En conférence de presse pour annoncer la réforme du Fonds vert mardi, le ministre de l’Environnement Benoit Charette a refusé de dresser une courte liste de projets qui pourraient obtenir des sommes provenant de ce qui sera rebaptisé le Fonds d’électrification et de changements climatiques.

Le nouveau Fonds vert pourrait contribuer au troisième lien [VIDÉO]

Une fois le Fonds vert réformé, le gouvernement du Québec ne ferme pas la porte à ce qu’il serve en partie à financer la construction d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis, par exemple pour la voie réservée au transport en commun.

Questionné par Le Soleil sur cette éventualité, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) est resté vague. «Il est vraiment trop tôt pour confirmer ou infirmer une telle chose. Les programmes et modalités ne sont pas encore précisés», indique Louis-Julien Dufresne, attaché de presse du ministre de l’Environnement Benoit Charette, dans un échange de textos. 

En conférence de presse pour annoncer la réforme de ce fonds mardi, le ministre Charette a refusé de dresser une courte liste de projets qui pourraient obtenir des sommes provenant de ce qui sera rebaptisé le Fonds d’électrification et de changements climatiques. «Le [nouveau] Fonds vert sera l’outil par excellence pour nous permettre de réaliser notre plan d’action. Le plan d’action n’étant pas encore défini, c’est difficile de dire qu’est-ce qui serait financé et qu’est-ce qui ne le serait pas», indique M. Charette. 

Chose certaine, l’accent sera mis sur l’électrification des transports, des bâtiments et des industries. Le transport en commun devrait également profiter de ce fonds, qui finance déjà la construction ou l’aménagement de voies réservées aux autobus. «On veut en faire un outil important de développement économique, tout en ayant naturellement cette vision pour la réduction de nos gaz à effet de serre», avance M. Charette.

Le plan de réduction des gaz à effet de serre du gouvernement, qui fera l’objet d’une consultation publique, devrait être complété et connu au début de l’année 2020. À ce moment-là, le projet de loi abolissant le conseil de gestion du Fonds vert devrait aussi être adopté, ce qui donnera le pouvoir à M. Charette ou à ses successeurs de choisir les projets qui seront financés par le Fonds d’électrification et de changements climatiques. Celui-ci affiche à l’heure actuelle des surplus de 1,3 milliard $. 

Pas «d’ingérence politique»

Le ministre Charette affirme qu’il n’y aura pas «d’ingérence politique» possible dans les décisions, parce que le ministre pourra compter sur un comité-conseil, dont les rapports seront rendus publics. Si un ministre décide de ne pas suivre les conseils de son comité, il devra être questionné sur les raisons qui l’ont poussé à agir ainsi et devient «imputable», dit-il. 

Rappelons que la CAQ s’est engagée à commencer la construction d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis d’ici les élections de 2022. «Il est essentiel que ce troisième lien inclue des voies de transport collectif», a écrit le parti dans sa plate-forme électorale régionale. 


« Le [nouveau] Fonds vert sera l’outil par excellence pour nous permettre de réaliser notre plan d’action. Le plan d’action n’étant pas encore défini, c’est difficile de dire qu’est-ce qui serait financé et qu’est-ce qui ne le serait pas »
Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette

En mai 2018, le chef de la CAQ François Legault avait soutenu devant la Chambre de commerce de Lévis que le projet de construction d’un troisième lien était bon pour l’environnement et pour la réduction des gaz à effet de serre. 

«Le troisième lien, c’est un projet économique où on respecterait davantage l’environnement si on l’avait. Quand un entrepreneur de Beauport veut rencontrer un acheteur à Lévis, ben il fait le grand tour du fer à cheval, il brûle de l’essence et il pollue», avait soutenu M. Legault.

La CAQ a également souvent critiqué la gestion du Fonds vert, dont les sommes ont parfois été attribuées à des projets qui n’ont pas d’effet sur la réduction des gaz à effet de serre.

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L’ABOLITION DE TRANSITION ÉNERGÉTIQUE QUÉBEC DÉCRIÉE

La Coalition avenir Québec abolit Transition énergétique Québec (TEQ), une société d’État née il y a un peu plus de deux ans et pilotée par Johanne Gélinas, ex-commissaire fédérale sur l’environnement et le développement durable.

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Jonatan Julien a dit vouloir éviter «le dédoublement administratif» en procédant à ce changement, annoncé en même temps que la réforme du Fonds vert. 

Aucun employé ne perdra toutefois son emploi dans cette réorganisation : tous continueront à travailler au sein du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, qui reprend le contrôle de tous les programmes d’efficacité énergétique. 

M. Julien a précisé qu’il ne s’agit pas d’un désaveu à l’égard de Mme Gélinas, qui a dirigé TEQ «avec brio et avec tout un leadership», a-t-il souligné. «Nous continuerons, elle et moi, à travailler ensemble.»

 «Une aberration»

Pour Greenpeace toutefois, l’abolition de TEQ constitue «une aberration» et «un recul important». «On ne comprend pas pourquoi on abolit l’instance la plus crédible au Québec en transition énergétique. On lui coupe les ailes au lieu de souffler dans ses voiles», dénonce le porte-parole Patrick Bonin. 

M. Bonin s’inquiète de la «politisation» des décisions qui seront prises dans le futur, étant donné que le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles «a un penchant naturel vers le développement économique». 

«Dissoudre TEQ va à l’encontre de la science qui, à la lumière des expériences internationales, conclut qu’une agence indépendante forte est préférable à un bureau intégré à un ministère où l’ingérence politique et la lourdeur administrative risquent de fortement plomber son efficacité en plus de limiter ses possibilités», ajoute-t-il.