Selon Mario Girard, pdg du Port de Québec, il est «injuste» de dire que son administration n’accorde pas d’importance au respect de l’environnement.

«Le port de Québec n’empoisonne pas Limoilou», répète Mario Girard

Le port de Québec n’empoisonne pas Limoilou. C’est le mantra que le pdg Mario Girard a répété sur tous les tons devant le tribunal. Surtout sur un ton excédé.

Les autorités portuaires ont beau être en défense au procès en recours collectif intenté par Véronique Lalande et Louis Duchesne, Mario Girard était en mode combat mardi, au palais de justice de Québec. Il n’hésite pas à parler «d’histoire d’horreur» et «d’attaques nucléaires» contre le Port.

Celui qui mène la barque de l’administration portuaire de Québec depuis janvier 2011 dit avoir bien vécu l’épisode de la poussière rouge en octobre 2012. La source (la manutention d’oxyde de fer) a été rapidement identifiée et les citoyens devaient être indemnisés pour les inconvénients, assure Mario Girard.

«Inacceptable»

Le deuxième recours sur les poussières excessives, qui couvrent une période allant de 2010 à 2019, l’irrite visiblement au plus haut point.

«On a réussi à ancrer dans Limoilou la perception que la poussière du Port de Québec empoisonnait les gens alors que ce n’est pas vrai, grommelle le pdg du Port. On ne peut pas générer de la peur alors que des informations scientifiques disent le contraire. Ça devient inacceptable et irresponsable!»

Les experts scientifiques engagés par le Port de Québec et la Compagnie Arrimage Québec (l’autre partie défenderesse) témoigneront en novembre devant le juge Jacques G. Bouchard de la Cour supérieure.

Selon le pdg Mario Girard, ils viendront expliquer que seulement 3 % des poussières retrouvées dans Limoilou viennent des activités du Port de Québec. «Une quantité négligeable et infinitésimale», répète le grand patron du port.

Les stations de mesure des poussières ont démontré qu’en huit ans, les normes de concentration en métaux lourds ont été dépassées seulement huit fois, note Mario Girard. Et pas par la faute du Port nécessairement; il y a plusieurs industries dans Limoilou, fait remarquer le pdg.

Est-ce qu’on peut avoir une nuisance même si une norme environnementale est respectée, a voulu savoir Me Philippe H. Trudel, l’un des avocats des demandeurs. Non, dit le pdg.

Il est très «injuste», estime Mario Girard, de dire que le Port de Québec n’accorde pas d’importance au respect de l’environnement et de la collectivité. 

Depuis six ans, des mesures de mitigation très efficaces, dit le pdg, ont été mises en place par le Port et ses partenaires comme la CAQ; 75 caméras surveillent le terminal, des inspecteurs sont sur le terrain et une vingtaine de canons à eau sont utilisés, énumère, à titre d’exemples, Mario Girard.

En 2013, le ministère de l’Environnement avait donné un avis de non-conformité au Port de Québec après un épisode de poussière de nickel dans Limoilou. 

Le système de transbordement étanche du nickel indiqué dans l’avis provincial ne s’est pas matérialisé depuis.

Il serait complètement inutile de faire plus d’activités de déchargement à couvert, croit Mario Girard, puisque très peu de poussières du Port migrent vers la population.

En 2015, à l’hôtel de Ville de Québec, le pdg disait aux élus que construire de tels entrepôts coûterait des centaines de millions de dollars et nuirait à la compétitivité du Port de Québec, un acteur économique majeur.

Pas d’autre incident «incommodant»

Opérer un terminal de vrac solide sans qu’il y ait d’émanation de poussière est illusoire, convient Mario Girard. «On vise à ce qu’il y en ait le moins possible, mais il y en aura toujours.»

Aucun incident de poussière n’a toutefois eu d’impact sur la communauté depuis l’épisode de poussière rouge d’octobre 2012, assure Mario Girard.

Aucun? insiste Me Philippe H. Trudel.

Quelques épisodes de poussière de charbon en direction de Lévis ont été rapportés, finit par dire M. Girard. «Vous n’avez pas pensé que la poussière pouvait aller dans d’autres directions? rétorque MTrudel.

La directrice de l’environnement chez CAQ, Ianie Thomassin a témoigné au procès il y a quelques jours.

Elle a dressé une liste de 14 incidents de poussière dans les installations de CAQ au Port de Québec entre 2013 et juin 2017. Par exemple, le 16 décembre 2013, des poussières ont été observées sur les glaces, près d’un navire amarré. Le 29 décembre 2013, des particules ont été emportées par les vents forts vers la ville lors d’un déchargement de boulettes de fer. En mai 2014, un nouveau nuage de poussière rouge a pris la direction de Limoilou.