Le retrait du crédit d'impôt lié au transport en commun, «une mesure bas bruns»

Le président du RTC, Rémy Normand, qualifie le retrait du crédit d'impôt fédéral pour les utilisateurs du transport collectif de «très mauvaise mesure», «une mesure strictement comptable» et même «bas bruns».
Le conseiller municipal, qui est aussi responsable du dossier de la mobilité durable, ne s'est pas fait prier pour commenter cette décision contenue dans le dernier budget fédéral. Le crédit d'impôt non remboursable de 15 % disparaîtra le 30 juin. Pour un usager régulier du RTC, cela signifiait une économie d'environ 150 $ par année, soit l'équivalent de presque deux laissez-passer mensuels.
«C'est une très mauvaise mesure, je peux-tu vous le dire? Dans ma perception à moi, c'est une mesure strictement comptable, vraiment comptable et je vais être un peu méchant, mais vraiment bas bruns», a-t-il lancé en marge d'une annonce sur les améliorations de parcours à venir. 
«C'est très mauvais parce qu'il y a une différence fondamentale entre une volonté collective, une volonté politique d'investir dans le transport en commun et un engagement personnel que quelqu'un fait en utilisant le transport en commun. Pour moi, ce crédit-là, c'était une façon de reconnaître quelqu'un qui s'engageait sur le plan individuel à contribuer à réduire les gaz à effet de serre, à pas acheter de deuxième voiture», a poursuivi M. Normand, disant parler à la fois en son nom et celui des usagers. 
Cela dit, il ne craint pas que la mesure, qui permettra au fédéral d'économiser 200 millions $ par année, entraîne une baisse d'achalandage au RTC. Reconnaissant que le crédit d'impôt n'était pas un incitatif «tant que ça» à prendre le transport en commun, le président serait surpris que son abandon devienne un «désincitatif». 
Affront à la classe moyenne
Le directeur général d'Accès transports viables, Étienne Grandmont, considère lui aussi que «c'est un affront à la classe moyenne qui utilise le transport en commun». «C'est un crédit d'impôt qui, oui, quand on le regarde très froidement, ça n'apporte peut-être pas de la nouvelle clientèle, mais en même temps, ce n'est pas un désincitatif à prendre le transport en commun. C'est une façon de récompenser les gens qui font des choix de transport qui sont respectueux de l'environnement», a-t-il fait valoir. 
M. Grandmont aurait à tout le moins aimé savoir ce que le gouvernement du Canada fera de cet argent, avoir l'assurance qu'il sera réinvesti pour développer de nouveaux services ou permettre la mise en place, par exemple, d'une tarification sociale pour les moins nantis.
Justin Trudeau justifie l'abolition
Investir dans les infrastructures est une meilleure façon d'encourager les gens à utiliser le transport en commun qu'un crédit d'impôt, a fait valoir jeudi Justin Trudeau.
Le premier ministre a fourni cette explication au lendemain du dépôt du budget fédéral qui annonçait la disparition du crédit d'impôt pour le transport en commun.
Le gouvernement libéral a décidé de le faire passer à la trappe parce qu'il était «très complexe» et qu'il n'y avait «pas énormément de gens qui en profitaient», a-t-il plaidé en conférence de presse à Toronto.
Par ailleurs, injecter dans de nouvelles infrastructures de transport collectif ou pour l'achat de nouveaux autobus l'argent que l'élimination de ce crédit d'impôt permettra d'économiser est plus sensé, a soutenu Justin Trudeau.
Car avec des réseaux de transport en commun «fiables», un plus grand nombre de gens, «y compris les gens qui ne paient pas d'impôts et qui prennent souvent le transport collectif», se tourneront vers ce mode de déplacement, a-t-il enchaîné.
À la Chambre des communes, jeudi, les partis d'opposition ont sévèrement reproché aux libéraux d'avoir aboli cette mesure instaurée sous le précédent gouvernement conservateur de Stephen Harper.
«Pourquoi avoir aboli ce crédit? On dit qu'il était petit et peu utilisé. Raison de plus pour ne pas l'abolir», a souligné le chef adjoint du Parti conservateur, Denis Lebel.
Le leader du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a plus tard accusé le gouvernement d'avoir épargné les «riches» dans son budget tout en décidant de «scrapper» le crédit d'impôt pour le transport collectif.
Objectifs non atteints
Selon le budget déposé mercredi par le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, la mesure fiscale a été supprimée parce qu'elle n'atteignait tout simplement pas les objectifs poursuivis.
«Les données disponibles semblent indiquer que ce crédit est inefficace pour encourager l'utilisation du transport en commun et réduire les émissions de gaz à effet de serre», est-il écrit dans le document.
Selon des données fournies jeudi soir par le ministère des Finances, l'abolition du crédit d'impôt permettra au gouvernement de générer des économies d'environ 1 milliard $ d'ici 2021-2022 (150 millions $ pour 2017-2018, 205 millions $ pour 2018-2019, 210 millions $ pour 2019-2020, 220 millions $ pour 2020-2021 et 225 millions $ pour 2021-2022).
Toujours d'après les informations du ministère, environ 1,8 million de particuliers avaient demandé ce crédit en 2014.
Le crédit d'impôt ne sera plus en vigueur à compter du 30 juin 2017, selon ce qui est prévu au budget Morneau.
Son élimination s'inscrit dans le cadre du ménage fiscal amorcé par les libéraux.
«Le gouvernement demeure résolu à établir un régime fiscal équitable qui profite à la classe moyenne et à ceux qui travaillent fort pour en faire partie», est-il écrit dans le budget. La Presse canadienne