Le nouveau directeur général de l’École nationale d’administration publique (ENAP) Guy Laforest souhaite «empêcher le cynisme de s’étendre dans la population».

Le nouveau directeur de l'ENAP veut insuffler la passion aux fonctionnaires

Celui qui dirige la principale école pour les fonctionnaires au Québec a créé la surprise à la rentrée en parlant de poésie aux étudiants. Parce qu’il croit que la fonction publique ne doit pas être «froide et impersonnelle». Plutôt «engagée et passionnée».

Entré en fonction à la mi-août, le nouveau directeur général de l’École nationale d’administration publique (ENAP) Guy Laforest souhaite «empêcher le cynisme de s’étendre dans la population». «En étant engagés, en étant inspirés, en étant dévoués, non seulement les fonctionnaires font bien leur travail, mais, en plus, ils encouragent les citoyens à développer une fierté des services publics et à agir eux-mêmes de façon responsable.»

En entrevue au Soleil, M. Laforest explique que pour atteindre cet objectif, l’ENAP doit se remettre au service des hauts mandarins de l’État et les aider «à se tirer eux-mêmes vers le haut». 

«Je veux prendre mon bâton pèlerin et monter à pied au Complexe G», illustre-t-il. Le dg a déjà amorcé une série de rencontres avec des sous-ministres influents du gouvernement du Québec pour mesurer leurs besoins en formation continue. «Je veux les convaincre que pour les cinq prochaines années, ils vont avoir un partenaire fiable, privilégié et attentif à leurs besoins.»

Selon lui, l’université qu’il dirige doit s’adapter aux besoins actuels, alors que les fonctionnaires doivent avoir, en contrepartie, une oreille attentive pour les meilleures pratiques de gestion. «On ne veut pas développer la fonction publique du 21e siècle tout seul dans notre cour, avec des modèles théoriques.»

Pendant près de 30 ans, Guy Laforest a été professeur de sciences politiques à l’Université Laval. Il a également été président de l’Action démocratique du Québec (ADQ) entre 2002 et 2004. Alors que certains de ses collègues de l’époque souhaitaient supprimer des postes de fonctionnaires, M. Laforest dit avoir toujours été un «humaniste pragmatique». «Quand j’étais dans l’ADQ, j’ai été extrêmement critique du mode de pensée libertarien, où l’État est presque inexistant.»

Fonction publique lucide et revisitée

À 62 ans, M. Laforest voit dans son mandat de cinq ans l’opportunité «de mettre en œuvre» ce qu’il étudie depuis de nombreuses années, soit l’efficacité d’une fonction publique qui est proche des citoyens et lucide quant à ses propres programmes. 

Lorsqu’on lui demande de commenter le mandat de son prédécesseur, Nelson Michaud, qui s’est retiré après avoir provoqué du mécontentement au sein des troupes, M. Laforest soutient que «le passé l’intéresse peu». Il ne veut pas commenter non plus le bulletin des différents ministères du gouvernement du Québec préparé par la revue L’Actualité. Ce palmarès publié il y a quelques jours révèle que plusieurs ministères naviguent dans le brouillard, sans plan stratégique. 

«Je me considérerai une obligation de résultat ou une certaine responsabilité face à ce que ça sera dans cinq ans», lance-t-il.

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Gatineau, le campus «négligé»

L’ENAP détient trois campus : à Montréal, à Québec et à Gatineau. Guy Laforest constate que les ponts sont réellement à reconstruire entre son école et la fonction publique fédérale. «Le campus de Gatineau, lui, c’est clair qu’on l’a négligé». Son objectif : offrir beaucoup plus de formations en français aux fonctionnaires qui travaillent à Ottawa, et qui se doivent d’être bilingues. Il ne veut toutefois pas le faire «tout seul, dans mon coin». M. Laforest pense entre autres à nouer des partenariats avec l’Université du Québec en Outaouais. «Le gouvernement fédéral paie pour que ses fonctionnaires suivent des cours de français, où ils vont parler de leurs loisirs et de leur vie personnelle», constate M. Laforest. Selon lui, l’ENAP aurait l’avantage d’offrir des cours de français, mais où les fonctionnaires apprennent du vocabulaire lié à leur travail.  

Une fonction publique plurielle

Guy Laforest rappelle que le Québec s’est engagé à ce que sa fonction publique reflète les diverses composantes de la société. Mais le compte n’y est pas selon lui. D’ici cinq ans, il espère que l’ENAP pourra convaincre davantage de femmes, d’autochtones, d’anglophones ou de membres de minorités visibles à entreprendre une carrière dans la fonction publique. L’ENAP accueille cette année la première cohorte d’étudiants au nouveau programme de gestion publique en contexte autochtone. L’ENAP, qui a retrouvé l’équilibre budgétaire au printemps dernier, compte se renouveler d’ici trois ans en engageant une dizaine de nouveaux professeurs, pour porter le total à environ 40. L’université souhaite par ailleurs hausser son nombre d’inscriptions, qui tourne autour de 2000 par année à l’heure actuelle.  

Guy Laforest s'engage «à jouer en équipe»

«Je me suis engagé à jouer en équipe», explique Guy Laforest. Avec ses cadres, ses employés, mais aussi dans le réseau de l’Université du Québec, et même avec les autres universités québécoises. Celui dont le bureau est situé dans le quartier Saint-Roch à Québec, près de ceux de la TELUQ et de l’INRS, croit que le développement «d’alliances stratégiques» avec ces partenaires est de mise. «On ne se parle pas assez», constate-t-il. À Montréal, il caresse le projet de développer des cours en collaboration avec les universités McGill et Concordia. M. Laforest souhaite que l’université qu’il dirige, qui fêtera ses 50 ans en 2019, reprenne sa place au sein de l’enseignement supérieur au Québec.