Accompagné de ses parents et de ses cinq frères et sœurs, Omran Alahmad avait traversé la Jordanie avant de venir au Canada en 2015. Il était bien déterminé à ne pas abandonner le sport qu’il pratiquait.

Le soccer, planche de salut pour les enfants d’immigrés

OTTAWA — Omran Alahmad a joué au football toutes les semaines depuis son arrivée à Ottawa, il y a près de quatre ans, comme il l’avait fait pendant son enfance en Syrie.

Accompagné de ses parents et de ses cinq frères et sœurs, le jeune homme aujourd’hui âgé de 18 ans avait traversé la Jordanie avant de venir au Canada en 2015. Il était bien déterminé à ne pas abandonner le sport qu’il pratiquait.

«Je joue depuis que j’ai l’âge de trois ans, dit-il. Nous avons commencé à jouer dans la rue.»

M. Alahmad s’est inscrit au Eagles FC, un club de soccer regroupant près de 60 nouveaux arrivants au Canada.

«J’avais l’habitude de voir des enfants jouer au football dans le parc. Certains d’entre eux étaient vraiment talentueux, raconte le gérant de l’équipe, Noor Sakhiniya, qui avait aidé les joueurs à former leur propre club. Ils ne pouvaient s’inscrire dans un club parce qu’ils n’en avaient pas les moyens.»

Les frais d’inscription dans les clubs de soccer d’Ottawa s’élèvent de 600 $ à 2000 $. «C’est beaucoup d’argent pour une famille immigrante qui compte au moins deux enfants qui veulent jouer au soccer», convient M. Sakhinya.

Les enfants immigrés risquent de passer beaucoup de temps à flâner s’ils ne sont pas occupés à jouer un sport qu’ils aiment. «Lorsqu’on les fait s’entraîner avec l’équipe au moins deux ou trois fois par semaine, cela les éloigne des ennuis», ajoute-t-il.

Le nombre de joueurs de soccer au Canada augmente d’année en année. L’Association canadienne de soccer dit recenser plus de 810 000 joueurs, entraîneurs et arbitres en 2018.

Une grande partie de cette popularité peut être attribuée à l’immigration.

Selon le recensement de 2016, près de 7,6 millions de personnes ont déclaré être arrivées au pays par le biais de l’immigration, soit 21,9 pour cent de la population du Canada.

Certains immigrants ont joué au football dans différents pays. C’est le cas d’Abbas Ali, un étudiant en génie informatique âgé de 20 ans, qui a pratiqué ce sport en Syrie, en Turquie et au Canada, depuis qu’il a fui l’Irak déchiré par la guerre, il y a 16 ans.

«Je vais continuer à jouer au football, c’est sûr», dit-il.

Le temps qu’il consacre au football lui permet de se faire des amis et de participer à d’autres activités sociales avec ses coéquipiers. «Ces gars-là sont tous mes amis», lance-t-il les désignant.

Adaptation

Selon une sociologue de l’Université Dalhousie, à Halifax, Karen Foster, le sport est une institution sociale qui rassemble les gens et fait partie de la culture. «Cela peut aider les gens à sortir de l’isolement», soutient-elle.

Mme Foster souligne que les activités sociales familiales sont essentielles pour aider les immigrants à s’intégrer dans la société canadienne. Elles sont particulièrement importantes pour les adolescents qui se sentent probablement déracinés. Ils n’ont pas autant d’occasions de participer à des activités sans leur famille.

M. Sakhiniya dit que l’objectif du Eagles FC est de se qualifier pour la Ligue de soccer de l’Ontario. Le club a déjà formé trois autres équipes pour les enfants âgés de moins de 12 ans. «Nous allons créer une équipe pour les filles aussi», ajoute-t-il.

Comme le club est une organisation à but non lucratif, les joueurs ne doivent payer que les coûts des activités, comme les frais de participation à la ligue. La prochaine étape sera de trouver un commanditaire, mentionne M. Sakhinya.

«Je veux aider les enfants immigrés à démontrer leurs talents afin que le football canadien puisse en tirer profit, fait-il valoir. Le football est le sport qui connaît la plus forte croissance au Canada. Les immigrants doivent s’y appuyer pour aider leur nouveau pays. Nous avons d’excellents joueurs âgés de 14 à 16 ans. Ils pourront être recrutés par des équipes universitaires, des clubs connus et même l’équipe nationale lorsque le Canada organisera la Coupe du monde en 2026 avec les États-Unis et le Mexique.»