Les deux silos de l’anse aux Foulons avaient été construits dans la hâte en 2013. Les premiers chargements de granules de bois étaient attendus à l’automne 2014, mais ont commencé avec plusieurs mois de retard. Depuis plus d’un an, les livraisons avaient cessé et l’entreprise a fait faillite.

Le retour des granules à l’anse au Foulon

Les livraisons de granules de bois ont repris à l’anse au Foulon. Ce sont des producteurs québécois qui testent désormais les immenses silos blancs, construits dans l’urgence en 2013 pour une entreprise ontarienne ayant fait faillite depuis.

Depuis quelques semaines, des camions vont décharger des granules tous les jours dans un garage prévu à cette fin à côté des dômes. L’aire de livraison a dû être repensée, car il était prévu que la marchandise arrive par train. Un entonnoir en bois a été fabriqué pour faire tomber les granules dans le convoyeur, qui les redirige dans les silos, d’une capacité de 37 500 tonnes chacun, situé entre le boulevard Champlain et le fleuve Saint-Laurent.

«C’est le même genre de principe [qu’avec Rentech] : on fait le transbordement et éventuellement ça part vers l’Europe», nous a expliqué le président et chef de la direction de QSL, Robert Bellisle, lors d’une récente visite des lieux. Celui-ci ne peut dire à quelle fréquence il sera possible de remplir un navire, mais il en a programmé un prochainement. 

Le contrat initial avec l’entreprise ontarienne Rentech prévoyait l’arrivée de trois convois de 25 wagons par semaine, puis le transbordement mensuel des granules dans des navires à destination du Royaume-Uni pour alimenter des centrales thermiques. Les premiers chargements étaient attendus à l’automne 2014, mais ont commencé avec plusieurs mois de retard. La régularité espérée et les 400 000 tonnes promises annuellement n’ont jamais été au rendez-vous. Depuis plus d’un an, les livraisons avaient complètement cessé. 

M. Bellisle assure qu’il y a toujours eu de l’espace pour les granules d’autres producteurs dans les silos : «Même dans l’entente avec Rentech, on avait des clauses où on pouvait manutentionner pour d’autres personnes.» 

La faillite du principal fournisseur ayant été confirmée, les discussions ont progressé avec les producteurs locaux ces derniers mois. «Aujourd’hui, on peut redémarrer sans contraintes. Les clients étaient en attente de ça», dit le grand patron de QSL. 

S’il ne peut donner l’identité des nouveaux venus pour des raisons de confidentialité, celui-ci indique que ce sont des entreprises québécoises. 

Selon nos informations, c’est le courtier international Ekman, spécialisé dans les produits forestiers, qui rassemble des quantités excédentaires de granules pour les expédier outre-mer. L’entreprise Energex, de Lac-Mégantic, qui a déjà exporté à partir de Québec, a embarqué dans l’aventure. D’autres doivent suivre. 

John Arsenault, directeur du groupe granules de bois pour le Bureau de promotion des produits du bois du Québec, est enchanté de ce développement, surtout que le marché local des sacs en quincaillerie tourne au ralenti actuellement. M. Arsenault croit possible de régler ainsi les problèmes de surcapacité des producteurs québécois et d’exporter à terme 100 000 tonnes annuellement. C’est environ 20 à 30 % de ce qui sort des usines. 

Le président et chef de la direction de QSL, Robert Bellisle, assure qu’il y a toujours eu de l’espace pour les granules d’autres producteurs que Rentech dans les silos.

Pas assez

Selon des observateurs du secteur qui ne veulent pas être identifiés, ce n’est toutefois pas suffisant pour rentabiliser les silos, dont la capacité est de loin supérieure. 

Le terminal de granules de bois de l’anse au Foulon a coûté 25 millions $ à construire. Pour assurer la sécurité des installations, chaque silo est doté d’équipements de contrôle des poussières et de la température avec aspirateur, aérateur et extincteur. Un système de chargement des navires qui se déplie et se déplace permet de charger toutes les cales du navire sans avoir à le bouger sur l’eau. 

M. Bellisle continue de penser que c’est un «excellent actif» pour QSL et le port de Québec et qu’il y aura «une demande importante» au cours des prochaines années. 

Mario Girard, président-directeur général de l’Administration portuaire de Québec (APQ), a déjà indiqué que les dômes pourraient être recyclés pour manutentionner d’autres marchandises.

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UN NOUVEAU NOM POUR RAYONNER PLUS LOIN

Arrimage Québec veut désormais se faire appeler QSL pour Quebec Stevedoring Limited (QSL). La compagnie mère, dont le siège social est aussi situé à Québec, a décidé d’imposer son nom à toutes ses antennes dans une trentaine de ports en Amérique du Nord. Cela pour plus d’uniformité et faire rayonner davantage la marque. 

L’entreprise a également un nouveau président et chef de la direction. Robert Bellisle a pris la relève de la famille fondatrice Dupuis, qui reste présente au niveau de l’actionnariat et du conseil d’administration. 

Ancien d’ArcelorMittal, le gestionnaire a de grandes visées pour QSL. «On veut être la référence nord-américaine. On veut continuer à croître et améliorer nos processus. On veut être un excellent partenaire d’affaires et un excellent partenaire social», résume-t-il. 

Confronté aux critiques entendues ces dernières années, qui concernent surtout la pollution atmosphérique liée au transbordement de vrac solide, il réplique que l’entreprise est sérieuse dans ses efforts de mitigation et va plus loin dans la prévention à Québec que partout ailleurs. Il met également de l’avant le fait que c’est une entreprise en croissance «qui crée de bons emplois». Environ 300 travailleurs se trouvent à Québec sur un total de 1360. 

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DE L'INTÉRÊT POUR LE TERMINAL DE CONTENEURS

QSL, plus important locataire du port de Québec, ne dit pas non à l’opération d’un éventuel terminal de conteneurs à la baie de Beauport, mais confesse avoir peu d’expérience en la matière. 

«On ne fermera jamais les portes à ce genre de développement là. Il faut que ça fasse partie d’un alignement avec l’évolution de nos entreprises et les différents projets sur lesquels on travaille», dit le président Robert Bellisle. 

Celui-ci ne se prononce pas sur la viabilité du projet préparé par l’Administration portuaire de Québec (APQ) car il ne l’a pas vraiment étudié encore. Selon lui, la première étape, la plus importante pour le Port, est de trouver des entreprises maritimes prêtes à transborder leurs conteneurs à Québec. 

Actuellement, il y a bien des conteneurs qui transitent à l’anse au Foulon, mais les volumes sont faibles. Ces conteneurs sont remplis d’équipements et de marchandises destinés aux mines du nord du Québec. Ce n’est pas de l’import-export comme ce qui est visé pour Beauport 2020. 

M. Bellisle rappelle également qu’il y a de bonnes possibilités de croissance dans le vrac solide, spécialité de QSL à Québec.