La Ville de Québec a exprimé à deux reprises son intention de faire reconnaître la valeur patrimoniale du pont de Québec par l'UNESCO. 

Le pont de Québec passe son tour à l'UNESCO

L'administration Labeaume a renoncé à faire inscrire le pont de Québec sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO, invoquant l'opposition du CN, propriétaire de l'ouvrage bientôt centenaire. Le train est passé : il faudra attendre dix ans pour soumettre de nouveau le dossier.
La Ville de Québec a exprimé à deux reprises son intention de faire reconnaître la valeur patrimoniale du pont de Québec par l'UNESCO. Achevé en septembre 1917, il est le pont de type porte-à-faux (cantilever) ayant la plus longue portée au monde. Il a été désigné Lieu historique national du Canada en 1995. Cela n'empêche pas la rouille de progresser sur la structure d'acier en l'absence de travaux de peinture maintes fois réclamés.
Le premier plaidoyer de la Ville remonte à la fin de 2014. La vice-présidente du comité exécutif, Julie Lemieux, avait lancé les démarches en plein conseil municipal. «Le pont de Québec, c'est plus qu'un pont, c'est un symbole de réussite qui a le potentiel de devenir notre icône à nous, à l'image de la tour Eiffel à Paris ou de la statue de la Liberté à New York», avait-elle déclaré, convaincue que la structure métallique avait tout pour mériter une reconnaissance internationale.
«Si on peut culpabiliser encore plus nos amis du CN, ça va nous faire plaisir», avait ajouté le maire Régis Labeaume, souhaitant forcer le propriétaire à repeinturer le pont après une tentative avortée dans les années 2000.
Les élus municipaux avaient ensuite appris qu'il fallait d'abord se frayer un chemin sur la liste indicative des sites canadiens suggérés à l'UNESCO, mise à jour aux dix ans environ. Idéalement, il fallait aussi obtenir l'accord du propriétaire du pont. Le projet avait donc été laissé en suspens.
En août dernier, le gouvernement du Canada a finalement lancé un appel de propositions pour des «endroits exceptionnels» pouvant aspirer au titre de site du patrimoine mondial. Le maire Labeaume a réagi en disant qu'il ne «détesterait pas» tenter le coup pour le pont de Québec. «On va l'essayer, je pense. On regarde ça», a-t-il déclaré.
Les promoteurs avaient jusqu'à la fin du mois de janvier pour présenter un dossier. Parcs Canada a confirmé au Soleil avoir reçu 41 propositions «avec une bonne représentation de sites partout au pays», sans toutefois donner de noms. Au Québec, on sait que l'île d'Anticosti et le fjord du Saguenay sont candidats. Les gagnants seront dévoilés plus tard cette année.
Pas de feu vert du CN
Vérification faite auprès du cabinet du maire, aucun dossier n'a été soumis par la Ville de Québec. «On ne serait même pas capable de le faire parce qu'on n'a pas le OK du propriétaire», a spécifié Paul-Christian Nolin, attaché de presse.
Le CN a indiqué au Soleil qu'il n'a pas été consulté officiellement sur la procédure. Son porte-parole, Jonathan Abecassis, a toutefois admis que l'entreprise n'était pas chaude à l'idée. «Nous avons toujours soutenu qu'il appartiendrait aux futurs propriétaires de mettre en valeur l'aspect patrimonial et le potentiel touristique du pont», a-t-il déclaré.
M. Abecassis a ajouté que «le rapport Mallette donne des pistes de solution quant à une structure de gouvernance qui s'inscrit dans l'optique de notre position, laquelle demeure inchangée».
Dans sa proposition de modèle d'affaires et de gouvernance pour le pont de Québec, la Chambre de commerce et d'industrie de Québec (CCIQ) et son alliée, la firme comptable Mallette, ont en effet suggéré de créer deux nouveaux organismes à but non lucratif pour s'occuper de la structure. L'un en deviendrait propriétaire et en ferait l'entretien. L'autre en ferait la promotion.
Dans tous les cas, une reconnaissance de l'UNESCO est souhaitée pour faciliter le financement et attirer des touristes. Citant une étude réalisée en 2007, la Chambre calcule que le statut de site du patrimoine mondial et une offre touristique en conséquence pourrait augmenter de 3 % le tourisme dans la région de Québec. À terme, cela signifierait 40 millions$ de retombées économiques supplémentaires annuellement.