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Le point sur le «pot» légal, deux ans après
Le point sur le «pot» légal, deux ans après
Archives La Presse
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Pas de hausse de consommation de cannabis chez les jeunes

Myriam Arsenault
Myriam Arsenault
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Est-ce que la légalisation du cannabis au pays a entraîné une hausse marquée de consommation chez les jeunes ? Les scientifiques semblent croire que non, autant chez les jeunes adultes que chez les adolescents, et ce, d’après les enquêtes réalisées au cours des deux dernières années.

Dr Richard Bélanger est pédiatre et médecin à l’adolescence. Il s’occupe des jeunes âgés de 12 à 21 ans au Centre mère-enfant Soleil de l’Université Laval et est chercheur clinicien principal au CHU de Québec.

En entretien téléphonique, Dr Bélanger admet qu’il n’est pas facile d’établir un constat deux ans seulement après la légalisation du cannabis au Canada.

Tout de même, il souligne que depuis la légalisation, il n’y a pas eu une hausse marquée de la consommation chez les jeunes. La dernière augmentation remonte plutôt au début des années 2000. « Il n’y a pas d’éléments extrêmement flagrants à l’intérieur de la littérature où on dit qu’il y a une énorme hausse récente de la consommation », rapporte-t-il.

Selon lui, la légalisation n’a pas eu l’effet, non plus, de banaliser les dangers de la consommation. Dans un récent projet de recherche, Dr Bélanger note que les trois quarts des adolescents interrogés perçoivent le cannabis comme une substance nuisible pour la santé lorsqu’elle est consommée régulièrement. Les mêmes répondants estiment que le tabac est plus nuisible que le cannabis.

« C’est sûr qu’il y a maintenant de jeunes consommateurs qui peuvent s’approvisionner d’une manière légale et, au moins, le faire hors du marché noir. Pour des consommateurs, ça peut représenter un changement très important », continue le chercheur.

Ainsi, les jeunes consommateurs savent ce qu’il y a dans le produit et n’encouragent pas le marché illégal, ajoute Dr Bélanger. Et les adolescents qui n’ont pas accès à cette option voient tout de même les informations et les campagnes de sensibilisation sur les risques de la consommation.

Dr Bélanger ne croit toutefois pas que la légalisation a permis d’enlever la drogue des mains de ces jeunes, ce qui était un des objectifs du gouvernement.

Méconnaissance des dangers

Dr Louis Richer remarque lui aussi que la légalisation du cannabis n’a pas entraîné un changement majeur chez les jeunes. Le professeur et chercheur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), dont les cours touchent majoritairement la psychopharmacologie, soutient que la légalisation a dû attirer quelques personnes, mais n’a pas créé pour autant une vague de nouveaux consommateurs.

Dr Richer s’inquiète davantage de la méconnaissance des dangers de l’usage de cannabis à un jeune âge, surtout chez les garçons. « Dans le cadre de mes recherches, avec des numérisations de cerveaux, nous nous sommes rendu compte que les garçons qui ont un cortex plus mince sont davantage susceptibles de développer des troubles de santé mentale de type psychotique, ce qui peut mener à la schizophrénie, ce qui est irréversible », explique-t-il.

D’autres facteurs génétiques, familiaux et environnementaux peuvent aussi augmenter le risque.

Le chercheur est convaincu qu’il est important pour les jeunes de connaître ce risque, car la légalisation peut amener une banalisation des dangers de la consommation. « Ça reste une substance qui n’est pas inoffensive. Je ne suis pas là pour dire que c’est dangereux, mais plutôt pour dire les problèmes que vous pourriez rencontrer », laisse tomber le chercheur.