Francine Bédard, brigadière scolaire à Sainte-Foy, aimerait que les cyclistes et les automobilistes ralentissent et se responsabilisent quant aux conséquences de leur comportement sur la route.

Le ras-le-bol d’une brigadière

Francine Bédard est brigadière depuis 39 ans au coin du chemin Sainte-Foy et de l’avenue Marguerite-Bourgeoys. Elle a fait traverser plusieurs générations d’enfants et de parents.

Elle adore son métier : prendre des nouvelles des gens le matin, leur souhaiter bonne journée et, surtout, s’assurer qu’ils franchissent l’intersection en sécurité, en allant ou en revenant de l’École internationale de Saint-Sacrement.

Mais à bientôt 72 ans, Mme Bédard devient de moins en moins patiente avec les impatients de la route. Et, en cette rentrée, elle aimerait qu’ils retiennent au moins un message : «Ralentissez!»

Chaque matin, la brigadière voit des automobilistes qui roulent bien au-delà de la limite de vitesse de 30 km/h dans cette zone scolaire.

«On dirait qu’ils sont toujours pressés», dit-elle. «Ils sont pressés de s’en aller à la maison, ils sont pressés d’aller travailler, ils sont pressés d’aller dîner.»

Derrière elle, pendant qu’elle fait traverser des enfants, des automobilistes tournent fréquemment à droite sur le feu rouge, ce qui est interdit à cette intersection.

«S’il y a un enfant qui me passe dans le dos, je n’ai pas des yeux tout le tour de la tête. Je le sais qu’il y a des enfants, je les vois, je les entends. Par contre, j’ai peur à un moment donné qu’ils m’en accrochent un.»

Parfois, des conducteurs brûlent même un feu rouge en ligne droite alors que la brigadière s’apprête à traverser la rue avec des enfants.

«Quand je vois qu’il arrêtera pas, je mets ma main de même et je dis aux enfants : “Bougez pas”!»

Les cyclistes ne sont pas moins délinquants. Tellement que Francine Bédard travaille avec un sifflet. «Il y a des matins où j’avais 50 vélos en 45 minutes. Des fois, ils arrivaient à coup de dix, à coup de trois. Et ils passaient à travers les enfants. Et là, je sifflais.»

Souvent, dans ce secteur près de l’Université Laval et des cégeps Garneau et de Sainte-Foy, des cyclistes foncent à vive allure avec des écouteurs sur les oreilles et ne s’arrêtent pas à l’intersection. Certains textent même au guidon.

Plusieurs fois, elle a dû retenir des enfants pour éviter qu’ils se fassent percuter par des cyclistes. «Il faut que je le ramasse [l’élève], parce que je le sais qu’il [le cycliste] n’arrêtera pas», dit-elle.

Insultes des automobilistes

Mme Bédard trouve que certains usagers de la route sont même «méchants». Elle se fait parfois klaxonner par des automobilistes anxieux d’avancer, devant lesquels elle avait brandi sa pancarte Arrêt pour faire traverser les élèves. Elle s’est déjà même fait envoyer promener.

«Les gens ne pensent pas aux conséquences» de leur comportement sur la route, dit-elle. «On dirait qu’ils pensent qu’on est une nuisance.»

Francine Bédard n’est pas la seule à en avoir ras-le-bol des délinquants de la route. Comme présidente de la section locale 1179 du Syndicat canadien de la fonction publique, elle représente les brigadiers scolaires de la capitale. Ponctuellement, elle les rencontre.

«Ils me disent : “Les gens ne sont pas polis, les gens nous écœurent”», dit-elle. 

Dans certains quartiers, des brigadières se font carrément insulter. Des collègues ont rapporté à Mme Bédard qu’elles s’étaient fait dire : «“Grosse câlisse, tasse-toi dans la rue’’»; “Si je débarque, je vais te fourrer mon doigt dans le derrière’’.»

Les insultes de ce genre ne sont pas généralisées, indique Francine Bédard. Mais elles se produisent assez souvent pour que des brigadières s’en préoccupent.

Mme Bédard souhaiterait que les gens usagers de la route démontrent plus de respect envers le travail des brigadiers. Qu’ils partent d’avance pour être moins pressés, prennent la peine d’observer la signalisation attentivement et se souviennent que leur rôle est de protéger la vie des enfants.

Francine Bédard se rappelle d’avoir rabroué un conducteur délinquant. «Si c’était vos enfants, monsieur, qui se faisaient frapper, et qu’il y avait une brigadière au coin de la rue, vous diriez quoi? lui a-t-elle demandé. J’espère que vous ne diriez pas qu’elle n’a pas d’expérience.»

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LES BRIGADIERS À QUÉBEC

  • Nombre postes de brigadiers : 197
  • Quarts de travail: matin, dîner, retour du dîner, fin de classes 
  • Heures par semaine : entre 7h30 et 15h 
  • Salaire : 22,47 $ de l’heure 
  • Employeur : Ville de Québec 
  • Source : Syndicat canadien de la fonction publique