Philippe Sauvageau, au Salon international du livre de Québec en avril dernier

Le Salon international du livre de Québec congédie son pdg, Philippe Sauvageau

Au terme d’une enquête «rigoureuse et très documentée», le Salon international du livre de Québec (SILQ) a décidé jeudi de congédier son président directeur-général Philippe Sauvageau, visé par des allégations de mauvaise gestion et d’irrégularités dans la gestion des finances de l’organisation.

En entrevue au Soleil, le président du conseil d’administration du SILQ, John R. Porter, a indiqué que la décision avait été prise à la suite d’une enquête approfondie du comité aviseur spécial qui s’est appuyé uniquement «sur des faits, et non des perceptions».

«Après des délibérations de 2h30 du conseil d’administration, il a été décidé à l’unanimité de mettre fin à [l’emploi de M. Sauvageau] avec cause, ce qui signifie qu’il n’est plus payé par le Salon du livre», a fait savoir M. Porter, précisant qu’il y avait eu «beaucoup de surprises et de déconvenues autour de la table» à la lecture du rapport d’enquête de la firme Mallette.

Mauvaises pratiques de gestion, dépenses excessives, situations de conflits d’intérêts, pratique de remboursements à l’encontre des règles comptables, absence de pièces justificatives, achats de biens personnels facturés au Salon, manque de transparence avec le conseil d’administration, autant d’éléments qui ont mené au congédiement de celui qui occupait la tête du SILQ depuis 1998.

«Il s’agit d’un dossier très rigoureux et très solide par rapport à la jurisprudence, ce qui nous rend très confortables», mentionne M. Porter.

Vacances au Bénin

M. Sauvageau avait été suspendu temporairement de ses fonctions à la mi-avril, dans la foulée de révélations du Journal de Québec faisant état de neuf voyages effectués au Bénin dans les 12 dernières années. Ces missions avaient coûté 30 000 $ au SILQ. Tous ces déplacements, avait-il affirmé, avaient comme objectif d’attirer ce pays francophone d’Afrique de l’Ouest au SILQ.

L’enquête a permis de démontrer, selon M. Porter, que la moitié de ces voyages en sol africain l’avaient été «pour des fins de vacances».

À la fin avril, M. Sauvageau s’était farouchement défendu contre les allégations qui pesaient contre lui. «Je tiens à souligner que le comité exécutif du SILQ et son président ont toujours été parfaitement informés de l’ensemble de mes activités à sa tête, y compris tous mes voyages à l’étranger et, bien sûr, de toutes les données financières du SILQ», avait-il alors déclaré, lors d’une conférence de presse où il avait apporté des gants de boxe afin de montrer qu’il avait bien l’intention de se battre avec l’énergie du désespoir afin de prouver sa bonne foi. 

L’avocate de M. Sauvageau, Dominique Bougie, a indiqué jeudi à Radio-Canada avoir reçu le mandat de son client de contester son congédiement. Me Bougie a toutefois refusé d’en dire davantage sur les motifs de la contestation.

M. Porter a fait savoir qu’il avait obtenu une «collaboration correcte» de M. Sauvageau dans le cadre de l’enquête. «Comme il l’avait manifesté, il a été entendu de longues heures.»

Refonte complète

Si à toute chose, malheur est bon, le Salon international du livre entend profiter de cette histoire pour revoir son organigramme afin d’éviter que la situation se répète. Au fil des ans, Philippe Sauvageau avait installé un «système verrouillé et opaque» et dans lequel, à titre de pdg, il «pouvait se prévaloir de toutes les libertés».

«Il avait tous les pouvoirs», poursuit M. Porter. À 79 ans, M. Sauvageau était «plus important» que le président du conseil d’administration. «Il était devenu réfractaire à toute idée de succession ou de relève.»

Pour éviter de nouvelles «dérives», M. Porter estime primordial de procéder à «une refonte complète de toute la structure de gouvernance» du SILQ.

Premier geste en ce sens, le candidat appelé à remplacer M. Sauvageau portera uniquement le chapeau de directeur général. Pour le moment, c’est l’ancien directeur général du Festival d’été, Daniel Gélinas, qui occupe l’intérim.

«J’ai appris avec l’expérience qu’on peut servir des institutions ou s’en servir. On peut dire que M. Sauvageau a servi le Salon du livre, mais qu’il s’en est aussi beaucoup servi», conclut M. Porter.