Les experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ont dévoilé jeudi leur nouvelle modélisation de la pandémie, en présentant deux scénarios, soit un où les gens respectent les mesures de protection telles que la distanciation physique ou les rassemblements restreints et un autre où la population fait preuve d’un relâchement.
Les experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ont dévoilé jeudi leur nouvelle modélisation de la pandémie, en présentant deux scénarios, soit un où les gens respectent les mesures de protection telles que la distanciation physique ou les rassemblements restreints et un autre où la population fait preuve d’un relâchement.

Le risque d’une deuxième vague dès cet été est réel en cas d’indiscipline

MONTRÉAL — Le risque d’une deuxième vague de COVID-19 demeure bien réel, et ce, dès les mois de juillet et août si les Québécois ne suivent pas les consignes de santé publique qui demeurent en vigueur malgré le déconfinement partiel.

Les experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ont dévoilé jeudi leur nouvelle modélisation de la pandémie, en présentant deux scénarios, soit un où les gens respectent les mesures de protection telles que la distanciation physique ou les rassemblements restreints et un autre où la population fait preuve d’un relâchement.

Bien que la situation du Grand Montréal soit plus critique, le docteur Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’INSPQ, souligne que la règle s’applique partout de la même façon: «Moins les gens adhèrent aux mesures de précaution, plus la transmission est capable de remonter, même dans les zones peu touchées. S’il reste du virus et que les gens ne font pas attention, le virus va réussir à trouver des façons de se transmettre.»

«Même dans les régions, si les gens respectent bien les précautions, on ne s’attend pas à une remontée. Si, au contraire, ils baissent la garde en se disant qu’il y a peu de cas, on peut se permettre d’avoir une vie plus libre, ça va mal aller», a-t-il ajouté lors d’une séance d’information technique sur les nouveaux modèles de l’INSPQ.

Voyageurs: soyez «encore plus stricts»

Cela n’a pas empêché le chercheur d’émettre un avertissement plus sévère aux voyageurs - particulièrement montréalais - qui seront tentés d’aller faire du tourisme dans d’autres régions.

«S’il y a un message qui doit être clair, c’est que les gens qui veulent aller dans d’autres régions doivent être encore plus stricts dans leur maintien des mesures de précaution pour ne pas risquer d’éparpiller le virus dans des régions qui en sont actuellement épargnées.»

Les chercheurs se sont refusés à donner des chiffres de prédictions sur le nombre de morts ou d’hospitalisations dans leurs deux scénarios, qui touchent le Grand Montréal. Ces scénarios comprennent dans les deux cas une vaste fourchette de possibilités, mais la médiane de ces possibilités peut à tout le moins servir d’indicateur.

Ainsi, dans le scénario où les gens feraient preuve d’une forte adhésion aux mesures de santé publique, le nombre d’hospitalisations diminuerait progressivement jusqu’à une trentaine par jour en août et le nombre de décès passerait à une quinzaine par jour. Dans un scénario de non-respect des consignes, le nombre d’hospitalisations et de décès quotidiens se remettrait à croître de façon exponentielle, pour atteindre respectivement environ 200 et 45 par jour selon la médiane. Cependant, ces médianes ne reflètent aucunement les meilleures et les pires hypothèses de ces scénarios et de loin, d’où la réticence des chercheurs à les présenter comme des hypothèses plus solides que les autres.

Montréal a réussi à réaliser le scénario optimiste

Malgré tout, les experts notent que la situation dans le Grand Montréal, épicentre de la pandémie, a évolué en suivant le scénario optimiste de leurs derniers modèles, le 7 mai dernier.

Ce scénario optimiste prévoyait une réduction du nombre d’hospitalisations si la population réduisait de 60 % ses contacts, alors que le scénario pessimiste montrait une croissance continue des hospitalisations et décès. Or, les études ont démontré des réductions de contact de 60 % à 63 % et, en plus, leurs scénarios étaient basés sur une réouverture des commerces une semaine plus tôt, telle qu’annoncée à ce moment par le gouvernement Legault, et une réouverture des écoles, qui a été par la suite reportée à septembre prochain.

«Heureusement, nous sommes dans la situation optimiste et de là la différence entre nos prédictions de maintenant et d’il y a quelques semaines», s’est réjoui le professeur Marc Brisson, de l’Université Laval, directeur du Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses.

La suite: tout repose sur les contacts

Leurs travaux montrent qu’avant la pandémie, une personne avait en moyenne 12,2 contacts avec une autre personne par jour, un contact étant défini comme une conversation à moins de deux mètres ou un contact physique comme une poignée de mains ou se faire la bise. Durant la période maximale de confinement, le nombre de ces contacts a chuté à une moyenne de 4,5 personnes par jour, ce qui inclut les contacts à la maison, au travail et dans les commerces.

Dans un scénario idéal, où chaque personne maintiendrait exactement les mêmes consignes, le déconfinement progressif permettrait de maintenir ce nombre de contacts à 4,5 par jour puisqu’une bonne part des nouveaux contacts permis pourrait se faire en respectant les deux mètres de distance et les autres mesures de protection comme les plexiglas en commerce ou les masques.

Cette adhésion à 100 % n’est toutefois pas réaliste, mais les chercheurs font valoir que la pandémie a changé les comportements, au point où même avec 0 % d’adhésion de la part d’une personne, les mesures de protections des autres réduiraient quand même ce nombre moyen à 8 contacts par jour et une adhésion à 50 % se traduirait par une moyenne de 6,5 contacts par jour.

Ces modèles, toutefois, demeurent fragiles et imparfaits. Les chercheurs notent, par exemple, qu’on ne connaît pas encore la saisonnalité du coronavirus, notamment son taux de transmission l’été, et soulignent que leurs modèles, élaborés avec les données allant jusqu’au 26 mai, ne tiennent pas compte du mouvement entre les régions. De plus, le document ajoute qu’ils «sont sensibles à l’incertitude autour des comportements de distanciation lors du retour au travail et à l’école, et à l’autodéconfinement», c’est-à-dire le non-respect par certains individus des règles entourant les rassemblements.