aussi des débours additionnels de plusieurs millions de dollars pour le gouvernement. Des discussions pourraient avoir lieu afin de lier ces engagements au grand chantier annoncé, a indiqué Guillaume Paradis.
D'ici là, le MTQ continuera d'entretenir le tablier du pont de Québec pour qu'il demeure sécuritaire, comme il le fait par exemple pour le pont de l'Île-d'Orléans, qui doit être remplacé d'ici 2020. Quand des trous se forment dans la chaussée, des plaques de métal peuvent être installées ou du nouveau béton coulé puis recouvert d'asphalte.
Ces semaines-ci, un sous-traitant installe des panneaux sous la partie nord du pont de Québec pour empêcher des débris d'atterrir sur le boulevard Champlain. Le remplacement d'entretoises est également prévu.