En 2013, la vie de Patrick Forgues a changé quand un homme s'est suicidé en se jetant devant son camion sur l'autoroute 40, à Neuville. Depuis, sa conjointe Kareen Lapointe et lui veulent aider les camionneurs qui souffrent de stress post-traumatique, comme Patrick. 

Le stress post-traumatique des camionneurs

En 2013, la vie du camionneur Patrick Forgues et de sa conjointe Kareen Lapointe, de Saint-­Anselme, a changé. Ce jour-là, un homme s'est suicidé en se jetant devant le camion de Patrick sur l'autoroute 40 à Neuville. Patrick n'a pas repris le volant depuis. Il souffre du syndrome de stress post-traumatique sévère, un trouble anxieux qui est loin de ne toucher que les militaires, les policiers, les ambulanciers et les pompiers.
Depuis, Patrick et Kareen ont décidé d'aider d'autres camionneurs qui vivent des situations semblables en développant, avec les psychothérapeutes du Réseau Sagesse, un protocole pour venir en aide à ces chauffeurs qui ont la malchance de voir quelqu'un utiliser leur camion pour en finir avec la vie. «Ce qu'on appelle le suicide by truck est beaucoup plus fréquent qu'on le pense. Un policier nous a déjà dit qu'il y en avait un par semaine et, depuis que j'ai ouvert ma page Facebook il y a un an, plus d'une vingtaine de camionneurs m'ont contactée», indique Kareen.
Mais la majorité des camionneurs ne consultent pas, alors Patrick et Kareen suivent les nouvelles et tentent d'entrer rapidement en contact avec les compagnies et les camionneurs impliqués dans ce type d'accidents ou dans d'autres collisions mortelles qui laissent aussi des traces chez les conducteurs de ces mastodontes.
«Patrick a été chanceux dans sa malchance : il avait un bon employeur qui traite bien ses chauffeurs. Il a été couvert par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), il a eu droit à un suivi avec un psychologue et un psychiatre. Pour plusieurs, cependant, ce n'est pas le cas, ils n'ont aucune ressource», poursuit-elle. Certains ont tout perdu, certains vivent d'aide sociale alors que d'autres conduisent malgré le stress, car leur employeur ne voit pas d'un bon oeil ceux qui se prévalent des dispositions de la Loi sur la santé et la sécurité du travail.
«La mentalité de reprendre la route au plus vite est encore très présente chez les camionneurs. Alors ils reprennent le volant sans prendre part à un debriefing comme le font les policiers et les ambulanciers après des événements traumatisants», signale Kareen.
Protocole
Le protocole développé par Kareen et Patrick en collaboration avec Anne-Renée Leclerc du Réseau Sagesse vise d'abord à identifier les camionneurs et à les mettre en contact avec un psychoéducateur dans les 48 heures afin de revenir sur les événements. Ensuite, ils sont informés de leur droit à un arrêt de travail d'une semaine pour ensuite être rencontrés de nouveau par le psychoéducateur. «On vérifie alors si le camionneur a des séquelles. S'il n'en a pas, il peut reprendre la route, mais sinon, le dossier s'ouvre à la CNESST», poursuit Kareen.
Kareen et Patrick ont entamé des démarches afin de faire reconnaître leur organisme, SSPT chez les camionneurs, comme organisme sans but lucratif afin de pouvoir joindre plus facilement les camionneurs. L'organisme milite aussi pour que les conjoints soient reconnus par la CNESST dans la stabilisation de l'état du travailleur, pour qu'une maison de répit soit créée pour les cas de crise et pour que la CNESST et la Société de l'assurance automobile du Québec distribuent le dépliant de SSPT chez les camionneurs.
«Nous agissons un peu comme une courroie de transmission entre les camionneurs et les intervenants, car les camionneurs n'ont pas toujours le réflexe de contacter un professionnel de la santé. Souvent, ça aide de savoir qu'ils parlent à un camionneur ou à la conjointe d'un camionneur qui a vécu la même chose», conclut Kareen.
À noter
Pour rejoindre Syndrome du stress post-traumatique chez les camionneurs
Kareen Lapointe : 418 440-4514
Patrick Forgues : 581 984-8499
sspt.camionneurs@gmail.com
Anne-Renée Leclerc (psychoéducatrice, Réseau Sagesse) : 418 670-5467
aleclercps.ed@gmail.com