La vérificatrice générale du Québec Guylaine Leclerc
La vérificatrice générale du Québec Guylaine Leclerc

Le Québec fait preuve de laxisme avec son patrimoine immobilier, selon la VG

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
QUÉBEC - Les édifices ayant une valeur patrimoniale sont trop souvent laissés à eux-mêmes, se détériorant au fil des ans, victimes de la négligence du ministère de la Culture, constate la vérificatrice générale dans un rapport accablant rendu public mercredi.

Le ministère de la Culture ne prend pas ses responsabilités, manque de leadership et n’a aucune vision claire de son rôle dans la sauvegarde du patrimoine immobilier, selon Guylaine Leclerc, qui a remis son rapport annuel 2020-2021 à l’Assemblée nationale.

Le document de 300 pages fait état du laxisme du gouvernement quand vient le temps de classer et protéger les édifices patrimoniaux du Québec.

Un exemple: 20 pour cent des demandes de classement d’édifices sont à l’étude au ministère depuis plus de 10 ans, un délai jugé «démesuré». Le ministère a été incapable de dire pourquoi, tout comme il a été incapable de donner une idée juste de la valeur patrimoniale du parc immobilier des organismes qui relèvent de lui.

Québec classe les immeubles présentant un «intérêt national». Or, cet intérêt national n’a jamais été défini, déplore la vérificatrice. De plus, le gouvernement ne donne pas l’exemple: il ne maintient pas en bon état des immeubles qui sont classés.

Pourtant, l’État ne peut pas se dégager de cette responsabilité, soutient-elle. «À titre de propriétaire d’immeubles ayant une valeur patrimoniale, l’État se doit de montrer l’exemple dans un domaine où l’adhésion collective s’avère cruciale», écrit Mme Leclerc.

En 2014, le ministère s’était pourtant engagé notamment à inspecter les bâtiments classés, au moins tous les quatre ans, pour connaître leur état. Dans 40 % pour cent des cas, cela n’a pas été fait, a calculé la vérificatrice.

Le ministère dirigé par Nathalie Roy confie par ailleurs aux municipalités une part importante de la responsabilité de sauvegarder le patrimoine immobilier du Québec, mais sans leur fournir les outils ni le soutien requis pour s’acquitter de cette tâche exigeante.

Le rapport énumère certains exemples du laxisme du ministère, dont le cas de l’ancienne centrale hydroélectrique des Cèdres, dans la région de Montréal. Le bâtiment classé est vacant et se détériore depuis plus de 20 ans. Le ministère a pourtant attendu 2019 pour entreprendre des travaux de restauration.

Données confidentielles

Par ailleurs, le rapport de la vérificatrice porte aussi sur des manquements observés à la Régie de l’assurance maladie (RAMQ) et Retraite Québec, en matière de protection informatique des données confidentielles. La vérificatrice recommande d’améliorer les contrôles et les mesures de sécurité.

La vérificatrice revient une fois de plus à la charge pour relater aussi des ratés dans la gestion contractuelle au ministère des Transports. Elle note l’importante pénurie d’ingénieurs au ministère, de même que le manque de rigueur dans l’estimation des coûts des travaux à effectuer. Près de la moitié (44%) des contrats de construction octroyés ont été surévalués ou sous-évalués de 10 % ou plus.